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Après les incendies, les spécialistes font assaut d’idées pour la reconstruction de Los Angeles

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par Andrew Hay et Brad Brooks

(Reuters) – Alors que Los Angeles se remet des incendies dévastateurs qui ont ravagé des quartiers entiers au début du mois de janvier, des ingénieurs en environnement, des urbanistes et des experts en catastrophes naturelles tentent d’imaginer ce que pourrait devenir la ville couverte de cendres.

Des immeubles d’habitation pourraient notamment voir le jour sur d’anciens sites de centres commerciaux et de parkings, ce qui permettrait aux habitants de se rendre à pied dans les boutiques, bureaux et cafés situés au rez-de-chaussée, à l’européenne.

La ville pourrait ainsi procéder à une expansion verticale en construisant des logements abordables dans les quartiers plus sûrs du centre-ville, plutôt que d’opter pour des maisons individuelles sur des collines sujettes aux incendies.

Certains pâtés de maisons pourraient également être transformés en zones tampon, où aucune construction ne serait autorisée, et les palmiers iconiques de la ville pourraient être remplacés par des arbres plus résistants au feu.

Les chercheurs redoublent d’idées pour le futur de Los Angeles, ravagée par des feux hors de contrôle qui ont tué 28 personnes, endommagé ou détruit près de 16.000 structures et carbonisé 152 km².

Cependant, seule une poignée de la douzaine d’urbanistes interrogés par Reuters s’attend à ce que leurs plans soient adoptés, notamment en raison de l’absence de couvertures d’assurance adéquates et de la pression politique pour reconstruire à l’identique.

Les experts ont ainsi déclaré qu’il ne fallait pas se précipiter pour reconstruire, et que les habitants de Pacific Palisades et d’Altadena devaient avoir le temps de décider à quoi ressembleraient leurs futures communautés.

« Le plus important est de savoir comment promouvoir le développement de zones plus sûres », souligne Emily Schlickman, professeur adjointe d’architecture paysagère et de conception environnementale à l’université de Californie à Davis.

VILLES MODÈLES

Los Angeles pourrait s’inspirer de villes comme Kobe, au Japon, dévastée par un tremblement de terre en 1995, où les autorités ont imposé un moratoire de deux mois sur la construction, observe Jeffrey Schlegelmilch, directeur du centre national de préparation aux catastrophes à l’université de Columbia.

« L’une des choses les plus importantes est de se donner le temps de trouver une solution solide », ajoute-t-il.

Le comté de Harris, à Houston, et la ville de San Antonio, au Texas, ont par exemple racheté des maisons et des propriétés afin de réduire les risques d’inondation futurs.

Dans le cas du comté de Harris, les autorités ont proposé aux vendeurs consentants des valeurs de marché antérieures aux intempéries pour les maisons inondées lors de l’ouragan Harvey en 2017, puis les ont démolies.

Char Miller, professeur d’analyse environnementale et d’Histoire au Pomona College de Claremont, en Californie, fait partie de ceux qui mettent en avant l’expérience du Texas.

Si le rachat des propriétés à Pacific Palisades et Altadena serait coûteux, selon lui, il serait possible avec le soutien financier de la ville, du comté, de l’État et éventuellement des assureurs.

Les terrains incendiés pourraient ainsi être transformés en ce qu’il envisage comme des zones tampon contre les incendies.

Char Miller pense que nombre d’habitants seraient prêts à utiliser l’argent pour se reloger.

Il se désespère des efforts déployés par la ville et l’État pour accélérer le réaménagement des zones qui ont brûlé avec une densité de logements similaire.

« Ils viennent de mettre un terme à ce projet », a-t-il déploré.

Alice Hill, chargée de mission pour l’énergie et l’environnement au sein du groupe de réflexion Council on Foreign Relations, souhaite que davantage d’espaces verts, tels que des terrains de jeu et des pistes cyclables, soient aménagés entre les zones à risque d’incendie et les habitations.

« Il n’est tout simplement pas sûr de reconstruire les communautés là où elles étaient, le repli est peut-être l’approche la plus sage », a-t-elle écrit dans un essai publié le 14 janvier.

PLUS DE PANACHE

D’autres experts préconisent de reconstruire les quartiers, mais de manière à ce qu’ils résistent au feu.

« La seule façon d’avoir un impact est d’agir à l’échelle de la communauté, de sorte que si le feu entre, il aura du mal à se déplacer », explique Michael Gollner, professeur d’ingénierie mécanique à l’université de Californie, à Berkeley.

Il étudie notamment la résistance de maisons face aux flammes, à l’aide de prototypes.

Il est possible de rendre les maisons plus résistantes au feu en reculant une clôture en bois de 1,5 mètre, en entourant une maison de gravier et en plaçant du grillage sur les évents de grenier pour arrêter les braises, détaille-t-il.

L’aménagement paysager, sujet controversé pour certains propriétaires, serait également une option.

« Qui veut couper son genévrier ? Mais lors d’un incendie de forêt, votre genévrier devient une torche », résume Michael Gollner.

Les écologistes suggèrent aux habitants de Los Angeles de remplacer les palmiers, les genévriers et les eucalyptus par des arbres qui ont évolué pour survivre au feu, comme les chênes de Californie.

Cette espèce indigène possède une écorce épaisse qui résiste aux flammes et des feuilles vivaces qui brûlent lentement.

« De nombreuses personnes s’efforcent de planter des chênes, et je pense que l’on doit faire des efforts pour leur donner ‘plus de panache' », estime Alexandra Syphard, écologiste spécialiste des incendies de forêt à l’Institut de biologie de la conservation, basé à San Diego.

Pour Hussam Mahmoud, professeur d’ingénierie civile et environnementale à l’université d’État du Colorado, la clé est de prédire la trajectoire des futurs incendies.

Il a mis au point un modèle qui détermine les bâtiments les plus exposés aux incendies, ce qui permet à une communauté de protéger les structures « super propagatrices » plutôt que d’adapter entièrement chaque maison pour qu’elle résiste aux incendies de forêt.

Le renforcement d’une maison commence par l’utilisation de métal ou de béton pour le toit et de matériaux ignifuges pour les cloisons et murs.

Les fenêtres à vitres multiples sont également moins susceptibles de se briser sous l’effet de la chaleur et de faire brûler la maison de l’intérieur.

« Lorsque les incendies ont frappé Los Angeles, il est clair que personne ne savait ce qui allait se passer, quels bâtiments étaient les plus susceptibles de brûler », souligne Hussam Mahmoud.

(Reportage Andrew Hay et Brad Brooks, version française Etienne Breban, édité par)

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