Les USA convaincus que l’Otan va accepter leur objectif de 5% de dépenses de défense
par Lili Bayer et Sabine Siebold
BRUXELLES (Reuters) – Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, s’est dit convaincu jeudi que les membres de l’Otan accepteraient l’exigence de Donald Trump d’une hausse massive de leurs budgets de défense, ajoutant que la décision devait être entérinée lors du sommet de l’alliance prévu fin juin aux Pays-Bas.
Le président des Etats-Unis réclame que les autres pays de l’Otan portent leurs dépenses militaires à 5% de leur produit intérieur brut (PIB), contre un objectif actuel de 2%.
« Quand on veut être une alliance, on doit être plus que des drapeaux. On doit être des formations. On doit être plus que des conférences », a dit Pete Hegseth à son arrivée à une réunion des ministres de la Défense de l’Otan à Bruxelles.
« Nous sommes ici pour poursuivre le travail entrepris par le président Trump, qui consiste en un engagement à 5% de dépenses de défense au sein de l’alliance, ce qui, nous le pensons, se produira », a-t-il ajouté.
« Cela doit se produire d’ici le sommet de La Haye ce mois-ci », a-t-il insisté.
Selon des diplomates, les pays européens conviennent qu’une hausse de leurs budgets militaires est le prix à payer pour continuer à bénéficier de l’engagement américain pour la sécurité du continent et qu’il faut, pour cela, permettre à Donald Trump de revendiquer une victoire sur cet objectif de 5% lors du sommet de La Haye prévu les 24 et 25 juin.
« Ce sera un investissement supplémentaire considérable », a dit le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, aux journalistes, prédisant qu’il serait décidé au sommet de La Haye « un objectif de dépenses bien plus élevé pour l’ensemble des pays de l’Otan ».
Pour permettre d’atteindre ces 5%, Mark Rutte a proposé aux membres de l’alliance de porter leurs budgets militaires stricto sensu à 3,5% de leur PIB et de s’engager sur un objectif complémentaire de 1,5% en matière de dépenses dans le domaine plus large de la sécurité, a appris Reuters.
Les détails de ces projets d’investissements devraient faire l’objet de négociations jusqu’à l’approche du sommet de fin juin.
MACRON « N’AIME PAS CE DÉBAT » SUR LES CHIFFRES
D’ici là, Mark Rutte a dit s’attendre à un accord jeudi sur de nouveaux objectifs « historiques » en termes de capacités.
Ces objectifs, qui définissent les contributions par pays en termes de soldats, d’armements et de munitions, visent à mieux équilibrer les efforts entre les pays européens, le Canada et les Etats-Unis et à « faire de l’Otan une alliance plus forte, plus juste et plus létale », a dit le secrétaire général dans son discours d’ouverture de la réunion de Bruxelles.
Le calendrier de ces réformes fait lui aussi l’objet de débats.
Mark Rutte a proposé d’atteindre l’objectif de 5% d’ici 2032, une date que certains membres de l’alliance jugent trop lointaine, mais que d’autres estiment trop proche et irréaliste compte tenu des niveaux actuels de dépenses et de production industrielle.
La France, qui consacre environ 2% de son PIB à son budget de défense, a adopté en 2023 une nouvelle loi de programmation militaire prévoyant d’importants efforts financiers d’ici 2030.
Lors d’une conférence de presse mi-mai en Albanie, Emmanuel Macron a jugé que « l’horizon des 3,5% de produit intérieur brut est un bon horizon pour les années qui viennent ».
« Je n’ai jamais considéré que le pourcentage en produit intérieur brut était une fin en soi », a toutefois dit le président français, jugeant que « l’engagement d’une armée ne se mesure pas à l’argent dépensé ».
« Je n’aime pas ce débat entre alliés qui ne regardent que les chiffres. »
Des discussions sont également en cours au sein de l’Otan sur la définition des dépenses « liées à la défense », qui pourraient inclure les dépenses liées à la cybersécurité et à certains types d’infrastructures.
« L’objectif est de trouver une définition suffisamment précise pour ne couvrir que les investissements réellement liés à la sécurité, et en même temps suffisamment large pour tenir compte des spécificités nationales », a déclaré un diplomate de l’Otan.
(avec Andrew Gray, Charlotte Van Campenhout, Ingrid Melander, Benoit Van Overstraeten, rédigé par Lili Bayer et Ingrid Melander; version française Camille Raynaud et Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)
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