Volkswagen renonce à partager la Renault Twingo, pas encore d’Airbus de l’auto
par Gilles Guillaume et Christina Amann
PARIS/BERLIN (Reuters) – Volkswagen a mis fin aux discussions avec Renault sur un partage de l’architecture de la future Twingo électrique du groupe au losange et pourrait développer et produire seul sa prochaine petite voiture électrique abordable, ont dit à Reuters deux sources proches du dossier, un revers pour l’ambition de créer un champion européen face à la concurrence chinoise.
« Au final, les deux groupes n’ont pas réussi à se mettre d’accord », a dit une des sources, ajoutant que les discussions, qui duraient depuis plusieurs mois, avaient pris fin.
Une autre source a expliqué qu’un accord était très proche, les deux constructeurs s’étant mis d’accord sur l’essentiel du projet, mais que VW a finalement décidé de développer en interne son propre véhicule.
Une porte-parole d’Ampere, l’entité électrique et logiciels de Renault qui pilote le programme Twingo, a refusé de faire un commentaire, tout comme un porte-parole de Volkswagen.
Ce dernier a ajouté que le constructeur allemand étudiait toujours ses options sur l’électrique abordable. Une décision est attendue dans les prochaines semaines si VW veut être prêt pour 2027, objectif annoncé par le directeur général de la marque éponyme, Thomas Schäfer, pour un modèle plus petit et plus abordable que l’ID.2.
Volkswagen tient son assemblée générale annuelle le 29 mai.
Renault a toujours dit que le calendrier et la rentabilité de son programme étaient calqués sur l’hypothèse où il restait seul à bord, et qu’un partage avec un partenaire constituerait une cerise sur le gâteau.
L’abandon d’un partage avec Volkswagen constitue cependant une mauvaise nouvelle pour les deux groupes alors que tout développement partagé et toute production en commun sont les bienvenus dans l’automobile afin de réduire les coûts.
L’arrêt des discussions avec VW ne signifie pas non plus qu’un autre partenaire ne puisse pas avoir besoin de la Twingo. Au dernier salon de l’automobile de Genève, fin février, le directeur général de Renault Luca de Meo s’était dit « ouvert à tout le monde qui veut utiliser cette plateforme. »
Une des sources a confirmé que le programme Twingo continuait, même sans VW, et qu’il restait ouvert à d’autres partenaires, par exemple de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi.
Un tandem industriel Renault-Volkswagen aurait constitué une première entre deux constructeurs généralistes européens sur le segment « A » des petites citadines, et incarné cet « Airbus » pan-européen des petites voitures que Luca de Meo appelle régulièrement de ses voeux.
« C’était une belle histoire pour l’industrie européenne, ça aurait pu poser les bases d’un Airbus (…) en face des Chinois », a dit une des sources.
« C’est frustrant parce qu’on allait au-delà d’un projet automobile, l’inspiration qu’il aurait pu débloquer, en particulier dans le contexte actuel d’une Europe ultra-régulée et paralysée, est difficile à imaginer », a ajouté une autre source.
Selon une des premières sources, Volkswagen a rompu les discussions avec Renault car le groupe français entendait assembler le modèle dans l’une de ses usines alors qu’au sein du constructeur allemand, certains ont privilégié le remplissage de la chaîne de production européenne de VW.
« Pour optimiser les investissements, l’accord visait à exploiter à plein une usine existante pour atteindre la capacité optimale », a dit une des sources, ajoutant qu’en cas de choix de l’Europe centrale, la production aurait été proche des usines du groupe VW.
Jeudi à l’assemblée générale de Renault, Luca de Meo a redit que le groupe « essaie de voir si Revoz – l’usine slovène de Renault où est assemblée l’actuelle Twingo – est une option pour la production » de la prochaine génération de la voiture.
(Reportage Gilles Guillaume à Paris et Christina Amann à Berlin, édité par Kate Entringer)
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