Le ton monte entre Paris et Londres sur l’immigration illégale
LONDRES (Reuters) – La France a prévenu jeudi le Royaume-Uni qu’elle n’accepterait ni « chantage financier » ni entorse au droit international dans la lutte bilatérale contre l’immigration clandestine, alors que Londres menace désormais de renvoyer les bateaux de migrants vers les côtes françaises.
L’escalade fait suite à des semaines de tension, depuis la conclusion d’un accord de coopération en juillet par lequel les autorités britanniques se sont engagées à verser 62,7 millions d’euros à la France sur la période 2021-2022, afin de renforcer la répression à leur frontière commune.
Les traversées de la Manche à bord d’embarcations de fortune sont en hausse constante entre les deux pays.
Selon la préfecture maritime de la Manche et la Mer du Nord, plus de 9.500 migrants ont ainsi tenté ou réussi une traversée en 2020, quatre fois plus qu’en 2019. Le décompte pour 2021 fait déjà état de plus de 7.000 personnes.
Un responsable du gouvernement britannique a déclaré sous le sceau de l’anonymat que l’exécutif du royaume avait approuvé des plans pour refouler les embarcations de fortune vers le littoral français.
La police frontalière (Border Force) sera formée pour forcer les canots à s’éloigner des eaux territoriales britanniques. Elle ne déploiera cependant ces tactiques que lorsqu’elles seront jugées sûres, a ajouté la source.
Le procureur général par intérim de l’Angleterre et du Pays de Galles, Michael Ellis, devrait arrêter les fondements juridiques nécessaires à cette stratégie, précise-t-elle.
Interrogé jeudi, un porte-parole du Boris Johnson a déclaré que le gouvernement britannique se penchait sur des solutions juridiques et sûres destinées à faire cesser les arrivées de migrants.
« Nous continuons d’examiner et d’éprouver une série de solutions juridiques afin de stopper l’arrivée de petites embarcations qui entreprennent ce trajet inutile et dangereux », a dit ce porte-parole.
« Nous pensons que l’approche que nous allons retenir sera conforme à la règle de droit », a-t-il ajouté.
« POSTURES »
La ministre britannique de l’Intérieur, Priti Patel, a déclaré cette semaine au Parlement britannique que le financement promis à la France serait bloqué tant que Paris n’empêcherait pas trois traversées sur quatre d’ici la fin du mois de septembre.
Un avertissement dénoncé par son homologue français Gérald Darmanin, qui s’est inquiété dans un communiqué d' »une grave perte de confiance » dans la coopération entre Londres et Paris.
« Les modalités de ce financement ont été négociées en détail avec la partie britannique et il n’a jamais été question de conditionner le paiement à des objectifs chiffrés », a-t-il notamment souligné.
Jeudi, la querelle s’est avivée à la faveur de deux tweets du ministre.
« La France n’acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer, ni aucun chantage financier. L’engagement de la Grande-Bretagne doit être tenu. Je l’ai dit clairement à mon homologue », a écrit Gérald Darmanin.
« L’amitié entre nos deux pays mérite mieux que des postures qui nuisent à la coopération entre nos services », a-t-il ajouté.
Les deux ministres s’étaient rencontrés mercredi en marge d’une réunion du G7 à Londres.
Les procédures de refoulement envisagées sont contraires au droit international et dangereuses pour les migrants, souligne-t-on à Paris.
Dans une lettre dévoilée par des médias britanniques, le ministre français de l’Intérieur déclare que « la sauvegarde des vies humaines en mer prime sur les considérations de nationalité, de statut et de politique migratoire ».
Clément Beaune, le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, a plaidé le mois dernier en faveur d’un nouvel accord migratoire pour remplacer les accords du Touquet qui ont pour principal objet de situer la frontière franco-britannique – et donc les contrôles – à Calais.
(Reportage Andrew MacAskill, avec la contribution de Sophie Louet à Paris, version française Juliette Portala, édité par Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse)
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