La France plaidera pour un budget européen ambitieux
PARIS (Reuters) – La France a averti mercredi qu’elle n’approuverait pas un budget pluriannuel de l’Union européenne trop modeste face à l’ampleur de la crise économique engendrée par la pandémie de coronavirus.
Emmanuel Macron a déjà prévenu que l’UE n’avait pas d’autre choix que de mettre en place un fonds de relance financé par de la dette commune avec une garantie commune. Le chef de l’Etat a également appelé à revoir à la hausse le montant du budget pour les années 2021-2027 actuellement négocié par les Vingt-Sept.
« Le président a été clair, on ne donnera pas notre accord à un budget qui ne change pas pour prendre en compte la réponse à la crise », a déclaré un conseiller de l’Elysée à la veille d’un conseil européen par visioconférence.
Le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, s’efforce de contourner l’opposition de pays du nord de l’Europe, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, à la perspective d’une émission de dettes communes – les « corona bonds » – au niveau des Vingt-Sept en proposant un fonds de relance européenne qui serait doté d’au moins 1.000 milliards d’euros et ne servirait qu’à soutenir des investissements d’avenir.
Tout en se disant ouvert à l’idée de loger ce fonds au sein du budget communautaire de l’Union européenne, Bruno Le Maire a déclaré mardi qu’il serait plus efficace s’il passait par une structure autonome.
« MIEUX VAUT DES BUDGETS DE TRANSITION QU’UN MAUVAIS ACCORD »
Selon le conseiller de l’Elysée, la France préférerait valider des budgets provisoires de court terme plutôt qu’accepter un « mauvais accord » sur le budget pluriannuel.
« On aura de toute façon, où que soit localisé ce budget de relance, une discussion à avoir sur le cadre financier pluriannuel, et pour ça il faut l’unanimité », a-t-il expliqué.
« Pour l’instant, il vaut mieux avoir des budgets de transition plutôt qu’un mauvais accord sur le cadre financier pluriannuel indépendamment de ce fonds de relance. L’accord de la France et d’autres pays sera sur ce point indispensable. »
Paris soutient également le principe d’un fonds de relance européen financé par une dette de long terme, comme l’a proposé l’Espagne, même si les modalités peuvent en être débattues, a poursuivi le responsable.
L’Espagne compte proposer à ses partenaires de l’Union européenne la création d’un fonds de 1.500 milliards d’euros alimenté par de la dette perpétuelle pour aider les pays les plus affectés économiquement par l’épidémie de coronavirus.
« L’important, ce sont les principes: qu’on n’ait pas des montants ridiculement petits, il faudrait au moins plusieurs points de PIB européen », a dit le conseiller de l’Elysée.
« Il faut renforcer les transferts entre pays européens au moins temporairement pendant la durée de la crise. Et il faut aussi de l’endettement commun. Encore une fois, non pas pour mutualiser le passé, mais pour financer les dépenses post-crises communes nécessaires. »
Pour qu’une décision définitive soit prise sur ce fonds de redressement, les dirigeants européens devront se rencontrer physiquement, peut-être avant l’été, a-t-il encore estimé.
Ce responsable a par ailleurs jugé irréaliste d’envisager une réouverture des frontières de l’espace Schengen aux ressortissants extra-européens avant l’été, tout en souhaitant que les contrôles aux frontières entre Etats membres, la frontière franco-allemande, soient maintenus le moins longtemps possible.
(Version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Henri-Pierre André)
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