OIF 2026 : Le duel Kinshasa-Kigali au cœur de la bataille pour le secrétariat général
À l’approche du 20e Sommet de la Francophonie, prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, la course au Secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne se résume plus à une simple compétition diplomatique. Elle est devenue le miroir grossissant des tensions sécuritaires qui déchirent la région des Grands Lacs, transformant l’arène francophone en un champ de bataille politique où s’affrontent les influences de Kinshasa et de Kigali.
Une diplomatie sous tension
La candidature de la Secrétaire générale sortante, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, briguant un troisième mandat, est perçue par la République démocratique du Congo (RDC) comme une provocation. Kinshasa, qui accuse Kigali de soutenir le mouvement rebelle du M23 sur son sol, a décidé de ne pas rester spectatrice. En portant la candidature de Juliana Amato Lumumba, fille de la figure historique Patrice Emery Lumumba, la RDC veut contester l’hégémonie rwandaise et faire du scrutin un référendum sur la souveraineté congolaise.
Pour Kinshasa, l’OIF ne doit pas être le refuge d’une puissance accusée d’agression. « La Francophonie est une tribune où nous attendons une solidarité active », martèlent les diplomates congolais, faisant du remplacement de Mushikiwabo un enjeu existentiel.
Kigali et le pari du réseau
Face à cette fronde, Kigali déploie une stratégie de « partition gagnante ». Forte de ses deux mandats, Louise Mushikiwabo mise sur une diplomatie de réseaux consolidée. Elle présente son bilan — marqué par une stabilisation de l’institution et un focus sur le numérique et l’entrepreneuriat — comme une preuve de sa compétence.
La récente tournée diplomatique du ministre rwandais des Affaires étrangères, visant à sécuriser des soutiens stratégiques en Afrique, illustre cette volonté de consolider une base continentale. Le retour vers des alliés comme le Cameroun, pièce maîtresse de l’Afrique centrale, témoigne de l’importance cruciale de ces appuis pour maintenir Kigali aux commandes de l’organisation.
L’ombre de Dacian Cioloș
Dans ce duel polarisant, l’émergence de l’ancien Premier ministre roumain, Dacian Cioloș, ajoute un niveau de complexité supplémentaire. Seul candidat non africain, il tente de se présenter comme une « option de compromis », un facilitateur pragmatique dont le passé — sans passif colonial — pourrait rassurer les États membres fatigués par les querelles régionales. Son argumentaire, axé sur la transparence, la rigueur budgétaire et la diplomatie préventive, séduit certaines chancelleries qui craignent que l’OIF ne devienne l’otage des conflits de voisinage.
Un grand oral décisif
Le 29 juin dernier, l’épreuve du « grand oral » à Paris a marqué un tournant. Devant les ministres des Affaires étrangères, les candidats ont dû défendre leur vision pour une Francophonie à la croisée des chemins. Pour Kinshasa, l’objectif est clair : briser le leadership rwandais. Pour Kigali, il s’agit de confirmer son statut de puissance incontournable.
À quelques mois du vote final au Cambodge, les consultations bilatérales s’intensifient. L’OIF, au-delà de son rôle culturel, se retrouve face à son propre défi : prouver qu’elle peut rester une organisation unie, capable de transcender les crises qui menacent la stabilité de ses membres les plus influents.
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