Trump baisse les droits de douane sur l’Inde contre l’arrêt des achats de pétrole russe
par David Lawder et Aftab Ahmed
WASHINGTON/NEW DELHI, 2 février (Reuters) – Donald Trump a annoncé lundi avoir conclu un accord avec l’Inde qui ramène les droits de douane américains sur les produits indiens de 50% à 18% en échange d’une réduction des barrières commerciales mises en place par New Delhi et d’un arrêt de ses achats de pétrole russe.
L’Inde s’est également engagé à s’approvisionner davantage en brut auprès des États-Unis et éventuellement du Venezuela, a ajouté le président américain.
« Par amitié et par respect pour le Premier ministre Modi, et à sa demande, nous avons conclu un accord commercial entre les États-Unis et l’Inde, qui prend effet immédiatement et en vertu duquel les États-Unis appliqueront des droits de douane réciproques réduits, les faisant passer de 25% à 18% », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social à la suite d’un entretien téléphonique avec le dirigeant indien.
Un responsable de la Maison blanche a précisé à Reuters que les États-Unis annulaient aussi des droits de douane de 25% sur tous les produits indiens, instaurés en raison des achats de pétrole russe, qui s’ajoutaient aux prélèvements de même nature dits « réciproques » de 25%.
Les actions cotées aux États-Unis des grandes entreprises indiennes ont monté après ces annonces. L’entreprise de conseil en informatique Infosys a progressé de 3,53% dans l’après-midi, la société de conseil Wipro de 7%, la banque HDFC de 3,4% et le fonds négocié en bourse iShares MSCI India de 3,3%.
Le Premier ministre indien Narendra Modi s’est aussi engagé à ce que l’Inde « ACHÈTE AMÉRICAIN à un niveau beaucoup plus élevé », en plus d’acquérir auprès des Etats-Unis pour plus de 500 milliards de dollars d’énergie, notamment du charbon, ainsi que des produits technologiques, agricoles et autres, selon le président américain.
« Ils vont également agir pour réduire leurs droits de douane et leurs barrières non tarifaires contre les États‑Unis, jusqu’à ZÉRO », a ajouté Donald Trump.
LES MARCHÉS INDIENS À LA PEINE EN 2025
Le message publié par le locataire de la Maison blanche ne fournit aucune précision sur la date d’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane, pas plus que sur la réduction des barrières commerciales ou les produits américains que l’Inde s’est engagée à acheter.
Les précédents accords commerciaux conclus par les Etats-Unis avec d’autres partenaires asiatiques importants, notamment le Japon et la Corée du Sud, comprenaient des engagements à investir des centaines de milliards de dollars dans les industries américaines, ce que l’annonce concernant l’Inde ne mentionne pas.
Un porte-parole de la Maison blanche, ainsi que les ministères indiens du Commerce et des Affaires étrangères, n’ont pas répondu dans l’immédiat à des demandes d’informations complémentaires.
L’accord aligne l’Inde « globalement sur ses pairs asiatiques en matière de taux tarifaires » compris entre 15 et 19%, a déclaré Madhavi Arora, économiste chez Emkay Global, ajoutant qu’un frein excessif aux exportations indiennes et à la roupie serait ainsi éliminé.
Les marchés indiens ont été malmenés depuis que Washington a imposé des droits de douane, enregistrant la plus mauvaise performance parmi les pays émergents en 2025, avec des sorties record d’investisseurs étrangers.
« Formidable de m’entretenir aujourd’hui avec mon cher ami le président Trump. Je suis ravi que les produits fabriqués en Inde bénéficient désormais d’un droit de douane réduit à 18% », a écrit Narendra Modi dans un message publié sur X. « Au nom des 1,4 milliard d’Indiens, je tiens à remercier chaleureusement le président Trump pour cette merveilleuse annonce. »
Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a déclaré que l’accord rapprocherait les économies américaine et indienne.
« DES OPPORTUNITÉS SANS PRÉCÉDENT »
« (Il) ouvre des opportunités sans précédent pour les agriculteurs, les micro, petites et moyennes entreprises, les entrepreneurs et les travailleurs qualifiés afin de fabriquer en Inde pour le monde, de concevoir en Inde pour le monde et d’innover en Inde pour le monde. Il aidera l’Inde à obtenir des technologies des États-Unis », a-t-il assuré dans un message publié sur X.
Ces annonces interviennent moins d’une semaine après la conclusion d’un accord qui éliminera ou réduira les droits de douane sur plus de 96% des biens exportés vers l’Inde par l’Union européenne (UE), en valeur, dont sont toutefois exclus le soja, le boeuf, le sucre, le riz et les produits laitiers.
Samedi, Donald Trump avait évoqué un accord potentiel pour que l’Inde achète du pétrole auprès du Venezuela après l’arrestation du président du pays, Nicolas Maduro, lors d’une opération militaire menée par les Etats-Unis début janvier.
L’accord annoncé lundi intervient après des mois de négociations tendues entre les deux plus grandes démocraties du monde.
En août dernier, Donald Trump avait doublé les droits de douane sur les importations en provenance d’Inde pour les porter à 50% afin de faire pression sur New Delhi pour qu’elle cesse d’acheter du pétrole russe. Au début du mois, il avait déclaré que ce taux pourrait encore augmenter si l’Inde ne réduisait pas ses achats.
Les achats de pétrole vénézuélien contribueraient à remplacer une partie du brut russe acheté par l’Inde, troisième importateur mondial de pétrole.
L’Inde dépend fortement des importations de brut – qui couvrent environ 90% de ses besoins – et les achats de pétrole russe meilleur marché ont contribué à réduire ses coûts depuis que Moscou a envahi l’Ukraine en 2022 et que les pays occidentaux ont imposé des sanctions sur ses exportations d’énergie.
L’Inde a récemment commencé à ralentir ses achats auprès de la Russie. Ceux-ci s’élevaient à environ 1,2 million de barils par jour (bpj) en janvier et devraient baisser à environ 1 million de bpj en février et 800.000 bpj en mars, selon des informations de Reuters.
(Reportage Bhargav Acharya à Toronto, David Lawder et Andrea Shalal Washington, Ahmed Aftab à New Delhi ; rédigé par David Lawder et Susan Heavey, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)
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