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Petrole-Les USA en passe de devenir un exportateur net de brut avec la guerre en Iran

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par Arathy Somasekhar et Georgina McCartney

HOUSTON, 15 avril (Reuters) – La semaine dernière, les Etats-Unis ont failli devenir, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un exportateur net de pétrole brut, ses livraisons de brut ayant atteint un niveau proche de leur record historique face à la forte demande en provenance de l’Asie et de l’Europe sur fond de perturbations des approvisionnements venant du Moyen-Orient.

La guerre israélo-américaine contre l’Iran, déclenchée le 28 févier, a provoqué la plus importante perturbation jamais enregistrée sur le marché mondial de l’énergie. Le blocage de facto exercé par Téhéran sur le détroit d’Ormuz, voie de ​passage stratégique par lequel transite environ ‌un cinquième du pétrole et du gaz dans le monde, bouleverse l’économie.

Les raffineurs d’Asie et d’Europe, qui ​dépendent de ces approvisionnements, ont acheté des ⁠cargaisons de substitution partout où ils le pouvaient, ce qui a fortement stimulé la demande de pétrole en provenance des Etats-Unis, premier producteur ‌mondial de brut.

Les Etats-Unis sont cependant désormais ‌proches de leur seuil limite en termes d’exportation, selon des analystes et des traders.

Les importations nettes de pétrole brut, c’est-à-dire la différence entre les importations et les exportations, se sont réduites à 66.000 barils par jour la semaine dernière, le niveau le plus bas jamais enregistré dans les données hebdomadaires remontant à 2001, montrent les données de l’administration américaine, publiées mercredi. Les ​exportations de leur côté ont grimpé à 5,2 millions de barils par jour, leur niveau le plus élevé en sept mois.

Sur une base annuelle, les Etats-Unis ont été pour la dernière fois exportateurs nets de pétrole brut en 1943, selon les données.

La hausse des exportations américaines de brut montre que les acheteurs du bassin Atlantique et d’Asie s’approvisionnent de plus en plus loin, explique Janiv Shah, vice-président des marchés pétroliers chez Rystad.

Des pays comme la Grèce se sont rués sur le brut américain pour la première fois de leur histoire ces derniers mois.

Selon le service de suivi des navires Kpler, environ 2,4 millions de barils par jour, soit ⁠quelque 47% des exportations américaines de la semaine dernière, ont transité par la mer en direction de l’Europe. Environ 1,49 million de barils par jour, soit environ 37%, se sont orientés vers l’Asie, contre ⁠30% il y a un an.

Parmi les principaux acheteurs figuraient les Pays-Bas, le Japon, la France, l’Allemagne et la Corée du Sud.

Un navire transportant 500.000 barils de brut a signalé qu’il faisait route vers la Turquie, ce qui serait la toute première exportation américaine vers ce pays depuis au moins un an, selon les données de Kpler.

LA FLAMBÉE DU BRENT REND LE PÉTROLE US ATTRACTIF

Les importations vers les Etats-Unis, quant à elles, ont chuté de plus d’un million de barils par jour, pour s’établir à 5,3 millions de barils par jour la semaine dernière. Les Etats-Unis importent toujours une grande partie ⁠de leur ‌pétrole brut, car leurs raffineries sont conçues pour traiter un pétrole plus lourd que le brut léger qu’ils produisent.

La perturbation des approvisionnements au Moyen-Orient a ⁠fait grimper le mois dernier la prime des contrats à terme sur le Brent comparativement au brut léger américain, dit West Texas Intermediate (WTI), ​l’écart ayant atteint à un ​stade 20,69 dollars le baril. Cela a réduit l’appétit des acheteurs américains pour les importations, tout en rendant le brut américain attractif pour les raffineurs d’Europe et d’Asie.

Le prix des cargaisons physiques de pétrole ​brut destinées à une livraison immédiate en Europe a atteint lundi un niveau record, proche de 150 dollars le baril, et celles destinées à l’Afrique ont atteint de nouveaux sommets, selon des traders et les données de LSEG.

LES EXPORTATIONS PROCHES DE LEUR CAPACITÉ LIMITE

Les exportations ‌américaines devraient avoisiner les 5,2 millions de barils ​par jour en avril, estime Matt Smith, analyste chez Kpler, ajoutant que ses exportations sont désormais à la limite de leur capacité sur une base mensuelle.

Les Etats-Unis ne peuvent exporter qu’un maximum de six ​millions de barils par jour, expliquent les traders et les analystes, en raison des contraintes dues à la taille des oléoducs et à la disponibilité des navires. Les exportations américaines en la matière ont atteint un record de 5,6 millions de barils par jour en 2023, selon des données gouvernementales.

« Le marché teste déjà le plafond des exportations avec 5,2 millions de barils par jour exportés la semaine dernière. Chaque baril supplémentaire à partir de ce seuil coûte plus cher en fret et en logistique que le précédent », souligne Bekzod Zukhritdinov, un négociant en pétrole basé à Dubaï.

Une mise sur le marché de pétrole brut moyen acide provenant de la Réserve stratégique de pétrole (Strategic Petroleum Reserve) pourrait ⁠contribuer à accroître l’offre destinée à l’exportation sur le brut américain léger et à faible teneur en soufre, note Janiv Shah chez Rystad.

Mais la faible disponibilité de tankers conjuguée à la hausse des tarifs de fret pourraient aussi peser sur cette demande, ajoute-t-il.

Environ 80 supertankers vides se dirigeaient vers le golfe du Mexique mercredi, probablement ​pour charger du brut en avril et mai, a déclaré Rohit Rathod, analyste chez Vortexa.

(Reportage Arathy Somasekhar et Georgina ​McCartney à Houston; version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

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