Ukraine: « Nous ne voulons pas la guerre », assure Moscou
par Vladimir Soldatkin et Alexander Marrow
MOSCOU/KIEV/PARIS (Reuters) – La Russie, accusée d’avoir massé ces derniers mois plusieurs dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne, s’est efforcée vendredi de désamorcer les tensions en réaffirmant qu’elle n’avait aucune intention belliqueuse et qu’elle était prête à discuter des propositions américaines sur la sécurité en Europe.
« Si cela dépend de la Russie, alors il n’y aura pas de guerre. Nous ne voulons pas de guerre. Mais nous ne permettrons pas non plus que nos intérêts soient grossièrement piétinés, qu’ils soient ignorés », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans une interview accordée à des stations de radio russes.
Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, allié de Moscou, a déclaré vendredi n’avoir absolument aucun intérêt à un conflit. Selon lui, le conflit n’éclaterait que si la Biélorussie ou la Russie étaient directement attaquées.
Sergueï Lavrov a estimé que les Occidentaux ignoraient les intérêts de la Russie mais qu’il y avait au moins « quelque chose » dans les réponses écrites de Washington et de l’Otan aux demandes sécuritaires de Moscou, qui n’ont pas été rendues publiques.
Les Etats-Unis et l’Otan ont dit être prêts à discuter du contrôle des armes et de mesures de confiance alors qu’ils ont rejeté la demande de Moscou de barrer l’entrée de l’Alliance atlantique à l’Ukraine.
Le chef de la diplomatie russe a déclaré s’attendre à rencontrer à nouveau le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken au cours des deux prochaines semaines, en ajoutant que les contre-propositions des Etats-Unis étaient meilleures que celles de l’Otan.
ZELENSKI CHERCHE À CALMER LA « PANIQUE »
Le président ukrainien Volodimir Zelenski a déclaré vendredi qu’il ne pouvait pas exclure une nouvelle escalade des tensions entre Moscou et Kiev mais a déploré ce qu’il a qualifié de « panique » pesant sur l’économie de son pays.
« Je ne considère pas que la situation actuelle soit plus tendue qu’auparavant. Il y a un sentiment à l’étranger qu’il y a une guerre ici. Ce n’est pas le cas », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
« Je ne dis pas qu’une escalade n’est pas possible (mais) nous n’avons pas besoin de cette panique », a-t-il ajouté.
Volodimir Zelenski a déclaré que le principal risque pour l’Ukraine serait une déstabilisation intérieure, notamment une crise économique.
D’après le président ukrainien, l’Otan est la seule garante de la sécurité de l’Ukraine dans son bras de fer avec la Russie.
« UNE ARME SUR LA TABLE »
La Russie affirme ne pas vouloir la guerre mais a placé une « arme sur la table » dans ses négociations avec les Etats-Unis en massant des troupes aux frontières de l’Ukraine, a déclaré vendredi John Sullivan, l’ambassadeur américain en Russie.
S’exprimant en ligne de Moscou, le diplomate a qualifié d' »extraordinaire » le renforcement des troupes russes près de l’Ukraine et a dit que ces manoeuvres ne pouvaient s’expliquer par la tenue d’exercices militaires ordinaires.
« Nous espérons que le gouvernement russe est fidèle à sa parole, qu’il n’a pas l’intention d’envahir davantage l’Ukraine et ne le fera pas. Mais les faits suggèrent qu’il a la capacité actuelle de le faire », a-t-il affirmé.
« C’est à Vladimir Poutine de dire s’il veut la confrontation ou la concertation », a précisé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur RTL, en demandant si le dirigeant russe voulait être une « puissance déstabilisatrice » ou chercherait une désescalade des tensions.
Le président français Emmanuel Macron a exhorté vendredi son homologue russe Vladimir Poutine, lors d’un entretien téléphonique, à « respecter la souveraineté des Etats » en évoquant la crise ukrainienne, selon une source à l’Elysée.
La France a marqué sa volonté, via un dialogue « exigeant » voulu également par la Maison blanche, de « faire baisser la tension » et « de donner de la consistance à cette désescalade que nous voulons commencer sur le dossier de l’Ukraine », selon cette source.
Alors qu’on soulignait vendredi côté français la persistance de divergences, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron sont toutefois convenus de poursuivre le dialogue sur les questions de sécurité en Europe.
(Reportage des bureaux de Reuters, rédigé par Mark Trevelyan; version française Anait Miridzhanian, édité par Sophie Louet)
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