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Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Matthieu 6:12

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Si nous pardonnons aux hommes leurs offenses, notre Père céleste nous pardonnera aussi. Il s’agit de la seule demande du Notre Père qui concerne les relations interpersonnelles comme si toute vie sociale dépendait de la pratique du pardon. Ce fait est d’autant plus frappant que c’est aussi la seule demande du Notre Père qui comporte une condition: comme nous pardonnons nous-mêmes à ceux qui nous ont offensés. Celui qui demande le pardon de Dieu ne peut qu’offrir son pardon aux autres (voir Matthieu 6:14-15 ; 7:2 ; 18:23-35).

« Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Matthieu 6:12)

Pardonne-nous nos offenses… (Littéralement : remets-nous nos dettes comme nous aussi nous avons remis à nos débiteurs.) Le mot dette était devenu la désignation courante du péché (Matthieu 6:14-15, les fautes ou les offenses). Cette image souligne que le péché n’est pas seulement une blessure mais il renvoie à une réalité objective qui se loge entre Dieu et le pécheur ou entre l’offenseur et l’offensé. C’est le pardon qui, suite à la reconnaissance de l’offense (la repentance), permet d’effacer « juridiquement » cette dette (Jérémie 36:3 ; Ezéchiel 33:11 ; Matthieu 18:15, 23-25 ; Luc 17:3-4).

Cette requête « pardonne-nous nos offenses » s’assortit d’une condition : « comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Le problème suscité par cette condition trouve cependant sa solution : la doctrine chrétienne du salut distingue deux aspects du pardon divin. Tout d’abord, au moment de la conversion, le pardon accordé au pécheur couvre l’offense constituée par l’ensemble de ses péchés (Éphésiens 1:7) ; l’offense est ainsi annulée. Une seule condition est nécessaire pour obtenir ce pardon : le recevoir par la foi en Christ, une fois pour toutes (Romains 4:5–8).

Le second aspect du pardon concerne ceux qui sont devenus les enfants du Père céleste, et vise plus particulièrement le domaine de la communion avec Dieu, lorsqu’elle est interrompue par le péché. La condition à remplir pour obtenir ce pardon-là est double : confesser le péché puis l’abandonner (1 Jean 1:9 ; voir Psaumes 66:19 ; Proverbes 28:13). Le pardon mentionné en Matthieu 6:12 entre dans cette dernière catégorie parce qu’il est exprimé dans une prière proposée aux disciples de Christ (Matthieu 5:2), qui pouvaient appeler Dieu leur Père (Matthieu 6:9, 26). Seule la grâce de Dieu, révélée progressivement dans le Nouveau Testament., nous rend capables de pardonner à ceux qui nous ont offensés (Éphésiens 4:32 ; Colossiens 3:13).

Est-ce que Dieu nous pardonne parce que nous pardonnons les torts des autres envers nous ?

Notre pardon n’est ni la cause ni la condition du pardon divin, il en est la conséquence « sine qua non », c’est-à-dire que si nous ne tirons pas du pardon de Dieu la conséquence logique (notre pardon aux hommes), Dieu suspend son pardon (Matthieu 6:15). La parabole du serviteur impitoyable (Matthieu18:23-35) appuie cette leçon du double sens obligatoire du pardon. Notons aussi que le même mot araméen désigne à la fois les péchés et les dettes. C’est ce qui explique que certaines versions traduisent cette demande par : « remets-nous nos dettes » (comme les Juifs remettaient les dettes d’argent à leurs compatriotes la septième et la quinzième année).

Dans quelle mesure le pardon de Dieu et celui des chrétiens sont-ils liés l’un à l’autre ?

Comme susmentionné, il s’agit ici de la seule demande du « Notre Père »  où celui qui prie est impliqué et où il lui est demandé de faire quelque chose. Mais dans quelle mesure le pardon de Dieu et celui des chrétiens sont-ils liés l’un à l’autre ? « Comme » ne peut pas signifier « dans la même mesure » ou « de la même manière ». Aucun croyant ne voudrait limiter le pardon parfait de Dieu par son pardon imparfait, ni l’étendue illimitée du pardon divin par celle très réduite du sien. Il ne peut donc pas s’agir d’une simple comparaison.

L’une des questions les plus importantes est celle du temps du pardon : lequel vient en premier : celui de Dieu ou le nôtre ? Matthieu 6:12 traduit littéralement dit : « Pardonne-nous nos offenses comme nous avons nous-mêmes pardonné à ceux qui nous ont offensés ». Matthieu 5:23-24 dit qu’il est nécessaire que le chrétien se réconcilie avec son adversaire avant de se présenter devant Dieu. Luc 6:37 déclare : « Pardonnez, et vous serez pardonnés » (voir Marc 11:25). Et après la prière, Jésus ajoute comme seul commentaire : « En effet, si vous pardonnez aux autres leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes » (Matthieu 6:14-15).

Le pardon de Dieu est-il simultané au nôtre?

Certains passages bibliques enseignent que le pardon de Dieu est simultané au nôtre ou le précède même. Luc formule ainsi cette demande du Notre Père : « Pardonne nous nos péchés, car nous pardonnons nous-mêmes à ceux qui ont des torts envers nous » (Luc 11:4) : le pardon divin et le pardon humain semblent simultanés. Luc 7:47 déclare que le pardon de Dieu engendre l’amour, qui est une réponse au pardon divin. Celui qui s’est vu pardonner beaucoup, aime beaucoup (versets 42-43). Ephésiens 4:32 et Colossiens 3:13 demandent aux chrétiens de se pardonner mutuellement comme le Christ leur a pardonné.

A certains moments, il est nécessaire de pardonner afin de recevoir le pardon, à d’autres, de pardonner parce que nous avons été pardonnés, ou de pardonner comme nous serons pardonnés. Dans la recherche de la bonne chronologie exacte, il ne faut pas perdre de vue la vérité centrale que tous ces versets veulent nous inculquer : à savoir que pardonner et recevoir le pardon sont interdépendants ; ils ne peuvent pas être séparés.

Il arrive parfois que l’accent soit mis sur un côté, à d’autres moments, sur l’autre, mais les deux ne sauraient être dissociés. Ne pas pardonner signifie ne pas recevoir le pardon (Matthieu 6:15) !  La parabole du serviteur impitoyable (Matthieu 18:23-35) enseigne clairement le lien entre les deux : ce qui apparaît comme un pardon qui précède le pardon accordé au compagnon (verset 27) disparaît lorsque ce deuxième pardon ne suit pas (verset 32-35). Jamais l’un sans l’autre !

Quelle distinction y a-t-il entre gagner ou mériter le pardon?

Il nous faut distinguer entre, d’une part, gagner ou mériter le pardon, et, d’autre part, adopter une attitude qui rende le pardon possible – c’est-à-dire. la distinction entre les mérites et la capacité. Une réelle repentance, contrastée avec un simple remords qui ne regarde qu’à soi, est certainement une condition indispensable, sine qua non, pour recevoir le pardon divin. Une fois que nos yeux sont ouverts sur l’énormité de notre offense envers Dieu, les torts que nous ont faits les autres nous apparaissent comparativement bien anodins. Si d’autre part, nous en exagérons l’importance, nous montrons par là que nous minimisons les nôtres.

Si vous pardonnez aux hommes… votre Père céleste vous pardonnera aussi.

Le pardon que nous accordons aux autres n’est pas la condition du pardon que nous demandons à Dieu. Il en est plutôt l’effet ; mais là où cet effet ne se trouverait pas, nous pouvons conclure que la cause n’existe pas non plus. (Comparer Matthieu 18:23-35)

L’affirmation « votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses » ne signifie pas que Dieu retirera la justification de ceux qui ont déjà reçu le pardon gratuit qu’il accorde à tous les croyants. Le pardon divin est un acquittement total et définitif de la culpabilité et du châtiment ultime du péché; il appartient à tous ceux qui sont en Christ (voir Jean 5:24 ; Romains 8:1 ; Éphésiens 1:7). Cependant, l’Écriture enseigne que Dieu châtie ses enfants désobéissants (Hébreux 12:5-7). Les croyants doivent confesser leurs péchés afin d’obtenir une purification quotidienne (1 Jean 1:9) des souillures du monde. Ce genre de pardon ne répète pas la purification totale de la corruption du péché, celle qui accompagne la justification. Il correspond à un lavement des pieds plutôt qu’à un bain (voir Jean 13:10). Dieu menace de le refuser à un chrétien qui ne veut pas pardonner lui-même (voir Matthieu 18:23-35).

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