LaRem en pleine crise de croissance avant l’épreuve des municipales
La République en marche, jeune mouvement déjà craquelé, éprouvera la profondeur de sa crise de croissance politique à l’aune des municipales dont l’issue, plus qu’incertaine, inspire les scénarios les plus pessimistes au sein du camp présidentiel.
Les dissidences et rivalités de la majorité, longtemps restées sans réplique, n’ont pas contribué à éclaircir l’horizon qui porte jusqu’aux élections présidentielles de 2022.
Les instructions d’Emmanuel Macron n’ont pas empêché son camp de se déchirer à Paris et Lyon, compromettant sérieusement ses chances dans deux métropoles qui l’avaient plébiscité aux dernières élections, et troublant l’image d’un chef de l’Etat à la peine avec ses troupes.
« Il y a une énorme prime aux sortants. Les gens ont vu tellement de mouvement ces trois dernières années qu’ils veulent de la stabilité », analyse un cadre de la majorité.
« On est un parti tout jeune, naissant, les implantations locales sont très compliquées. Le but c’est d’avoir des gens partout pour travailler ensuite », ajoute-t-il en écho au délégué général de LaRem, Stanislas Guerini, qui fixe comme modeste objectif « de faire gagner nos idées, pas de planter des drapeaux ».
Faute de candidats « maison », le mouvement né en 2016 pour porter au pouvoir Emmanuel Macron, jamais élu auparavant, a apporté son soutien à des maires sortants « Macron-compatibles », « pour les deux-tiers issus de la droite et un tiers de la gauche », explique un cadre de LaRem.
« IL EST EN TRAIN DE TE FAIRE TA LEONARDA! »
A un mois de la date-limite du dépôt des listes, le 27 février, le parti présidentiel anticipe déjà les dégâts qui s’annoncent notamment à Paris, où le cavalier seul de Cédric Villani handicape le candidat désigné Benjamin Griveaux, favorisant la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo.
Le bureau exécutif de LaRem a tenté une parade en excluant Cédric Villani mercredi. Mais le groupe LaRem à l’Assemblée s’est refusé à écarter le député de l’Essonne, souhaitant « que les municipales ne s’invitent pas dans la vie du groupe ». Signe, s’il en fallait encore, que la machine grippe.
Le président avait tenté en vain de le convaincre sinon de changer d’avis, du moins de prendre langue avec Benjamin Griveaux lors d’une rencontre dimanche à l’Elysée d’où le candidat est ressorti en actant devant les caméras des « divergences majeures » avec le chef de l’Etat.
« Emmanuel Macron s’en mord les doigts. Il ne voulait pas que ce soit rendu public », a dit à Reuters une proche de Cédric Villani, selon qui les fuites dans les médias en amont du rendez-vous sont venues de l’Elysée. Ce sur quoi la présidence n’a souhaité faire aucun commentaire.
« Vous pouvez pas le débrancher Cédric, il est en Wifi. Il est ‘wireless’. Vous débranchez pas les gens, c’est fini cette affaire-là », souligne un cadre de LaRem.
Une séquence « pas terrible », concède un proche du chef de l’Etat qui a même écrit à Emmanuel Macron : « Il est en train de te faire ta Leonarda! ». Une référence acide à l’épisode de la collégienne rom kosovare qui avait répondu à François Hollande en direct à la télévision en 2013, écornant l’image présidentielle.
« Ça abîme le président et cela abîme Villani aussi. C’est perdant-perdant », juge un responsable de LaRem.
« LA DIVISION FAIT PERDRE, C’EST MATHÉMATIQUE »
Le 15 janvier, lors de ses voeux à la presse, Emmanuel Macron avait assuré qu’il ne se mêlerait pas des municipales. « Le président de la République n’est pas l’homme d’un parti et je suis attaché à cette règle », avait-il déclaré.
Il a pourtant été contraint d’intervenir pour mettre fin à la tragi-comédie de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), où le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume présentait une liste opposée à celle du maire sortant de Biarritz, Michel Veunac (MoDem), sur laquelle figurait le secrétaire d’Etat au Tourisme et au Commerce extérieur Jean-Baptiste Lemoyne.
Les deux hommes, sur son ordre, ont renoncé mercredi à leurs candidatures respectives.
La médiation présidentielle a été sans effet dans la guerre fratricide de la métropole de Lyon. Un bastion de 1,5 million d’habitants convoité par l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et l’ancien disciple de ce dernier, David Kimelfeld. Un duel qui pourrait profiter au candidat des Verts, Bruno Bernard.
« La division fait perdre, c’est mathématique », note fataliste un cadre de LaRem.
Pour ce stratège électoral, qui se prépare à des résultats décevants, c’est l’ancrage territorial qui comptera in fine.
La République en marche ambitionne de passer de 2.000 à 10.000 élus locaux les 15 et 22 mars. Une manière de préempter les élections régionales de 2021, rampe de lancement des présidentielles.
« La campagne commencera immédiatement après les élections régionales, dans un an et quelques semaines », résume le responsable de LaRem, l’esprit déjà à 2022.
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