Les USA envisagent des taxes de 10% contre des dizaines de pays, invoquant leur recours au « travail forcé »
3 juin (Reuters) – L’administration du président américain Donald Trump envisage d’imposer des droits de douane supplémentaires de 10% ou 12,5% sur les importations en provenance de 60 économies auxquelles elle reproche de ne pas lutter efficacement contre le commerce de biens réalisés grâce au travail forcé, ce qui restreint selon elle les échanges commerciaux des Etats-Unis.
La proposition a été faite par le bureau du représentant américain au Commerce (USTR), Jamieson Greer, qui s’appuie sur une disposition de loi (Section 301) autorisant le gouvernement américain à enquêter et à imposer des taxes douanières ainsi que d’autres mesures commerciales à des pays ayant recours à des pratiques jugées « déloyales ».
Plusieurs démarches s’appuyant sur cette Section 301 ont été entreprises par l’administration Trump, désireuse de rétablir un éventail de droits de douane d’urgence, alors que les vastes prélèvements dits « réciproques » annoncés en avril 2025 par la Maison blanche ont été retoqués par la Cour suprême américaine en février dernier.
Dans un communiqué, l’USTR dit avoir déterminé l’imposition de droits de douane de 10% à la suite d’une enquête sur du travail forcé concernant les importations de Grande-Bretagne, Canada, Union européenne, Indonésie, Mexique, Pakistan, Argentine, Bangladesh, Cambodge, Equateur, Salvador, Guatemala, Malaisie et Taïwan.
Il a précisé qu’il imposerait des droits de douane de 12,5% sur les importations en provenance de 45 autres pays concernés par l’enquête.
« L’incapacité de nos plus importants partenaires commerciaux à répondre à l’importation de biens réalisés avec du travail forcé est inacceptable », a dit Jamieson Greer dans le communiqué. « Cela créé une dynamique dans laquelle les travailleurs américains sont contraints de faire face mondialement à des conditions inéquitables. »
L’UE DÉNONCE L’ARGUMENTAIRE AMÉRICAIN
De nouveaux droits de douane sur les produits de l’UE qui s’ajouteraient à ceux ayant fait l’objet d’un accord l’an dernier seraient inacceptables, a réagi Bernd Lange, président de la commission du Commerce international du Parlement européen, qualifiant de « totalement absurdes » les accusations américaines.
« Après le revers subi devant la Cour suprême, le gouvernement américain cherche désespérément une nouvelle base juridique pour sa politique de droits de douane. Il semble que chaque prétexte imaginable soit désormais utilisé pour justifier les droits de douane existants ou en préparer de nouveaux », a-t-il ajouté.
Bernd Lange a également fait valoir que l’UE avait adopté fin 2024 la législation la plus stricte au monde contre les produits fabriqués au moyen de travail forcé et que les entreprises se préparaient déjà aux nouvelles exigences visant à rendre les chaînes d’approvisionnement plus transparentes, à identifier les risques et à démontrer que des mesures correctives sont en place.
Un porte-parole de la Commission européenne a par la suite indiqué que l’UE considérerait comme « injustifiés » des droits de douane imposés au motif du travail forcé, ajoutant que le bloc était « en bonne voie pour assurer la mise en œuvre de (ses) engagements en matière de droits de douane (…) d’ici la fin juin ».
« ON EST HABITUÉ »
Une source diplomatique française a pour sa part déclaré : « On est habitué au truc. Il y a eu un accord entre les USA et l’UE il n’y a aucune raison que ce soit remis en cause. »
En vertu d’un accord conclu en juillet dernier en Écosse, l’UE a notamment accepté de supprimer ses droits de douane sur les produits industriels américains, tout en acceptant que les Etats-Unis instaurent des prélèvements de même nature de 15% sur la plupart des produits des 27 Etats membres du bloc.
L’UE n’a toutefois pas encore définitivement adopté le texte et, dans son rapport, l’USTR a noté que les mesures du bloc n’entreraient en vigueur qu’en décembre 2027 et les a jugées incomplètes.
De son côté, la Chine a déclaré mercredi qu’elle s’opposait toute forme de droits de douane « unilatéraux » et a rejeté l’argumentaire développé par les Etats-Unis.
« Il n’existe pas de prétendu travail forcé en Chine, et nous nous opposons à l’utilisation de ce prétexte à des fins de manipulation politique », a déclaré lors d’un point presse Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
L’USTR a précisé que des exemptions concerneraient des produits énergétiques, les terres rares et certains métaux, de même que le café, des produits agricoles, des produits pharmaceutiques et les pièces détachées d’avions.
Comme le veut le processus, l’USTR a annoncé l’ouverture d’une consultation publique jusqu’au 6 juillet.
En février dernier, à la suite de la décision de la Cour suprême, l’administration Trump s’est appuyée sur une autre mesure d’urgence pour imposer des droits de douane temporaires de 10% qui doivent expirer le 24 juillet.
L’USTR avait déjà proposé lundi l’instauration de droits de douane de 25% sur nombre de produits en provenance du Brésil, citant les résultats d’une enquête basée sur la Section 301 concernant les pratiques commerciales de Brasilia sur les services numériques.
Des annonces supplémentaires pourraient être effectuées sous peu, alors qu’est finalisée une enquête sur les surcapacités industrielles de 16 partenaires commerciaux, dont la Chine.
(David Lawder à Washington, Anusha Shah à Bangalore, avec Liz Lee à Pékin, Jan Strupczewski et Philip Blenkinsop à Bruxelles, Elizabeth Pineau à Paris ; version française Jean Terzian et Benjamin Mallet)
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