Où sont les généraux russes ? Après la mutinerie, les rumeurs enflent
par Andrew Osborn
LONDRES (Reuters) – Les généraux les plus gradés de l’armée russe ont disparu de la scène publique à la suite de la tentative avortée de mutinerie des mercenaires de Wagner pour renverser le commandement militaire à Moscou, alors que le président Vladimir Poutine veut réaffirmer son autorité, tandis qu’au moins une arrestation a été signalée, sans être confirmée.
Valery Gerasimov, le chef d’état-major de l’armée, n’a plus été vu en public ni à la télévision depuis que le patron du groupe paramilitaire Wagner, Evguéni Prigojine, a demandé samedi lors de la mutinerie que Gerasimov lui soit remis.
Par ailleurs, Valery Gerasimov, 67 ans, n’a plus été mentionné dans les communiqués de presse du ministère russe de la Défense depuis le 9 juin.
Commandant de l' »opération militaire spéciale » en Ukraine, selon les termes du Kremlin pour décrire ce que Kyiv et les Occidentaux dénoncent comme une invasion, Valery Gerasimov serait le détenteur de l’une des trois « mallettes nucléaires », d’après des analystes occidentaux.
Nommé en octobre dernier à la tête des opérations militaires en Ukraine avant d’être « déclassé » au rang d’adjoint de Gerasimov plus tôt cette année, le général Sergueï Sourovikine a aussi disparu la scène publique.
Selon le New York Times, citant des représentants américains informés de la question par les services du renseignement, Sergueï Sourovikine avait connaissance du projet de mutinerie de Wagner. Les autorités russes auraient ouvert une enquête pour déterminer une éventuelle complicité de sa part.
Le Kremlin a balayé cette hypothèse, déclarant mercredi qu’il y avait et continuerait d’y avoir beaucoup de rumeurs et de ragots.
Le Moscow Times et un bloggeur militaire ont rapporté que Sergueï Sourovikine a été arrêté, tandis que des correspondants militaires ont indiqué que Sourovikine et d’autres officiers de haut grade étaient soumis à des interrogatoires pour déterminer s’ils avaient joué un rôle dans la mutinerie.
Reuters n’a pas pu déterminer si Sergueï Sourovikine a été arrêté.
« PURGE MASSIVE »
Géré par un ancien cadre du service de presse du ministère russe de la Défense, le compte Rybar sur la messagerie Telegram a déclaré qu’une purge était en cours, avec pour objectif d’écarter ceux ayant manqué de jugement et d’autorité pour enrayer la mutinerie de Wagner.
Selon certaines informations, une partie des troupes russes aurait été passive face à la progression des mercenaires.
« L’insurrection armée par l’entreprise militaire privée Wagner est devenue un prétexte pour une purge massive dans les rangs des forces armées russes », a écrit Rybar.
Une telle démarche, si elle venait à être confirmée, pourrait affecter la manière dont la Russie mène son offensive en Ukraine et provoquer des secousses au sein du commandement militaire russe, alors même que Moscou s’évertue à enrayer la contre-offensive lancée par Kyiv.
Aucun commentaire n’a été effectué par le ministère russe de la Défense.
Cette « purge » pourrait aussi consolider ou faire grimper dans l’échiquier des représentants considérés comme les plus loyaux.
D’après certains analystes russes et occidentaux, le ministre de la Défense, Sergueï Choigou, allié de longue date de Vladimir Poutine et dans le collimateur de Evguéni Prigojine, serait désormais conforté dans ses fonctions.
Lorsqu’il a pris la parole en début de semaine pour remercier l’armée d’avoir évité une guerre civile, Vladimir Poutine n’a pas mentionné Valery Gerasimov.
Aperçu pour la dernière fois samedi dans une vidéo demandant à Evguéni Prigojine de stopper sa mutinerie, Sergueï Sourovikine serait détenu dans une prison moscovite, d’après certains médias et blogs russes.
Contrairement à Sergueï Choigou et Valery Gerasimov, cibles de critiques répétées de Evguéni Prigojine ces derniers mois, Sergueï Sourovikine a été régulièrement salué par le patron de Wagner, fort de son expérience en Tchétchénie et en Syrie. Des observateurs le considéraient comme un potentiel ministre de la Défense à l’avenir.
(Reportage Andrew Osborn; version française Jean Terzian)
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