Tennis: L’Australie bloque l’entrée de Djokovic à cause de son statut vaccinal
par Courtney Walsh et John Mair
MELBOURNE (Reuters) – Le numéro un mondial de tennis Novak Djokovic s’est vu refuser jeudi l’entrée en Australie, où il doit participer à l’Open de Melbourne, faute de pouvoir apporter la preuve de sa vaccination contre le COVID-19.
Le joueur serbe, vainqueur à neuf reprises de l’Open d’Australie et triple tenant du titre, a été conduit dans un hôtel de Melbourne réservé aux mises à l’isolement face au coronavirus, après avoir été bloqué pendant la nuit à l’aéroport.
Il devrait y séjourner pendant les prochaines 72 heures, jusqu’à l’examen lundi d’un recours déposé par ses avocats contre la décision du gouvernement fédéral australien d’annuler son visa et de l’expulser.
La controverse a viré à l’incident diplomatique entre Canberra et Belgrade, le président serbe Aleksandar Vucic dénonçant la « persécution » dont fait l’objet la plus grande personnalité sportive de l’ancienne république yougoslave.
« Il n’y a pas de cas particuliers, les règles sont les règles », a rétorqué le Premier ministre australien, Scott Morrison, lors d’un point de presse télévisé. « Nous allons continuer de prendre les bonnes décisions quand il s’agit de protéger les frontières australiennes à cause de la pandémie. »
Novak Djokovic, devenu « Novax » pour les opposants au vaccin, refuse de dévoiler son statut vaccinal tout en critiquant publiquement les obligations vaccinales contre le COVID-19. Il a cependant annoncé mardi via Instagram qu’il bénéficierait d’une exemption médicale pour prendre part à l’Open d’Australie, qui débute le 17 janvier.
« HARCÈLEMENT »
La nouvelle a été très mal reçue en Australie, en particulier à Melbourne, la ville la plus longuement confinée au monde, en durée cumulée, face à la pandémie de COVID-19.
Alors qu’environ 91% de la population adulte australienne sont complètement vaccinés contre le COVID-19, les personnes opposées au vaccin n’emportent guère la sympathie, d’autant que le variant Omicron du coronavirus provoque un rebond épidémique.
Le numéro un mondial s’est rendu à Melbourne avec l’ambition de remporter un vingt-et-unième titre en Grand Chelem, ce qui serait un record, pour dépasser Roger Federer et Rafael Nadal.
Le champion espagnol, déjà présent à Melbourne, s’est dit désolé pour son adversaire tout en estimant qu’il connaissait depuis des mois les conditions de participation au tournoi et prenait ses responsabilités.
A Belgrade, le président Aleksandar Vucic a dit s’être entretenu par téléphone avec Novak Djokovic pour l’assurer du plein soutien de la Serbie « afin que cesse immédiatement le harcèlement contre le meilleur joueur mondial de tennis ».
L’ambassade de Serbie à Canberra a pris contact avec le gouvernement australien, a fait savoir Scott Morrison, qui a rejeté les accusations de harcèlement.
Le père du joueur a tenu une conférence de presse dans le restaurant familial à Belgrade où il a dénoncé en termes vifs la « captivité » de son fils, « Spartacus du nouveau monde ». « Ce n’est pas humain et ce n’est pas juste », a renchéri Dijana Djokovic, la mère du numéro un mondial présente à ses côtés.
Cité par l’Equipe, Viktor Troicki, le capitaine de l’équipe serbe de Coupe Davis, a fustigé les « conditions de merde » infligées à Djokovic « dans un hôtel avec des réfugiés ou des migrants ». « Ce n’est pas vraiment comme ça qu’on devrait traiter un champion de sa trempe », a-t-il estimé.
DISSENSIONS INTERNES
Le sort de Novak Djokovic est aussi l’objet d’une bataille politique en Australie même, entre l’administration conservatrice de Canberra et le gouvernement de gauche de l’Etat de Victoria, où se trouve Melbourne.
Le gouvernement de Victoria a accordé une exemption médicale à Novak Djokovic pour se rendre à Melbourne, comme l’y autorise le système fédéral australien, mais le gouvernement fédéral contrôle les frontières internationales et peut contester ces exemptions. On ne connaît pas le motif pour lequel l’Etat de Victoria a accordé une exemption médicale au joueur serbe.
A l’aéroport de Melbourne, les services des douanes ont déclaré que Novak Djokovic n’avait pas été en mesure de justifier l’exemption dont il bénéficiait.
La fédération australienne de tennis a affirmé de son côté que le numéro un mondial n’avait bénéficié d’aucun traitement de faveur.
(Version française Matthieu Protard, Jean Terzian et Jean-Stéphane Brosse)
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