Quel est l’avenir des chrétiens du Népal?
Le nouveau gouvernement népalais est confronté à une épreuve décisive dans sa gestion des minorités religieuses. Les responsables chrétiens se montrent prudemment optimistes.
Le Népal a un nouveau gouvernement après qu’un jeune parti a remporté une majorité quasi écrasante lors des élections de mars 2026. Ces élections ont eu lieu après qu’un soulèvement mené par la génération Z eut renversé le gouvernement précédent. La nouvelle direction a suscité des attentes quant à une meilleure gouvernance, en particulier chez les jeunes. L’un des défis auxquels ce gouvernement est désormais confronté, tant au niveau national qu’international, est de savoir s’il résistera à l’influence croissante du nationalisme hindou, qui prend de plus en plus pour cible la petite minorité chrétienne du pays.
Le Rastriya Swatantra Party (RSP) a remporté 182 sièges lors des élections législatives du 5 mars 2026. Balendra Shah a joué un rôle central dans la campagne électorale ; cet ancien rappeur et ancien maire de Katmandou est devenu le symbole d’une nouvelle forme de gouvernance urbaine. Balendra Shah est désormais Premier ministre. Ce résultat marque la première fois depuis des décennies qu’un seul parti parvient à obtenir la majorité parlementaire au Népal. La corruption et le népotisme croissants avaient auparavant désillusionné de nombreuses personnes vis-à-vis de la classe politique.
Le RSP, né des manifestations de jeunes qui ont renversé en septembre 2025 le gouvernement de l’ancien Premier ministre K. P. Sharma Oli, est devenu le parti le plus populaire depuis que le Népal est devenu une république fédérale laïque en 2008, mettant ainsi fin à deux siècles de monarchie hindoue.
Pour les quelque 600 000 chrétiens du Népal, soit environ 2 % des 30 millions d’habitants selon le recensement de 2021, la question se pose de savoir si ce mandat signifie une véritable protection de la liberté de religion ou si les pressions auxquelles les minorités étaient soumises sous les gouvernements précédents vont perdurer.
Le RSP a remporté les élections sur la base d’un programme en 100 points (Citizen Contract) qui promettait des réformes en matière de gouvernance, de croissance économique et d’intégration sociale.
Un programme aux signaux mitigés
Ce « pacte citoyen » engage le RSP en faveur d’une république pluraliste, fédérale et démocratique, de la liberté individuelle ainsi que de la protection de la diversité religieuse et culturelle. Ces engagements sont fondamentalement en accord avec les garanties constitutionnelles de laïcité que le Népal a introduites en 2008. Le programme promet en outre une inclusion équitable et la justice sociale ; des dispositions qui, si elles étaient mises en œuvre de manière cohérente, profiteraient également aux minorités religieuses.
Dans le même temps, le programme met l’accent sur le « respect de la civilisation sanatan », un terme qui fait référence à l’ancienne tradition hindoue et qui est utilisé par certains groupes nationalistes hindous pour souligner la primauté culturelle de l’hindouisme. Ce lien entre pluralisme et civilisation sanatan n’est pas nécessairement contradictoire, mais pour les groupes de la société civile qui observent la montée de la rhétorique nationaliste hindoue au Népal, il crée une ambiguïté qui doit être suivie de près.
Tout aussi significatif est ce qui manque au programme : il n’y a pas d’engagement clair en faveur de la réforme de la loi « anticonversion », ni aucune mention de la mise à disposition de lieux de sépulture pour les chrétiens, auxquels l’accès à la terre est refusé dans de nombreuses communes. Il manque également un engagement à mettre fin à l’application sélective des lois qui ont permis de poursuivre pénalement des chrétiens pour des activités religieuses pacifiques.
La situation juridique
La loi « anticonversion » du Népal interdit toute tentative ou « incitation » à convertir une autre personne, ainsi que tout acte qui « sape ou met en danger » la religion ou les convictions d’une autre personne – des dispositions difficilement compatibles avec le droit international.
De plus, les autorités chargées de l’application de la loi l’interprètent de telle sorte que le simple fait de transporter des bibles, de discuter de sa propre foi avec sa famille ou d’organiser des réunions de prière relève de son champ d’application. Selon les médias, cela a donné lieu à plusieurs arrestations, tandis que des visiteurs chrétiens étrangers ont été expulsés.
Selon des sources locales de CSI, la loi est appliquée de manière asymétrique : des campagnes organisées de reconversion par des organisations nationalistes hindoues indiennes, dont le Vishwa Hindu Parishad (Conseil mondial des hindous), ont pu se dérouler sans conséquences juridiques – en particulier dans la province de Madhesh, le long de la frontière sud avec l’Inde.
La publication Organiser, qui reflète les opinions de l’organisation indienne Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), a rapporté en 2024 que 2 000 personnes avaient été ramenées à l’hindouisme par des rituels védiques dans les districts népalais de Sunsari et Morang. La même année, quatre chrétiens népalais ont été arrêtés dans le district de Bara et détenus pendant vingt-quatre jours pour avoir prétendument fait du prosélytisme (ils avaient des bibles sur eux et discutaient avec une famille locale). Aucune contrainte n’a pu être prouvée. Cette divergence illustre la réalité juridique à laquelle les chrétiens au Népal sont confrontés depuis des années.
Derrière la montée du nationalisme hindou se cache également l’Inde, gouvernée par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), qui semble tenter d’étendre son influence politique au Népal.
Bien que la sélection du Premier ministre et de son cabinet semble orientée vers la bonne gouvernance, les positions antérieures de certains membres du RSP sont préoccupantes.
Un contexte inquiétant
Le fondateur du RSP, Rabi Lamichhane, a été ministre de l’Intérieur de décembre 2022 à janvier 2023. En 2024, il a brièvement repris ce poste.
À ce titre, selon CSI, il a ordonné aux chefs administratifs des districts d’empêcher les activités chrétiennes et de refuser les autorisations pour les réunions et formations religieuses. Il aurait également obligé les visiteurs étrangers à obtenir des autorisations avant de se rendre dans certaines régions – une mesure qui, dans la pratique, a restreint la liberté de mouvement des missionnaires chrétiens et des organisations humanitaires.
Plusieurs autres députés du RSP ont publiquement critiqué le christianisme. Certains réclament même une modification de la Constitution afin de redéfinir le Népal comme un État hindou.
La minorité chrétienne du Népal n’exerce qu’une influence politique limitée, et le RSP a remporté son mandat principalement grâce à des thèmes liés à la gouvernance, et non à la liberté de religion. Néanmoins, la discrimination historique subie par les habitants de la province de Madhesh et par les communautés autochtones (Janajati) a joué un rôle important dans le soulèvement de la génération Z en septembre 2025, qui a uni divers groupes sociaux contre l’ancienne élite politique.
Ce sentiment d’unité se reflète tant dans le résultat des élections que dans la composition du gouvernement. Le Premier ministre Balendra Shah est né à Katmandou, mais ses racines familiales se trouvent dans la province de Madhesh. Sudan Gurung, figure de proue du mouvement de la génération Z et aujourd’hui ministre, est issu d’une communauté autochtone.
De plus, le Népal est soumis à des obligations internationales, et le tourisme, qui dépend de la réputation internationale du pays, est l’une de ses principales sources de revenus.
Normes internationales
Le Népal a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) en 1991. L’article 18 protège le droit de toute personne à la liberté de pensée, de conscience et de religion, y compris la liberté de changer de religion et de la pratiquer par l’enseignement, les rites, le culte et l’observance. L’article 27 oblige les États à protéger les minorités religieuses dans la libre pratique de leur religion.
L’ancienne rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, Asma Jahangir, a constaté que les lois « anticonversion », lorsqu’elles sont appliquées de manière sélective à l’encontre d’une communauté religieuse, agissent comme un instrument de discrimination religieuse plutôt que comme un instrument de régulation neutre.
La manière dont le gouvernement RSP traitera la loi « anticonversion » existante sera l’un des premiers et des plus clairs tests permettant de déterminer à quel point il prend au sérieux les obligations internationales du Népal.
Un espoir prudent et des revendications concrètes
Les dirigeants chrétiens du Népal se montrent prudemment optimistes après la formation du gouvernement. Ils attendent un accès égal aux lieux de sépulture, la fin des poursuites pénales pour des activités religieuses pacifiques, ainsi que la reconnaissance officielle de leur droit à se réunir pour pratiquer leur religion.
Pour la communauté internationale, les cent premiers jours du nouveau gouvernement montreront comment le RSP agit en matière de liberté de religion. La question qui se pose désormais est de savoir si le gouvernement renforcera les droits des minorités et l’esprit d’unité dans la diversité, même en l’absence de pression politique directe.
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
Dans ce contexte, deux médias chrétiens, qui fonctionnent sans actionnaires milliardaires et sans subvention de l’Etat, offrent une information alternative fiable, en collaboration avec des agences de presse internationales.
1. Le Journal Chrétien, un service de presse en ligne reconnu par l’Etat
Le Journal Chrétien est historiquement le premier pure-player chrétien francophone dont le but est d’offrir au quotidien une information fiable et de qualité avec un regard chrétien.La ligne éditoriale du Journal Chrétien est généraliste, s’intéressant particulièrement aux actualités politiques, économiques, sportives et religieuses.
Il est le média chrétien le plus ancien et le plus lu dans Google actualités, principal canal de visibilité et d'audience pour les médias d'information en ligne.
Lorsqu’une église ou un pasteur doit faire face à des accusations calomnieuses dans le paysage médiatique ou devant les tribunaux français, les publications du Journal Chrétien sont toujours accueillies avec beaucoup de considération.

