Marine Le Pen condamnée à 5 ans d’inéligibilité
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné lundi Marine Le Pen à une peine d’inéligibilité de cinq ans applicable immédiatement, la jugeant coupable de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national, une décision qui compromet fortement une candidature à l’élection présidentielle de 2027.

La dirigeante française d’extrême droite Marine Le Pen, députée du parti Rassemblement National (RN), marche le jour du verdict de son procès aux côtés de 24 autres accusés (responsables et employés du parti, anciens députés et assistants parlementaires) et du parti RN lui-même, pour accusations de détournement de fonds de l’Union européenne, au palais de justice de Paris, France. /Photo prise le 31 mars 2025/REUTERS/Abdul Saboor
La députée du Pas-de-Calais, qui a déjà brigué l’Elysée à trois reprises (2012, 2017, 2022), écope dans le même temps d’une peine de quatre ans de prison, dont deux ans ferme aménageables, et de 100.000 euros d’amende.
Marine Le Pen a quitté le tribunal, le visage fermé, avant le prononcé de sa peine, gagnant le siège parisien du Rassemblement national (RN) pour une réunion de crise avec l’état-major du parti d’extrême droite, dont son président Jordan Bardella, qui estime sur X que « la démocratie française (…) est exécutée ».
Dans La Tribune Dimanche, la cheffe de file des 120 députés RN se disait convaincue que les juges n’iraient pas jusqu’à une mesure d’exécution provisoire, c’est-à-dire applicable même en cas d’appel.
« Avec l’exécution provisoire, les juges ont un droit de vie ou de mort sur notre mouvement. Mais je ne crois pas qu’ils iront jusque-là », déclarait-elle.
Confrontée désormais au pire des scénarios, qui pourrait lui interdire à la fois une candidature à la prochaine présidentielle et aux futures législatives, Marine Le Pen devrait riposter à ce que son camp qualifie de mise à mort politique. Elle a pour l’instant fait savoir sur X qu’elle interviendrait lundi soir au journal de 20 heures de TF1.

La dirigeante française d’extrême droite Marine Le Pen, députée du parti Rassemblement National (RN), marche le jour du verdict de son procès aux côtés de 24 autres accusés (responsables et employés du parti, anciens députés et assistants parlementaires) et du parti RN lui-même, pour accusations de détournement de fonds de l’Union européenne, au palais de justice de Paris, France. /Photo prise le 31 mars 2025/REUTERS/Abdul Saboor
Bien que les délais rendent très incertaine la tenue d’un nouveau procès à une date compatible avec le scrutin de 2027, son avocat, Me Rodolphe Bosselut, a annoncé qu’il ferait appel du jugement rendu lundi, dénonçant « un cercle absolument vicieux » et « un coup à la démocratie ».
Selon l’entourage de Marine Le Pen, la réunion de crise organisée lundi après-midi au siège du parti visait à préparer la contre-attaque, notamment en étudiant les recours judiciaires envisageables.
L’EXTRÊME DROITE DÉNONCE UNE EXÉCUTION POLITIQUE
La députée européenne Marion Maréchal, sa nièce, a fustigé sur X des « juges se pensant au-dessus du peuple souverain » décidant de l’exécution de « celle qu’ils n’ont jamais pu faire reculer dans les urnes. »
« On va résister », a déclaré à l’issue de l’audience l’ex-trésorier du RN, Wallerand de Saint-Just, qui a été condamné à trois ans de prison et trois ans d’inéligibilité avec application immédiate. « Le tribunal a vraiment fait état de sa volonté politique, pas sa volonté judiciaire ni juridique. »
Les réactions au sein de la classe politique française témoignent d’un certain malaise face à ce jugement aux lourdes implications. La condamnation de Marine Le Pen est également largement commentée à l’étranger, où le porte-parole du Kremlin, par exemple, s’inquiète d' »un non-respect des normes démocratiques ».
« La décision de destituer un élu devrait revenir au peuple », a estimé Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise et ancien candidat à la présidentielle, sur X. Eric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, condamne pour sa part « une cabale judiciaire indigne ».
Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste et social à l’Assemblée nationale, a appelé au respect de l’institution judiciaire. « Quand on est élu, on a un devoir d’exemplarité », a-t-elle dit aux journalistes. « A partir de combien dans les sondages on estime qu’on est au-dessus des lois ? », a ironisé pour sa part la députée Ensemble pour La République (EPR), Prisca Thévenot.
« UN SYSTÈME »
Dans un sondage Ifop publié dimanche dans Le Journal du Dimanche, Marine Le Pen est créditée selon les hypothèses de 34% à 37% d’intentions de vote au premier tour du scrutin présidentiel, un score qui la place au rang de grande favorite pour 2027. Quelque 11 millions d’électeurs ont voté RN lors des élections législatives anticipées de 2024.

Marine Le Pen, leader de l’extrême droite française et députée, à l’Assemblée nationale à Paris, France /Photo prise le 5 février 2025/REUTERS/Gonzalo Fuentes
L’élue était jugée, aux côtés de 24 autres prévenus, pour avoir rémunéré avec les fonds du Parlement européen les assistants parlementaires d’eurodéputés du Front national (FN), devenu depuis le RN.
Marine Le Pen et huit autres eurodéputés du FN de l’époque ont été reconnus coupables de détournement de fonds publics, pour un total de 4,1 millions d’euros utilisés au profit du parti sur une période courant de 2004 à 2016.
La présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, a déclaré qu’il ne s’agissait pas « d’erreurs administratives » mais « d’un système mis en place pour alléger les charges du parti » dans un contexte de difficultés financières.
« Au coeur de ce système depuis 2009, Marine Le Pen s’est inscrite avec autorité et détermination dans le système instauré par son père auquel elle participait depuis 2004 », a-t-elle ajouté, évoquant également « une atteinte aux règles du jeu démocratique ».

La dirigeante française d’extrême droite Marine Le Pen, députée du parti Rassemblement National (RN), marche le jour du verdict de son procès aux côtés de 24 autres accusés (responsables et employés du parti, anciens députés et assistants parlementaires) et du parti RN lui-même, pour accusations de détournement de fonds de l’Union européenne, au palais de justice de Paris, France. /Photo prise le 31 mars 2025/REUTERS/Benoit Tessier
Le tribunal a en partie suivi le parquet, qui avait requis en novembre à l’encontre de Marine Le Pen cinq ans de prison, dont deux ferme, ainsi que 300.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, assortis d’une exécution provisoire.
Louis Aliot, maire RN de Perpignan (Pyrénées-Orientales) et ancien compagnon de Marine Le Pen, a été pour sa part été condamné à 18 mois de prison dont 12 avec sursis, ainsi qu’à 8.000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité, sans exécution provisoire.
(Reportage Elizabeth Pineau et Juliette Jabkhiro, rédigé par Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)
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