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Les hindous ne veulent pas d’églises en Inde

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Lors d’un rassemblement nationaliste hindou dans le district du Kandhamal de l’État fédéré de l’Odisha, district ayant été le théâtre de l’une des pires flambées de violence antichrétienne en Inde en 2008, la fermeture des églises a été réclamée.
En Inde, le 28 juillet 2026, un événement public en l’honneur d’un leader nationaliste hindou, connu pour ses campagnes contre l’évangélisation chrétienne, a servi de tribune pour réclamer le retrait des églises de l’État fédéré de l’Odisha. Le plus haut représentant élu du gouvernement cet État fédéré était assis dans le public aux côtés d’un ancien ministre, qui avait démissionné quelques jours auparavant face aux plus importantes manifestations contre le gouvernement nationaliste hindou indien depuis des années.

L’événement s’est déroulé dans le district du Kandhamal, qui a connu, en 2008, l’une des vagues de violence antichrétienne les plus violentes de l’Inde indépendante. La présence de personnalités politiques de haut rang a donné un poids supplémentaire aux déclarations visant à éliminer la présence institutionnelle d’une minorité religieuse.

Ces déclarations ont été prononcées au Railway Auditorium de Bhubaneswar, la capitale de l’Odisha, à l’occasion de la présentation d’une biographie consacrée à Lakshmanananda Saraswati, leader nationaliste hindou surtout connu pour son opposition aux conversions au christianisme.

Présence de personnalités politiques de haut rang

Le ministre en chef de l’Odisha, Mohan Charan Majhi, a participé à l’événement aux côtés de Dharmendra Pradhan, ancien ministre indien de l’Éducation. Était également présent Dattatreya Hosabale, secrétaire général du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), l’organisation mère idéologique du Bharatiya Janata Party (BJP) au pouvoir, dont fait également partie le Premier ministre Narendra Modi.

Le site officiel du ministre en chef a confirmé sa participation à la présentation du livre Vedanta Kesari Swami Lakshmanananda Saraswati: Works and Personality, publié par le Swami Lakshmanananda Saraswati Memorial Trust.

Avant même que M. Majhi ne s’adresse aux participants, un orateur non identifié a exigé que l’Odisha soit « libéré des églises », comme l’a rapporté en détail le journal local Indo Asian Times.

Des représentants des autorités religieuses hindoues présentes ont par ailleurs exigé que des restrictions soient imposées aux activités des personnes qu’ils qualifiaient de vidharmis, un terme péjoratif utilisé dans les milieux nationalistes hindous pour désigner les personnes d’autres religions.

La présence de MM. Majhi, Pradhan et Hosabale, leurs propres déclarations ainsi que leur silence public face à cette exigence ont conféré à l’événement une portée politique qui dépasse largement celle d’un simple rassemblement religieux isolé.

Swami Jeevan Muktananda Puri, qui a prononcé le discours de bienvenue, a déclaré que la réalisation du « rêve inachevé » de Lakshmanananda Saraswati relevait de la responsabilité de chaque membre de la société. Il a qualifié le Kandhamal, où Lakshmanananda Saraswati avait œuvré, de « laboratoire » pour le pays, dont les expériences devraient être reproduites à l’échelle nationale.

Les orateurs ont appelé les responsables religieux hindous à se rendre dans chaque village du Kandhamal afin d’organiser la communauté et de renforcer la conscience religieuse et culturelle. Les participants ont également été invités à contribuer « d’une roupie et d’une heure au nom de la religion ».

L’assemblée a adopté une résolution visant à perpétuer publiquement les idéaux de Lakshmanananda Saraswati et à poursuivre son œuvre inachevée.

Un district marqué par la violence

Le rôle de modèle proposé pour le Kandhamal est inquiétant au vu de l’histoire du district. Le Kandhamal a connu l’une des pires vagues de violence antichrétienne de l’Inde indépendante en 2008.

Lakshmanananda Saraswati, dirigeant du Vishwa Hindu Parishad (Conseil mondial hindou), une organisation nationaliste hindoue accusée de violences contre les chrétiens et les musulmans, a été tué le 23 août 2008 avec quatre compagnons dans son lieu de retraite spirituel. Des insurgés maoïstes ont par la suite revendiqué ces meurtres.

Les organisations nationalistes hindoues ont toutefois imputé la responsabilité aux chrétiens locaux. S’en sont suivies des semaines d’attaques contre les communautés chrétiennes du district. Selon les chiffres officiels, 39 personnes ont été tuées. Les organisations chrétiennes et de défense des droits de l’homme estiment quant à elles le nombre de victimes à près de 100. Plus de 54 000 personnes ont été chassées de leurs foyers, et environ 5 600 maisons ont été pillées ou incendiées. Des centaines d’églises et d’établissements chrétiens ont été endommagés ou détruits. Selon le recensement indien de 2011, près de 149 000 chrétiens vivaient alors au Kandhamal, ce qui représentait 20,3 % de la population du district.

La revendication visant à faire d’un État fédéré un territoire « sans églises » a pour objectif l’élimination des institutions chrétiennes d’une région où les chrétiens, comme tous les autres Indiens, ont le droit, garanti par la Constitution, de professer, de pratiquer et de propager leur religion. L’article 25 de la Constitution indienne protège la liberté de conscience et de religion.

Des ressources publiques au service d’un héritage controversé

Lors de l’événement du 28 juillet 2026, le ministre en chef M. Majhi a déclaré que l’Hindutva, terme couramment utilisé en Inde pour désigner le nationalisme hindou et l’idéologie politique qui accorde la priorité à l’identité hindoue dans le pays, était « l’âme de l’Inde ». Il a affirmé qu’il existait un complot visant à affaiblir l’Hindutva et à modifier l’identité du pays. Cela ne serait pas toléré.

Le ministre en chef a annoncé que le Government Medical College and Hospital de Phulbani, chef-lieu du district du Kandhamal, serait rebaptisé « Lakshmanananda ». De plus, son gouvernement a alloué 130 millions de roupies (environ 1,5 million de dollars américains) au développement de l’Ashram Jalespata, fondé par Lakshmanananda Saraswati, à la construction d’un internat pour filles de 300 places ainsi qu’à d’autres infrastructures.

Mohan Charan Majhi a également annoncé la mise en place de programmes consacrés à la vie et à la philosophie de Lakshmanananda Saraswati dans les universités. Sa biographie sera mise à disposition dans les bibliothèques publiques. Ainsi, des fonds et des ressources publics sont consacrés à l’héritage d’un chef religieux dont les campagnes contre le christianisme restent, aujourd’hui encore, associées à l’histoire des violences religieuses au Kandhamal.

La rhétorique anticonversion d’un ancien ministre du gouvernement

Lors de cet événement, Dharmendra Pradhan, ancien ministre de l’Éducation, a expliqué que l’ancien ministre en chef de l’Odisha, Harekrushna Mahatab, s’était autrefois montré très inquiet face au nombre croissant de membres de la tribu des Kandha qui se convertissaient au christianisme. Il aurait donc demandé à un haut responsable du RSS d’envoyer d’urgence un chef religieux hindou à Phulbani. Sinon, « Phulbani et le Kandhamal nous échappent », aurait averti Harekrushna Mahatab.

Dharmendra Pradhan a rendu hommage à Lakshmanananda Saraswati pour avoir consacré sa vie à la défense du Sanatan Dharma, un terme désignant la tradition religieuse hindoue, et des valeurs indiennes. Il l’a qualifié de combattant de la liberté et de révolutionnaire. Il a appelé les chefs religieux et la population à suivre ses idéaux. Dharmendra Pradhan l’avait déjà désigné auparavant comme son modèle.

L’intervention de M. Pradhan a eu lieu seulement trois jours après sa démission du poste de ministre indien de l’Éducation. Celle-ci avait été précédée de plusieurs semaines de manifestations nationales à la suite de la fuite de sujets d’examens, à des problèmes dans le système national d’examens, à des suicides parmi les étudiants et au chômage. Les manifestations étaient menées par un groupe appelé Cockroach Janta Party (CJP) et se sont amplifiées après que la police de New Delhi eut réprimé violemment les manifestants.

M. Pradhan a démissionné le 25 juillet 2026. Il a déclaré respecter les « attentes légitimes » des jeunes, tout en mettant en garde contre le risque que des « forces antinationales » ne tirent parti des troubles. Sa démission, inhabituelle pour un ministre du gouvernement de Narendra Modi, a conduit les organisateurs à mettre fin à ces manifestations qui avaient duré trente-six jours.

Le fait que M. Pradhan ait réapparu, quelques jours seulement après avoir quitté ses fonctions, lors d’une mobilisation nationaliste hindoue dans son État fédéré d’origine montre que le mouvement de protestation réclamant davantage de responsabilité dans le système éducatif n’a apparemment pas entamé sa position ni au sein du BJP ni au sein du RSS.

Finalement, trois questions restent en suspens : qui sera tenu pour responsable des violences de 2008 ? Pourquoi des fonds publics sont-ils alloués à une personnalité associée à des campagnes contre les conversions ? Et pourquoi l’appel public en faveur du retrait des églises est-il resté sans réponse de la part des représentants du gouvernement présents ?

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