Pérou: Loi d’amnistie pour militaires et policiers
LIMA (Reuters) – La présidente du Pérou Dina Boluarte a promulgué mercredi une loi controversée accordant une amnistie aux militaires, policiers et membres des groupes paramilitaires accusés de violations des droits humains commises entre 1980 et 2000, lors du conflit armé contre les guérillas de gauche.
La loi, adoptée par le Congrès en juillet, entre en vigueur malgré les appels de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), qui avait exhorté le gouvernement péruvien à ne pas la ratifier afin de garantir « que les victimes puissent obtenir justice ». La Cour a également demandé aux tribunaux péruviens de ne pas appliquer la loi.
« Par cette loi d’amnistie, le gouvernement péruvien et le Congrès reconnaissent le sacrifice des membres des forces armées, de la police et des groupes d’autodéfense dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré Dina Boluarte lors d’une cérémonie au palais présidentiel. « Nous leur rendons la dignité qui n’aurait jamais dû être remise en question. »
Selon la Coordination nationale des droits humains, la loi pourrait suspendre ou annuler plus de 600 procès en cours et 156 condamnations prononcées contre des agents de sécurité pour des crimes commis durant les affrontements avec des groupes insurgés tels que le Sentier lumineux et le Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru.
Le conflit, qui a duré deux décennies, a fait environ 70.000 morts et disparus, selon les chiffres officiels. La Commission vérité et réconciliation du Pérou a recensé plus de 4.000 fosses communes liées à cette période de violence politique.
Les parlementaires du parti de droite Force populaire, fondé par l’ancien président Alberto Fujimori, ont soutenu la mesure, estimant qu’elle permettrait de clore des centaines de procédures judiciaires restées sans verdict depuis plus de vingt ans. Alberto Fujimori, décédé en septembre 2024 à l’âge de 86 ans, avait été condamné à 25 ans de prison pour violations des droits humains avant d’être gracié en 2023 pour raisons humanitaires.
La promulgation de cette loi intervient alors que Dina Boluarte fait elle-même l’objet d’une enquête pour les décès de manifestants survenus après son accession au pouvoir en décembre 2022. Sa cote de popularité a chuté à un niveau historiquement bas, atteignant 1,3% selon un sondage publié en juillet.
En août 2024, le Pérou avait déjà adopté une loi de prescription pour les crimes contre l’humanité commis avant 2002, fermant ainsi la voie à des centaines d’enquêtes. Cette initiative avait également bénéficié à Fujimori et à environ 600 militaires poursuivis.
La présidente Boluarte a critiqué la position de la CIDH, affirmant que le pays rendait hommage à ceux qui ont combattu le terrorisme. Mais les experts de l’ONU ont rappelé que le Pérou a l’obligation de poursuivre et punir les violations graves des droits humains et les crimes internationaux commis durant le conflit.
(Marco Aquino; version française Nicolas Delame)
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