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Une chrétienne au cœur des dangers et de l’humanité des monts Nouba

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Le témoignage d’une collaboratrice de la Solidarité Chrétienne Internationale (CSI) sur sa visite dans la région des monts Nouba, au Soudan, où deux millions de personnes fuyant la guerre civile ont trouvé refuge.

C’était mon premier voyage au Soudan, et je ne l’oublierai jamais.

À la mi-février 2026, j’ai eu l’occasion de me rendre dans les monts Nouba au Soudan pour soutenir les programmes que CSI met en œuvre dans la région. L’accent a été mis en particulier sur la distribution d’aide humanitaire aux personnes déplacées à l’intérieur du pays qui ont été contraintes de fuir leurs foyers en raison de la guerre civile en cours.

Nous avons commencé par prendre l’avion vers Yida, au nord du Soudan du Sud, un endroit qui, à première vue, ne semble être rien de plus qu’une piste d’atterrissage poussiéreuse. Et pourtant, au fil du temps, il est devenu bien plus que cela. Des milliers de personnes fuyant la guerre au Soudan s’y sont installées, construisant une communauté fragile mais fonctionnelle. On y trouve des petits marchés, des restaurants, voire des écoles, autant de signes de résilience au milieu de conditions extrêmement difficiles.

De là, nous avons poursuivi notre voyage vers les monts Nouba, au Soudan. Le trajet de sept heures nous a conduits sur des pistes accidentées et poussiéreuses, que l’on pouvait à peine qualifier de routes. Pendant la saison des pluies, ces chemins deviennent quasiment impraticables.

Une tension sous-jacente au calme

En chemin, nous avons été arrêtés à plusieurs postes de contrôle, car la région est contrôlée par le Mouvement populaire de libération du Soudan – Nord (MPLS-N). L’accès est restreint et les déplacements sont surveillés.

Ce qui m’a le plus marquée, c’est la conscience constante que la ligne de front n’était pas loin. Dans la guerre d’aujourd’hui, la distance n’offre guère de protection. Les drones peuvent frapper sans avertissement, et le Soudan ne fait pas exception.

Même lorsque tout semble calme, il y a une tension sous-jacente, un sentiment de vulnérabilité silencieux et persistant. La peur est une constante pour tous ceux qui vivent et passent par ici.

Le conflit au Soudan a débuté en avril 2023 sous la forme d’une lutte pour le pouvoir entre les Forces armées soudanaises (FAS), à savoir l’armée soudanaise, et les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire. Un différend politique sur le contrôle du pays a rapidement dégénéré en une guerre nationale, avec des combats particulièrement intenses dans la capitale, Khartoum, et dans la région du Darfour.

La violence a causé des destructions massives, déplacé des millions de personnes et déclenché une grave crise humanitaire. L’économie et les services de base se sont largement effondrés, et une grande partie de la population est confrontée à la famine. Les efforts de médiation internationale ont jusqu’à présent échoué, et le conflit se poursuit, tandis que la situation des civils ne cesse de se détériorer.

L’isolement du monde

En même temps, une autre prise de conscience s’est imposée, une prise de conscience qui pesait encore plus lourd : alors que nous, les travailleurs des ONG, pouvions partir à tout moment et retourner en sécurité, les personnes qui vivent ici ne le peuvent pas. Elles restent, prisonnières de circonstances qui échappent à leur contrôle. Cette prise de conscience de notre privilège et de notre impuissance est profondément troublante.

Une autre expérience marquante a été l’absence de connexion internet. Dans les monts Nouba, il n’y a pratiquement pas d’internet. Pour ceux d’entre nous qui sommes habitués à être constamment connectés, capables de parler à notre famille et à nos amis à tout moment, cela a été très déstabilisant.

Cela montre à quel point nous dépendons de la technologie pour pouvoir rechercher le réconfort et le soutien de nos proches lorsque nous sommes loin. Et à quel point la vie quotidienne est différente pour ceux qui vivent ici en permanence, sans pouvoir compter sur personne.

Isolés du monde. Oubliés. Seuls.

Une crise alimentaire profonde

Les communautés locales elles-mêmes vivent dans une extrême pauvreté, survivant souvent grâce à l’agriculture de subsistance, confrontées à des mois de famine et d’incertitude. Et pourtant, elles partagent le peu qu’elles ont.

Dans les monts Nouba, environ deux millions de personnes déplacées venues de tout le pays sont réparties dans de nombreux camps, sans pratiquement aucune aide internationale. Une grande partie du fardeau repose sur les structures locales, qui font de leur mieux avec des ressources très limitées.

Notre visite dans plusieurs camps de déplacés a été profondément bouleversante. On est immédiatement entouré de dizaines d’enfants, car les visiteurs apportent un changement bienvenu dans la vie quotidienne autrement morne de ces camps.

Beaucoup espèrent également l’aide de l’extérieur, car la survie est un combat permanent.

L’un des plus grands problèmes au Soudan est la faim. La crise alimentaire est largement considérée comme l’une des pires de l’histoire récente en raison de son ampleur, de sa gravité et de son impact. Environ 20 à 25 millions de personnes (près de la moitié de la population du pays) sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Des conditions de famine règnent déjà dans certaines parties du Darfour et de nombreuses autres régions sont menacées.

La crise est en grande partie due au conflit en cours, qui a perturbé l’agriculture, déplacé des millions de personnes et sévèrement restreint l’aide humanitaire, ce qui en fait la plus grave urgence alimentaire au monde aujourd’hui.

Les adultes, et souvent les enfants aussi, passent leurs journées, du matin au soir, à chercher de la nourriture, que ce soit en cueillant des baies et des fruits sauvages ou en essayant de vendre le peu qu’ils ont au marché local pour gagner quelques centimes.

L’accès à l’éducation est quasi inexistant dans les camps de déplacés. J’avais l’impression d’être face à toute une génération perdue. La crise qui frappe ces personnes courageuses entraînera des conséquences durables.

J’ai également été frappée par le nombre de femmes, souvent seules, séparées de leur mari ou veuves, qui luttent désormais pour leur propre survie et celle de leurs enfants. La plupart ne savent pas si leur conjoint est encore en vie ni où il se trouve, car il n’y a aucun moyen de rester en contact.

Rétrospective

Cela fait environ un mois que je suis rentrée, et j’écris ces lignes depuis le confort et la sécurité de mon domicile. Mais s’il y a une chose que je ne pense pas pouvoir oublier, c’est le vide dans les yeux des gens et leurs visages tristes et traumatisés, qui reflétaient clairement la résignation.

Et le pire, c’est que cela ne concernait pas seulement les adultes, mais aussi les enfants.

Il est difficile d’être témoin d’une telle souffrance. Cela nous confronte également aux limites de ce que nous pouvons faire. Nous ne pouvons pas aider tout le monde. Nous ne pouvons pas tout réparer.

Et pourtant, ce que nous pouvons faire compte.

Même de petits gestes, comme fournir de la nourriture à des familles, soutenir des enfants ou enfin trouver un médecin pour quelqu’un qui a un trou dans le pied causé par une balle d’AK47, peuvent apporter un soulagement et restaurer la dignité, même si ce n’est que pour un temps et pour une seule personne.

Ce qui peut nous sembler dérisoire peut signifier tout pour ceux qui en bénéficient.

Mais par-dessus tout, je me souviendrai de la générosité des Noubas locaux.

Même au milieu de toutes ces épreuves, j’ai fait l’expérience de quelque chose de vraiment remarquable : une humanité extraordinaire.

Malgré la pénurie, ils partagent.

Lorsque des familles arrivent après des jours sans nourriture, les gens leur offrent le peu qu’ils ont. Cette compassion discrète et désintéressée est profondément émouvante.

L’espoir au milieu de la souffrance

Le voyage, qui comprenait des visites dans plusieurs camps de déplacés, a duré trois jours – des jours remplis d’images, d’impressions et de rencontres. Nous avons pu rentrer sains et saufs. Mais je n’oublierai jamais les habitants des monts Nouba. Ils m’ont fait part de leurs histoires, ils m’ont donné un aperçu de leur vie. Et j’ai le sentiment que, grâce à CSI, j’ai pu leur apporter un peu de soutien, avec l’aide de Dieu et de nos donateurs.

Ces personnes resteront dans mon cœur, dans mes pensées et mes prières. Je ressens également la responsabilité de faire quelque chose pour elles. Je ne veux pas simplement aller là-bas, être témoin de leurs souffrances, puis disparaître à nouveau. Ces rencontres m’ont une fois de plus montré à quel point ma propre vie est privilégiée, et tout ce que je peux encore faire.

Merci à vous tous qui priez et faites des dons pour ce peuple courageux. Ensemble, nous pouvons faire la différence, en mettant en pratique notre solidarité chrétienne envers les peuples oubliés de ce monde, et en ayant un impact réel sur leur vie.

Ce voyage m’a rappelé quelque chose d’essentiel : même au milieu de la souffrance, il y a de l’espoir ; même dans l’incertitude, il y a de l’humanité.

Ce témoignage a été rédigé par une collaboratrice de CSI qui souhaite rester anonyme. Elle s’est rendue dans les camps de déplacés internes des monts Nouba, au Soudan, en février 2026, pour distribuer de la nourriture, des ustensiles et des médicaments aux personnes dans le besoin, grâce aux généreux dons mis à la disposition de ls CSI.

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