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Lassés des élections, les Portugais réclament un gouvernement stable

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MARINHA GRANDE, PORTUGAL (Reuters) – Pour de nombreux Portugais, l’espoir pour les élections législatives prévues dimanche se résume à une chose: obtenir un gouvernement capable de durer et de faire face aux défis posés notamment par les tensions commerciales mondiales.

Mais pour les habitants sceptiques de Marinha Grande, une ville ouvrière de 40.000 habitants située au centre du Portugal et plaque tournante de l’industrie du moulage par injection, même ce voeu semble pieux.

Le Portugal organise dimanche sa troisième élection générale en autant d’années après une décennie déjà marquée par une forte instabilité politique. Le gouvernement de centre-droit, qui disposait pourtant d’une majorité parlementaire, s’est effondré après des allégations de conflit d’intérêts visant le Premier ministre Luis Montenegro.

Ouvrier dans une usine de moulage, Luis Simoes, 36 ans, fait partie de ceux qui redoutent qu’aucun gouvernement stable n’émerge à l’issue du scrutin, laissant la stabilité politique du pays dépendre d’accords fragiles entre partis.

« S’ils (les partis) ne parviennent pas à un accord au sommet de la pyramide, nous souffrirons ici », s’inquiète-t-il.

L’impact des nouveaux droits de douane américains a à peine été abordé pendant la campagne électorale, alors même que l’économie portugaise en ressent déjà les effets. Les exportations nettes ont reculé au premier trimestre et l’économie s’est contractée sur la période par rapport aux trois mois précédents – alertant les grandes entreprises exportatrices de Marinha Grande.

L’industrie portugaise du moulage est la troisième d’Europe, après l’Allemagne et la Suisse, avec des ventes annuelles proches du milliard d’euros, principalement destinées à d’autres pays européens. Les moules sont utilisés pour fabriquer des jouets en plastique, des voitures ou encore des panneaux de cabine d’avion.

Le président de la société Iberomoldes, Joaquim Menezes, dont l’entreprise exporte 90% de sa production, craint que les tensions commerciales n’affectent ses principaux clients européens et, par conséquent, son activité. Toute nouvelle instabilité politique au Portugal, dit-il, « affecterait certainement la productivité ».

PAS DE MAJORITÉ EN VUE

Selon les sondages d’opinion, la coalition de centre-droit Alliance démocratique (AD) de Luis Montenegro recueillerait le plus grand nombre de voix, mais sans obtenir de majorité parlementaire. La formation est talonnée par son éternel rival, le Parti socialiste (PS).

Marinha Grande vote traditionnellement pour le PS, mais lors des élections de l’an dernier, une grande partie de l’électorat s’est tournée vers le parti d’extrême droite Chega, qui a obtenu 20,5% des voix dans la région, contre seulement 7% en 2023. Le PS a recueilli 29,8% des suffrages, un résultat bien inférieur aux 43,5% obtenus l’année précédente.

Cette fois-ci, Chega ne semble pas en mesure de bousculer le scrutin après avoir quadruplé sa représentation parlementaire lors des précédentes élections. La rhétorique anti-système et anti-immigration de la formation d’extrême-droite est désormais perçue comme un obstacle à son rôle de faiseur de roi.

Aucun parti n’a présenté de nouvelles propositions susceptibles de susciter l’enthousiasme des Portugais ou de répondre à leurs préoccupations.

« Chaque parti se contente de dire qu’il est le plus sérieux et que les autres ne sont pas éthiques ou corrompus », déclare Samuel Silva, assistant administratif à Lisbonne. « Les difficultés économiques de l’Europe atteindront le Portugal tôt ou tard, mais je ne vois aucun des grands partis en parler, car cela ne rapporte pas de voix ».

Une grande partie de la campagne s’est concentrée sur des questions éthiques telles que les affaires de la société familiale de Luis Montenegro, à l’origine de la chute de son gouvernement en mars. Le Premier ministre, qui a nié tout acte répréhensible, apparaît néanmoins selon les électeurs comme le mieux placé pour gouverner, d’après les sondages.

FATIGUE DES ÉLECTEURS

« Les gens ne se préoccupent pas vraiment de cette question. Ils en ont assez », soutient Jose Tomaz Castello Branco, professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Lisbonne, évoquant la lassitude des Portugais après tant d’élections.

« Il n’y a pas beaucoup d’espoir que l’avenir soit différent du présent », estime-t-il.

Le seul potentiel de stabilité semble venir du parti Initiative libérale (IL), en quatrième position dans les sondages, qui pourrait recueillir suffisamment de voix pour former une coalition majoritaire avec l’AD de Luis Montenegro, avec lequel il partage certaines affinités.

Mais le risque de paralysie prolongée avant de nouvelles élections n’est pas à écarter, avertit Jose Tomaz Castello Branco. Aucune nouvelle élection législative ne pourra être convoquée avant mi-2026 au plus tôt, alors que le pays doit élire un nouveau président en janvier prochain.

« Si vous êtes optimiste, vous espérez que les partis se réuniront le lendemain de l’élection pour former une alliance afin de diriger le pays pendant au moins l’année à venir ».

(Reportage Sergio Goncalves, Miguel Pereira, Andrei Khalip, version française Elena Smirnova, édité par Blandine Hénault)

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