Liban: Le Hezbollah veut tirer profit des municipales pour peser à nouveau
par Laila Bassam et Emilie Madi
NABATIYÉ, Liban (Reuters) – Le Hezbollah joue gros samedi lors des élections municipales libanaises dans son fief du sud du pays, dont il espère tirer profit pour continuer à peser sur la vie politique, malgré les coups portés par Israël à l’automne dernier.
Trois tours de scrutin ont déjà eu lieu depuis le début du mois dans d’autres régions et se sont révélés plutôt favorables au Parti de Dieu soutenu par l’Iran et à son allié Amal.
« Nous voterons avec notre sang », déclare Ali Tabaja, 21 ans, signifiant qu’il votera pour le Hezbollah, et qui déposera son bulletin de vote dans la ville de Nabatiyé, car son village, Adaisseh, a été détruit. « C’est un désert », raconte-t-il.
Le paysage de la région, parsemé de ruines, témoigne de l’impact dévastateur de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, qui a commencé après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 par des mois d’échanges de tirs de part et d’autre de la frontière avant de culminer en une offensive militaire israélienne majeure lancée en septembre dernier.
Le Hezbollah n’est plus que l’ombre de lui-même depuis cette attaque massive, qui a pris fin en novembre avec la conclusion d’un cessez-le-feu, et a coûté la vie à son chef historique Hassan Nasrallah ainsi qu’à des milliers de ses combattants. Il a en outre perdu son précieux allié syrien avec la chute du régime de Bachar al Assad en décembre.
Son influence sur l’Etat libanais s’est considérablement amoindrie au point que le nouveau gouvernement libanais ne cache plus son intention de le désarmer, comme le prévoit l’accord de trêve négocié par les Etats-Unis et la France.
Dans ce contexte, observe Mohanad Hage Ali, du Carnegie Middle East Center, les résultats des élections municipales indiquent pour l’instant que « la guerre n’a pas atteint son objectif de réduire la popularité du Hezbollah au sein de la communauté chiite ».
« Au contraire, de nombreux chiites estiment désormais que leur sort est lié à celui du Hezbollah », explique-t-il.
D’où l’importance de ces municipales, poursuit le chercheur. « Elles montrent que le Hezbollah continue de représenter la grande majorité des chiites et soulignent que toute tentative de le désarmer par la force risquerait d’être perçue comme un acte contre la communauté et menacerait la paix civile. »
LA RECONSTRUCTION EN JEU
La question de l’arsenal de la milice pro-iranienne empoisonne la vie politique libanaise depuis des années, elle a même donné lieu à des affrontements armés en 2008.
Pour ses opposants, le Hezbollah entraîne unilatéralement le pays dans des conflits.
Parmi eux, le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raji, a souligné que le Liban s’était vu notifier par les donateurs étrangers qu’il ne recevrait pas d’argent pour sa reconstruction tant que l’Etat n’aurait pas établi un monopole sur les armes.
Le Hezbollah répond en accusant le gouvernement de ne rien faire pour obtenir les fonds en dépit de ses promesses.
« Comment une partie du pays peut-elle être stable quand l’autre souffre ? », déclare son député Hassan Fadlallah, par allusion au Liban-Sud et aux quartiers chiites du sud de Beyrouth durement frappés par l’Etat hébreu.
Le Hezbollah, qui affirme qu’il n’a plus d’armes dans le sud du Liban, conditionne la remise du reste de son arsenal au retrait total de l’armée israélienne et à la fin de ses attaques.
En dépit de la trêve de novembre, Israël mène toujours des frappes contre la milice qu’elle accuse de conserver des infrastructures de combat dans le sud du pays, où Tsahal continue d’occuper cinq positions.
Une source diplomatique française juge que la reconstruction du Liban ne verra pas le jour tant qu’Israël poursuivra ses raids et que le gouvernement n’avancera pas plus vite sur cette question du désarmement.
Selon les estimations de la Banque mondiale, la reconstruction du Liban nécessitera 11 milliards de dollars (9,7 milliards d’euros).
(Avec la contribution de John Irish, Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Sophie Louet)
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