L’Iran abat un avion de chasse américain, une première depuis le début du conflit
par Kanishka Singh et Enas Alashray
WASHINGTON/LE CAIRE, 3 avril (Reuters) – Un avion de chasse américain a été abattu vendredi dans le ciel iranien, a-t-on appris de la part des dirigeants des deux pays impliqués, ce qui constitue le premier du genre en près de cinq semaines de conflit.
Deux sources ont déclaré à Reuters que l’appareil abattu était un F-15E doté de deux places et qu’une opération de recherche était en cours. Un membre d’équipage de l’avion abattu a été secouru par l’armée américaine après s’être éjecté, l’autre est toujours porté disparu.
C’est la première fois qu’un avion américain est abattu en Iran et cet incident montre les risques que les soldats américains affrontent en Iran malgré les propos de Donald Trump et de son secrétaire de la Défense, Pete Hegseth, quant à la supériorité présumée américaine dans les airs.
Par ailleurs, un deuxième avion de l’armée de l’air américaine s’est écrasé dans la région du Golfe, a rapporté le New York Times, citant deux dirigeants américains. Son pilote, seul homme à bord, a été secouru, selon le quotidien américain.
En Iran, des habitants tiraient sur des hélicoptères américains impliqués dans les opérations de recherche et de sauvetage.
Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a déclaré qu’il passait au peigne fin une zone située près du lieu où l’avion s’est écrasé, dans le sud-ouest de l’Iran, alors qu’une récompense a été offerte à toute personne qui capturerait ou tuerait les survivants.
Le Pentagone comme le Commandement central américain n’ont pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.
Selon William Goodhind, analyste d’images chez Contested Ground, les clichés montrant des débris présumés de l’avion de chasse américain abattu diffusés sur les réseaux sociaux correspondent à celles d’un F-15E.
IMPASSE DANS LES NÉGOCIATIONS
Cet incident ne devrait pas affecter les négociations entre Téhéran et Washington pour mettre fin au conflit entamé le 28 février, a estimé Donald Trump cité par la télévision américaine NBC News, à l’heure où les pourparlers semblent pourtant stagner.
Selon le Wall Street Journal, l’Iran considère les demandes américaines inacceptables et n’a pas l’intention de rencontrer les responsables américains dans les prochains jours, a déclaré Téhéran aux médiateurs conduits par le Pakistan.
Pour le quotidien américain, les négociations sont dans une impasse.
Donald Trump continue de souffler le chaud et le froid à l’égard du régime iranien, menaçant de s’attaquer aux infrastructures iraniennes.
Les Etats-Unis « n’ont même pas commencé à détruire ce qui reste en Iran », a affirmé Donald Trump dans un message posté jeudi soir sur son réseau social. « Les ponts d’abord, les centrales électriques ensuite », a-t-il averti.
Les dirigeants iraniens « savent ce qu’ils doivent faire, et VITE! », a-t-il ajouté après avoir reposté une vidéo du bombardement par les forces américaines d’un pont autoroutier reliant Téhéran à la ville voisine de Karaj, en passe d’être inauguré cette année.
Selon les autorités iraniennes, la frappe a fait huit morts et 95 blessés.
« Frapper les infrastructures civiles, y compris des ponts en construction, ne contraindra pas les Iraniens à la reddition », a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la République islamique Abbas Araqchi dans un communiqué.
Vendredi matin, un entrepôt du Croissant-Rouge iranien a été visé par une attaque de drone dans le secteur de Choghadak, dans la province de Bouchehr, ont rapporté les médias iraniens, précisant que deux conteneurs avaient été détruits.
Bouchehr, grande ville portuaire, abrite également une centrale nucléaire.
Les ripostes iraniennes se sont poursuivies contre plusieurs Etats du Golfe.
Au Koweït, la compagnie Kuwait Petroleum Corporation a déclaré que des incendies s’étaient déclarés sur plusieurs unités de sa raffinerie de Mina al-Ahmadi après des attaques de drones qui n’ont pas fait de victimes, selon l’agence de presse officielle de l’émirat.
Depuis le début de la campagne militaire israélo-américaine, 13 membres de l’armée américaine ont été tués et plus de 300 autres blessés, selon le Commandement central américain. Aucun soldat américain n’a été capturé par l’Iran.
EFFORT DIPLOMATIQUE
Un vaste effort diplomatique a été engagé pour tenter de trouver les moyens d’organiser la réouverture du détroit d’Ormuz dont le blocage par les Iraniens assèche le marché du pétrole et provoque de vives réactions sur les marchés financiers.
La fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par où transite d’ordinaire 20% du pétrole mondial, continue de perturber gravement l’économie mondiale.
Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se prononcer samedi sur une proposition de résolution de Bahreïn visant à rétablir et protéger le transit des navires commerciaux.
Le projet, qui prévoyait des mesures « offensives », a été remanié sous la pression de la Chine et de la Russie.
Toute action militaire « conduirait inévitablement à une nouvelle escalade de la situation et déboucherait sur de graves conséquences », a déclaré jeudi l’ambassadeur chinois auprès de l’Onu, Fu Cong.
L’Iran élabore une contre-proposition sur le futur contrôle du détroit, disant travailler avec son voisin omanais à un protocole qui exigerait des navires en transit qu’ils obtiennent un permis de naviguer.
« Le droit international ne reconnaît pas des mécanismes de droit de passage », a répondu la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas.
Plusieurs pays dont l’Inde, la Malaisie ou les Philippines disent avoir obtenu auprès de Téhéran l’assurance que leurs navires pourraient traverser le détroit en toute sécurité.
Selon des données publiques sur le trafic maritime, un porte-conteneurs de l’armateur français CMA CGM a pu franchir la passe et se trouve dans le golfe d’Oman.
(Reportage bureaux de Reuters; version française Jean-Stéphane Brosse et Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)
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