Le nombre de chrétiens évangéliques «sans église» augmente au Brésil
En pleine crise d’identité, le monde évangélique brésilien se reconfigure souvent en dehors de toute dénomination. Enquête.
On les appelle les desigrejados, soit les «sans église». Le dernier recensement démographique brésilien, effectué en 2010, chiffrait déjà à plus de 9 millions les personnes se revendiquant évangéliques tout en n’entretenant aucun lien avec une Eglise ou une dénomination précise. Selon certains analystes, a vu de la crise actuelle que traverse le monde évangélique brésilien, ce nombre atteindrait aujourd’hui déjà 20 millions de personnes.
«L’alliance entre de nombreuses Eglises évangéliques et l’ancien président Jair Bolsonaro a accéléré le processus d’éloignement des personnes déjà insatisfaites», explique l’anthropologue Tatiana Bezerra Lopes. Selon l’étude qu’elle mène sur le sujet, ce sont surtout les jeunes évangéliques ayant fait de hautes études qui se sentent de plus en plus dérangés par l’accointance entre leur Eglise et les politiciens conservateurs.
Un business juteux
De son côté, le pasteur baptiste Wellison Magalhães Paula pointe un autre problème, à savoir la soif d’argent de nombreuses Eglises. «Les Eglises sont devenues marchandes. De nombreux pasteurs sont devenus, en pratique, des hommes d’affaires», soutient-il. «Leurs institutions organisent des événements payants, en les gérant comme des entreprises.»
Le pasteur Caio Fábio a été l’un des principaux prédicateurs protestants du pays jusque dans les années 1990. Il est depuis devenu un critique acharné du milieu évangélique brésilien. Pour lui, les problèmes ont commencé dans les années 1980, lorsque la veine du néo-pentecôtisme a commencé à se développer dans le pays. «La théologie de la prospérité, qui associe l’argent et les pouvoirs du monde à la grâce divine, a été importée des États-Unis», explique-t-il. «C’est une idéologie qui légitime l’ambition du pouvoir.»
L’idée diffusée selon laquelle «il n’y a pas de rédemption en dehors de l’Eglise et que Dieu n’entend pas nos prières si nous ne payons pas la dîme ont forcé des millions de personnes à contribuer à l’enrichissement des Eglises et ont rendu leurs dirigeants plus puissants que jamais», ajoute Caio Fábio. Et de dater, selon son souvenir, le début de l’exode à 2005, lorsqu’il a commencé à recevoir« des milliers de messages de croyants déçus par leur Eglise»
Eglises «déformées»
Selon Caio Fábio, à son arrivée en politique, Jair Bolsonaro a trouvé une «Église déjà déformée». Et compris qu’il pourrait facilement s’allier avec elle. «Il a offert à leurs dirigeants le pouvoir et la possibilité de guider les politiques de l’État avec leur moralisme», pose-t-il. «Bolsonaro a trouvé son meilleur refuge dans l’Eglise et elle a trouvé en lui son plus grand leader.»
Solange Ventura, fonctionnaire à Rio de Janeiro, fait partie du groupe croissant de personnes sans Eglise. Depuis son enfance, elle fréquentait une église baptiste. Il y a quelques années, cependant, elle s’est rendu compte que les choses avaient changé. «L’Evangile a été mis de côté et remplacé par le dieu Mammon (de l’argent, ndlr)», formule-t-elle.
La jeune femme dit en outre avoir remarqué que «le même groupe de personnes occupait toujours les postes de direction»: «Ils ont commencé à inviter des candidats à prier à l’église lors des élections, en 2014, tout en affirmant qu’ils n’apportaient de soutien politique à personne», poursuit-elle. «La tribune a commencé à être utilisée politiquement. Je n’ai pas accepté cela.»
Aujourd’hui, Solange Ventura ne fréquente plus aucune église, bien qu’elle suive les services d’un pasteur baptiste progressiste de São Paulo sur Internet.
Déception et bascule
Andrea Maturana, une autre femme évangélique et baptiste de Rio de Janeiro, a passé quarante ans de sa vie dans l’Eglise. Diplômée du séminaire, elle a travaillé comme ministre de la musique dans une unité de son Eglise située dans un autre État du Brésil. Là, elle s’est rendu compte que d’importantes familles locales contrôlaient tout. «J’ai commencé à voir comment la politique interne se jouait et à comprendre que l’Eglise avait en fait une structure commerciale.»
Elle décide alors de quitter son Église et commence à enseigner l’anglais dans une école de la ville, son premier travail «civil». «Ca a été un changement de paradigme. J’ai vu que des gens qui n’étaient pas évangéliques pouvaient être des gens de valeur.»
Andrea Maturana a été éloignée de l’Église pendant dix ans. De loin, elle a suivi comment ses anciens confrères ont soutenu aveuglément Bolsonaro en 2018, lorsqu’il a été élu, mais également en 2022, lorsqu’il a été battu par le président Luiz Inácio Lula da Silva. Elle dit avoir alors «remercié Dieu» de ne plus en faire partie.
La croissance du nombre d’évangéliques sans Eglise a poussé de nombreux chefs religieux à chercher des moyens de les accueillir. Des leaders comme Caio Fábio ont cherché à attirer ce segment sur Internet. Pendant la pandémie, certains prédicateurs comme lui ont gagné des milliers de followers sur les réseaux sociaux. D’autres pasteurs, comme Wellison Paula, préfèrent une approche plus intime. Son organisation compte aujourd’hui environ 150 membres, une petite structure qu’il définit comme «artisanale». «Nous ne pouvons pas rivaliser sur Internet. Il faut suivre une autre logique», argumente-t-il.
Théologies féministe, noire et queer
L’anthropologue Tatiana Lopes explique que ces dernières années, de nombreux groupes d’évangéliques non ecclésiastiques ont émergé au Brésil. Ceux-ci se réunissent, souvent via Internet mais aussi en présentiel, pour lire la Bible et vivre une expérience religieuse communautaire sans lien institutionnel. «Beaucoup de ces groupes discutent de sujets tels que les théologies féministes, noires et queer – des demandes qui n’ont pas été satisfaites par la plupart des principales Eglises évangéliques.»
De son côté, la pasteure luthérienne Romi Bencke, secrétaire générale du Conseil national des Églises chrétiennes du Brésil (Conic), déclare que l’organisation – qui a un caractère œcuménique – a promu des actions non confessionnelles pour accueillir les personnes qui quittent leurs Eglises. «L’idée est de leur fournir des espaces de spiritualité qui, en même temps, génèrent une réflexion sur des problèmes sociaux qui ne sont pas abordés dans d’autres Eglises», explique-t-elle. Le Conic a également encouragé les groupes locaux d’évangéliques sans Eglise à s’organiser en réseaux et à favoriser les réunions. «Le chemin de l’œcuménisme», souligne-t-elle, «est fait de personnes et de relations, et il n’a qu’à gagner de l’approche des nouveaux chrétiens.»
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