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L’armée russe n’était pas prête à combattre en Ukraine, dit un ancien de Wagner

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NEUILLY-SUR-SEINE, Hauts-de-Seine (Reuters) – L’échec de l’armée russe aux portes de Kyiv était inévitable car les troupes de Moscou n’avaient jamais eu à combattre directement ces dernières années un adversaire puissant, estime Marat Gabidullin, un ancien mercenaire du groupe Wagner, une société de sécurité privée liée au Kremlin.

Marat Gabidullin a participé à des missions en Syrie et dans l’est de l’Ukraine avant de témoigner publiquement de son expérience au sein de cette organisation paramilitaire très secrète qu’il a quittée en 2019.

Il publie aujourd’hui un livre chez l’éditeur français Michel Lafon, « Moi, Marat, ex-commandant de l’armée Wagner ».

Lors d’un entretien de promotion de son ouvrage accordé cette semaine, il a raconté avoir reçu, plusieurs mois avant le déclenchement de l’offensive russe le 24 février dernier, l’appel d’un recruteur l’invitant à revenir combattre sur le front ukrainien.

Marat Gabidullin, qui a 55 ans, dit avoir refusé notamment parce qu’il savait que les forces russes n’étaient pas prêtes pour cette guerre, en dépit des proclamations triomphales du Kremlin sur ses succès militaires en Syrie ou son arsenal de nouvelles armes.

« Ils ont été pris totalement au dépourvu par la résistance farouche de l’armée ukrainienne et par le fait de devoir affronter une véritable armée », a souligné l’ex-mercenaire, qui réside actuellement en France.

Les interlocuteurs russes avec qui il a discuté lui ont dit qu’ils s’attendaient à combattre des milices hétéroclites et non des troupes régulières bien entraînées.

BLESSÉ EN SYRIE

Officiellement, le Kremlin dit ignorer tout de l’existence de Marat Gabidullin ou de son appartenance supposée à tel ou tel groupe de sécurité privée.

« Nous, l’Etat, le gouvernement, le Kremlin, ne pouvons avoir aucun lien avec ça », déclare son porte-parole Dmitri Peskov.

Contacté, le ministère russe de la Défense n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Le groupe Wagner est une entité informelle avec, du moins sur le papier, aucun personnel ni aucun siège. Le département du Trésor américain et l’Union européenne estiment qu’il est financé par l’homme d’affaires russe Evguéni Prigojine.

Ce dernier récuse tout lien avec l’organisation paramilitaire et sa principale société, Concord Management and Consulting, n’a pas donné suite aux sollicitations de Reuters.

Si Marat Gabidullin a soutenu par le passé les interventions militaires extérieures de la Russie, il juge que la conduite de la guerre en Ukraine – qualifiée officiellement à Moscou d’opération spéciale destinée à démilitariser et « dénazifier » le pays – n’est pas bonne, un avis partagé par Igor Guirkine, l’un des protagonistes du soulèvement armé prorusse dans l’est de l’Ukraine en 2014.

Alexeï Alexandrov, un autre acteur de la rébellion dans le Donbass, a déclaré en mars à Reuters que l’invasion russe de l’Ukraine était une erreur.

Marat Gabidullin a participé à de sanglantes batailles en Syrie, dans la province de Daïr az Zour, dans la plaine de la Ghouta ou près de Palmyre.

Grièvement blessé au dos en 2016 par l’explosion d’une grenade, lors d’affrontements dans les montagnes près de Lattaquié, il a passé une semaine dans le coma et trois mois à l’hôpital, où on lui a retiré un rein et une partie des intestins.

Reuters a pu vérifier qu’il avait combattu en Syrie au sein du groupe Wagner.

La milice est accusée de crimes de guerre sur ses théâtres d’opération, en Syrie et dans l’est de l’Ukraine notamment, par des groupes de défense des droits de l’Homme. Gabidullin assure n’avoir jamais été impliqué dans des exactions.

S’agissant de la Syrie, l’ancien mercenaire déclare que l’armée russe intervenait essentiellement par les airs, confiant aux mercenaires du groupe Wagner ou d’autres supplétifs la tâche de combattre au sol.

Contrairement aux forces ukrainiennes, les adversaires de la Russie, dont l’Etat islamique, ne disposaient pas de systèmes de défense antiaérienne ou d’artillerie, ajoute-t-il.

« (L’armée russe) n’a pas pris part directement aux combats », insiste-t-il. « Quand il était nécessaire d’apprendre à combattre, les troupes n’ont pas à appris à se battre pour de bon. »

(Reportage Reuters)

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