Pâques, une fête majeure pour les résidents des Etablissements médico-sociaux (EMS)
Alors que plus d’un tiers de la population suisse se dit aujourd’hui «sans religion» et que les Eglises se vident toujours plus, les résidents des homes romands pourraient être la dernière génération à vivre Pâques comme une fête très importante.
Au-delà des lapins et œufs en chocolat, les célébrations religieuses sont nombreuses ces derniers jours dans les Etablissements médico-sociaux (EMS). «J’en enchaîne treize, cette année», chiffre l’aumônière réformée Ariane Baehni, de la région vaudoise de La Côte, qui confirme l’importance de Pâques pour cette génération encore principalement faite de croyants. «Plus encore que Noël, c’est Pâques qui importe dans le cœur de ceux pour qui le christianisme a encore une place», estime-t-elle.
Comment l’expliquer, alors que la société fête encore Noël à grand renfort de décorations? «A Noël, il s’agit de fêter la naissance de Jésus. A Pâques, c’est la résurrection du Christ que l’on célèbre. Et sans cette dernière, pas de christianisme», explique Ariane Baehni.
Un christianisme identitaire et familial
Une nuance théologique qui compte particulièrement pour les personnes qui peuplent actuellement les EMS romands. «Elles vivent et ont vécu dans un christianisme identitaire et familial. Leur vie sociale a longtemps été rythmée par tous les temps de l’année liturgique», reprend Laurent Amiotte-Suchet, anthropo-sociologue, chargé de recherche à la Haute Ecole de santé du canton de Vaud. «Les résidents apprécient tout particulièrement le fait de réactiver ces souvenirs vécus à l’Eglise, notamment avec les chants», note Pascale Sidler, aumônière catholique valaisanne à l’EMS Maison Saint-François, à Sion.
D’ailleurs, au-delà de Pâques, fait-elle remarquer, «toutes les messes célébrées dans les homes sont suivies par une majorité de résidents, qui sont souvent plus nombreux que dans bien des paroisses».
«Les fêtes chrétiennes structurent l’année des résidents dans les EMS. Les célébrer reste primordial», abonde Ruth Letare, aumônière réformée dans plusieurs homes du Val-de-Travers. Même constat chez la Vaudoise Ariane Baehni, selon qui «le temps passé à l’EMS, où le corps se fatigue, est surtout lié aux souvenirs. Ceux qui sont associés à la foi sont donc très importants pour cette génération, dont la socialisation a été intimement liée à l’Eglise.»
Quid de la génération suivante alors? Pour le chercheur Laurent Amiotte-Suchet, les EMS seront sûrement moins traversés par les fêtes chrétiennes, et le travail des aumôniers tiré vers une écoute moins confessante: «La génération qui a aujourd’hui entre 50 et 60 ans a vécu un christianisme de choix. Il fallait savoir pourquoi on était chrétien si on voulait le rester.» La génération actuellement dans les maisons de retraite a, elle, vécu un «christianisme d’héritage».
Autres ressources spirituelles
Une donnée qui pose la question d’un éventuel renouvellement des activités, à mesure que les générations passent: «On imagine toujours que les personnes âgées aiment l’accordéon et les fêtes chrétiennes, et on choisit leur programme pour elles. Mais il faudra peut-être réadapter ces activités dans très peu d’années», relève encore Laurent Amiotte-Suchet.
Pour autant, Muriel Delacquis, infirmière genevoise spécialisée en soins palliatifs et gériatrie, estime que «d’autres manières de vivre la foi chrétienne», comme d’autres formes de spiritualité, sont possibles pour ces personnes en fin de vie.
«D’autres ressources spirituelles se mettent à leur plaire, comme des séances de méditation, qui peuvent remplacer ou compléter la prière», relève-t-elle.
«Quand votre corps vous échappe, que les douleurs sont difficiles à contrôler et qu’on ne peut pas se lever tous les jours, on veut s’approcher de la vie autrement que physiquement. C’est là que la spiritualité peut prendre une résonance particulière.»
Grands questionnements spirituels
La Valaisanne Pascale Sidler l’atteste: «Les derniers temps de la vie sont ceux pendant lesquels, généralement, on se demande ce qui, pour soi, fait vraiment sens.»
«C’est aussi et surtout le dernier moment de se demander si l’on croit à tout cela», souligne Ariane Baehni, qui remarque que le temps de Pâques est aussi l’occasion d’une prise de conscience totale du phénomène de la résurrection. «Faire le choix d’y croire pour de bon augmente évidemment leur confiance dans l’existence d’une autre dimension – et dans le fait que leur mort prochaine n’est pas une fin en soi.» Et d’ajouter que «Pâques, pour les personnes âgées, est l’occasion de grands questionnements spirituels».
La Neuchâteloise Ruth Letare assiste parfois même à des revirements surprenants: «C’est parfois justement pendant ce dernier temps de la vie qu’on renoue avec la foi. On peut faire des grands choix de vie jusqu’au bout. Y compris celui de la foi.»
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