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L’économie mondiale fait fi des politiques de l’administration Trump, pour le moment

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(Reuters) – L’économie mondiale a poursuivi sa croissance depuis huit mois, entre hausse des marchés actions et anticipations d’inflation modérées, malgré les politiques de l’administration Trump faisant émerger de lourdes menaces sur le sentiment économique mondiale avec les droits de douane ou encore les attaques contre la Réserve fédérale américaine (Fed). 

Si des craintes subsistent, force est de constater que la situation est loin de ressembler aux promesses de récessions, d’effondrement des marchés et du commerce mondial formulées par beaucoup au début du deuxième mandat du président américain.  

« L’économie mondiale continue de faire preuve d’une résilience considérable dans un contexte d’incertitudes politiques et économiques accrues », ont récemment résumé les économistes de BNP Paribas, relevant « des conditions financières favorables, des bilans robustes des ménages et des entreprises, la promesse d’une hausse de la productivité induite par l’intelligence artificielle et la baisse des prix de l’énergie, entre autres facteurs. »

La guerre commerciale, avec les droits de douane en particulier, ne s’est pas concrétisée et le transport maritime mondial se maintient. Les quelques accords conclus avec ses partenaires ont permis aux Etats-Unis de faire partager la note des droits de douane entre exportateurs, importateurs et consommateurs, la rendant plus digeste, ont noté les économistes. 

En parallèle, les attaques contre l’indépendance de la Fed symbolisées par les critiques à l’encontre de son président Jerome Powell et le limogeage de l’une des gouverneures de la banque centrale ne font pas paniquer les marchés qui semblent prêts à ignorer le risque d’influence de la Maison blanche sur la politique monétaire outre-Atlantique. 

Les rendements des bons du Trésor américains à 10 ans sont passés de 4,6% lors de la prise de pouvoir de Donald Trump à 4,1%, reflétant certes des doutes sur les perspectives de croissance de l’économie mais pas une perte de confiance que ce soit sur le pays, l’indépendance de la Fed ou la trajectoire de l’inflation à long terme. 

La Fed, suffisamment rassurée quant à la réalisation de son objectif d’inflation, s’est même lancée dans une politique de baisse des taux en septembre.

DES PRÉVISIONS DE CROISSANCE REVUES À LA HAUSSE

Dans ce contexte, l’économie mondiale continue sa marche en avant.

En Chine, la banque centrale a opté pour le statut quo concernant sa politique monétaire considérant la résistance de ses exportations et le redressement des marchés boursiers.  

La zone euro se porte également mieux que prévu. La Banque centrale européenne (BCE) a même relevé la semaine dernière ses prévisions de croissance du PIB pour 2025 de 0,9% à 1,2 % grâce à « la résilience de la demande intérieure ». L’Allemagne devrait ainsi passer de la récession en 2025 à une croissance de 1,5% à 2% en 2026 et 2027 avec un large plan de relance. 

Parmi les pays autrefois en difficulté, l’Italie pourrait voir l’agence de notation Fitch relever sa note vendredi avec l’assainissement de ses finances publiques et l’Espagne connaît un rebond de croissance important avec sa banque centrale qui a révisé sa prévision de croissance pour 2025 à 2,6%.

Ailleurs, le sentiment positif surprend au Japon tandis que les économies émergentes résistent. 

VERS UN LENT AJUSTEMENT ?

La prudence reste toutefois de mise, les premiers signes de difficultés apparaissant pour les pays exportateurs comme le Japon et l’Allemagne.

« L’explication la plus plausible est que les effets des tarifs douaniers prennent du temps à se manifester », a déclaré ce mois-ci le vice-gouverneur de la Banque du Japon, Ryozo Himino, avertissant que « l’administration américaine pourrait mettre en œuvre des politiques que nous n’avons pas encore prévues ».

D’autres économistes mettent en évidence un manque de réalisme des investisseurs sur l’économie américaine qui préfèrent miser sur les avantages des baisses de taux de la Fed.  

Jerome Powell lui-même a rappelé que la croissance américaine reposait sur le secteur technologique et la consommation haut de gamme alors que le marché immobilier reste le point faible d’une économie américaine qui enregistre un ralentissement du marché du travail et une réduction du soutien public à certains secteurs comme la recherche. 

« La faiblesse du marché du travail américain devrait faire craindre une récession à tout le monde », a déclaré Oliver Blackbourn, gestionnaire de portefeuille multi-actifs chez Janus Henderson Investors, soulignant que ce sont les perspectives de baisses de taux de la Fed qui soutiennent le sentiment. 

Les conséquences de la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales pourraient en outre mettre du temps à se concrétiser, a prévenu Alan Siow, gestionnaire de portefeuille chez Ninety One, la constitution de stock ayant jusqu’ici soutenu les indicateurs de croissance (PIB). 

« Nous atteignons des sommets inégalés dans tous les domaines. En tant qu’investisseur, cela me met mal à l’aise. Je pense que je ne suis pas le seul », a-t-il conclu. 

(Rédigé par Howard Schneider et Mark John, avec Naomi Rovnick et Karin Strohecker à Londres ; Balazs Koranyi à Francfort ; Leika Kihara à Tokyo ; Corina Rodriguez à Madrid ; version française Bertrand De Meyer, édité par Blandine Hénault)

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