Peine de prison pour le maire d’Istanbul et opposant turc Imamoglu
ISTANBUL (Reuters) – Le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, rival potentiel du président Recep Tayyip Erdogan à l’élection présidentielle de l’an prochain en Turquie, a été condamné mercredi à deux ans et sept mois de prison et à une peine d’inéligibilité pour insultes envers des officiels.
La décision, qu’Ekrem Imamoglu a qualifiée de « politique et illégitime », doit encore être confirmée en appel, ce qui pourrait prendre plusieurs semaines ou mois. L’élection doit avoir lieu d’ici juin 2023.
L’opposition ne s’est pour l’heure choisi aucun candidat commun mais Ekrem Imamoglu, de par sa popularité, est considéré comme un rival potentiellement dangereux pour Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis près de vingt ans.
Issu du principal parti d’opposition en Turquie, le Parti républicain du peuple (CHP), Ekrem Imamoglu avait qualifié d' »imbéciles », dans un discours, les responsables électoraux qui avaient annulé sa courte victoire aux élections municipales de mars 2019 aux dépens du candidat de l’AKP (Parti de la justice et du développement), le parti au pouvoir.
Lors d’un nouveau scrutin organisé trois mois plus tard, il avait conquis la mairie avec une large marge, mettant fin à vingt-cinq années de règne de l’AKP sur la ville de 17 millions d’habitants.
Il risquait jusqu’à quatre ans de prison.
Avant le verdict, plusieurs milliers de soutiens d’Ekrem Imamoglu se sont rassemblés devant la mairie, à l’appel de ce dernier, en scandant « Vérité, droit, justice ».
Des policiers en tenue anti-émeute ont été déployés devant le tribunal, pendant qu’Imamoglu a ostensiblement continué à travailler, ignorant la procédure judiciaire.
« Une poignée de personnes ne peut pas reprendre l’autorité donnée par le peuple. Notre lutte est appelée à devenir encore plus grande, avec l’aide de Dieu », a-t-il déclaré dans une courte vidéo diffusée sur le site de la municipalité.
Alors que les opposants à Erdogan dénoncent une justice à la botte du président turc, le gouvernement turc affirme que la justice est indépendante.
« Le jugement ne sera définitif qu’une fois que les tribunaux d’appel auront décidé de confirmer ou non la décision. Dans ces circonstances, il serait erroné de dire qu’une interdiction politique est en place », a estimé Timucin Koprulu, professeur de droit pénal à l’Université Atilim d’Ankara.
(Reportage Ali Kucukgocmen et Ece Toksabay; version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault)
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