Les politiques de Trump refroidissent le M&A à Wall Street
NEW YORK (Reuters) – Dirigeants et investisseurs à Wall Street se heurtent à des obstacles pour conclure des transactions, ou même pour entamer des discussions exploratoires, dans un contexte d’incertitude avec les politiques de l’administration Trump, selon des entretiens avec plus de 20 banquiers d’investissement, avocats spécialisés en fusions et acquisitions, investisseurs en capital-investissement et gestionnaires de fonds spéculatifs.
Si les analystes de Wall Street avaient applaudi l’élection de Donald Trump en novembre, prédisant une année record pour les fusions et acquisitions avec un potentiel de 4.000 milliards de dollars de transactions, 2025 a au contraire signé le plus mauvais démarrage depuis 15 ans.
Depuis le début de l’année jusqu’à vendredi, 1.603 transactions ont ainsi été signées aux Etats-Unis, selon les données de Dealogic. Il s’agit du plus faible niveau sur la période depuis 2009 et d’une chute de 19% en nombre sur un an et de 29% en valeur à 248,78 milliards de dollars.
Les conséquences des politiques de l’administration Trump, notamment concernant les droits de douane dont une partie est entrée en vigueur ce mardi mais aussi plus globalement sur l’incertitude générale, sont mises en cause par plusieurs analystes et investisseurs.
« Toutes les transactions ont été suspendues en janvier et février », a déclaré Bill George, ancien dirigeant de Medtronic et membre exécutif de la Harvard Business School. « Très peu de transactions ont été conclues à cause de cette incertitude ; les dirigeants ne savent pas comment gérer les chiffres, ni prédire ce qui va se passer. »
« Les perspectives de hausse des droits de douane et de guerre commerciale entre les Etats-Unis et ses partenaires sont les principales préoccupations de nombreuses entreprises », a indiqué S&P Global Ratings dans un rapport de recherche publié jeudi.
La situation pèse déjà sur les grandes banques d’investissement comme Goldman Sachs, selon les analystes de Keefe Bruyette & Woods qui ont déclassé les actions de la banque d’investissement la semaine dernière.
« L’incertitude du marché entourant les droits de douane, l’inflation, les taux d’intérêt et les politiques gouvernementales… a conduit à un début d’année décevant dans la banque d’investissement », ont-ils écrit dans une note.
L’incertitude pèse aussi sur les entreprises qui ne sont pas concernées directement par les droits de douane, selon des banquiers et des gestionnaires de fonds pour qui la moindre trace d’incertitude en provenance de Washington peut peser.
« Il existe une forte opinion selon laquelle beaucoup de choses autour des impôts et de la réglementation iront dans la bonne direction, mais dans l’intervalle, ces négociations peuvent être controversées et complexes », a déclaré Gregory Bedrosian, à la tête de la banque d’investissement Drake Star.
« L’incertitude pousse les vendeurs potentiels d’entreprises à attendre que les marchés soient suffisamment stables pour que leurs valorisations projetées se maintiennent et ne soient pas perturbées par des événements macroéconomiques inhabituels », a-t-il ajouté.
Même si les petites transactions sont mises de côté, de nombreux acteurs de Wall Street s’attendent toujours à ce que les positions de Donald Trump sur les impôts et la réglementation ouvrent la voie à des méga-transactions cette année, comme la vente de TikTok.
Plusieurs responsables de grandes banques américaines ont déclaré que des travaux étaient en cours sur d’autres accords potentiels à grand déploiement qui permettraient de créer des géants américains capables de concurrencer la Chine. Ils ne s’attendent pas à ce que le ministère de la Justice de Trump bloque de tels accords, comme ce fut le cas sous l’administration Biden.
(Rédigé par Svea Herbst-Bayliss, Abigail Summerville et Sabrina Valle ; avec la contribution de Milana Vinn et Anirban Sen ; version française Bertrand De Meyer, édité par Blandine Hénault)
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