Au Haut-Karabakh, les Arméniens brûlent leurs maisons avant de partir
CHAREKTAR, Azerbaïdjan (Reuters) – Toujours vêtu de l’uniforme avec lequel il a combattu les forces azerbaïdjanaises jusqu’à la semaine dernière, Arsen, un Arménien du Haut-Karabakh, a mis le feu à la maison de sa soeur, samedi, dans le petit village de Charektar.
« Ils seront là demain matin. Les Azerbaïdjanais. Qu’ils viennent donc vivre ici, s’ils le peuvent », enrage l’ancien combattant en regardant les flammes engloutir la maison.
Une grande partie du Haut-Karabakh doit être restituée à l’Azerbaïdjan dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu la semaine dernière sous l’égide de Moscou, qui a consacré la victoire militaire des forces de Bakou après six mois de combats dans l’enclave séparatiste arménienne.
Furieux de ce qu’ils vivent comme une « trahison », les habitants d’origine arménienne pratiquent la politique de la terre brûlée, incendiant leurs maisons avant de les abandonner.
C’est le cas à Charektar, officiellement situé en territoire azerbaïdjanais, tout près de la frontière avec le Haut-Karabakh, mais dans les faits habités par les seuls Arméniens depuis la fin du conflit des années 1990.
Le village perché dans les montagnes repassera dimanche sous administration azerbaïdjanaise.
« Ils devront tout reconstruire », s’emporte Arsen, qui n’a pas voulu donner son nom de famille. Un journaliste de Reuters a constaté samedi que la moitié des maisons du village avaient été incendiées.
Pour l’ancien combattant, âgé de 35 ans, les Arméniens n’ont pas d’autre solution que partir vers l’Arménie pour échapper à la mort.
« Avez-vous déjà vu des Arméniens et des Azéris vivrent ensemble? », demande-t-il. « Nous laissons derrière nous les tombes de nos ancêtres. C’est pire qu’un cauchemar. »
(Version française Tangi Salaün)
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