La Russie perd un allié au Venezuela mais espère tirer profit de la realpolitik musclée de Trump
par Guy Faulconbridge
MOSCOU, 5 janvier (Reuters) – La capture de Nicolas Maduro par les États-Unis prive Vladimir Poutine d’un allié en Amérique latine et pourrait accroître la « puissance pétrolière » des États-Unis, mais le président russe devrait aussi trouver son intérêt dans la realpolitik de Donald Trump, qui entend remodeler l’hémisphère occidental à sa main.
Les forces spéciales américaines se sont emparées du dirigeant vénézuélien huit mois seulement après que le président russe a conclu un partenariat stratégique avec son « cher ami » Nicolas Maduro. Donald Trump a déclaré que les États-Unis prenaient temporairement le contrôle du Venezuela, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde.
Des figures du nationalisme russe ont dénoncé l’éviction d’un soutien et mis en parallèle la redoutable efficacité de l’opération américaine et l’incapacité de la Russie à prendre le contrôle de l’Ukraine après presque quatre ans de guerre.
Mais ce que la Russie considère comme de la « piraterie » et un « changement de régime » dans l' »arrière-cour » de Washington est néanmoins acceptable d’un point de vue géostratégique pour les responsables russes.
« La Russie a perdu un allié en Amérique latine », concède une source russe de haut rang, s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
« Mais s’il s’agit d’un exemple de la doctrine Monroe de Trump en action, comme cela semble être le cas, alors la Russie peut également se prévaloir de sa propre sphère d’influence. »
La source fait référence à la volonté de l’administration Trump de réaffirmer la domination des États-Unis dans l’hémisphère occidental (Amérique du Nord, Amérique centrale, Amérique du Sud) en ravivant la doctrine Monroe de 1823, qui faisait du continent américain la zone d’influence exclusive des Américains.
Une deuxième source russe précise que le Kremlin considère le coup de force américain comme une tentative claire de prendre le contrôle des richesses pétrolières du Venezuela et observe que la plupart des puissances occidentales ne l’ont pas ouvertement condamné.
« LE DROIT DE LA FORCE »
Le plus grand producteur de pétrole russe, Rosneft, a mis fin à ses activités au Venezuela en 2020 et a vendu ses actifs liés aux opérations dans ce pays à une société détenue par le gouvernement russe.
« Le fait que Donald Trump ait ‘volé’ le président d’un autre pays montre qu’il n’y a pas de droit international – il n’y a que le droit de la force – mais la Russie le sait depuis longtemps », déclare Sergueï Markov, un ancien conseiller du Kremlin, à Reuters.
Vladimir Poutine tente de longue date d’établir une sphère d’influence dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, du Caucase et d’Ukraine, un dessein auquel Washington s’oppose depuis la fin de la Guerre froide.
La réactivation trumpienne de la doctrine Monroe, entérinée dans la Stratégie de sécurité nationale américaine présentée en décembre dernier, pourrait ainsi être interprétée à l’aune russe.
« Les États-Unis sont-ils vraiment prêts à reconnaître la domination de la Russie sur l’ancienne Union soviétique, ou est-ce simplement parce que les États-Unis sont si forts qu’ils ne toléreront aucune grande puissance, même proche d’eux ? », s’interroge Sergueï Markov.
Alexeï Pouchkov, qui préside la commission sur les politiques d’information au sein du Conseil de la Fédération (chambre haute) de Russie, estime que l’épisode vénézuélien menace d’entraîner un retour à « l’impérialisme sauvage du XIXe siècle et, en fait, de raviver le concept du ‘Far West’ – le Far West dans le sens où les États-Unis ont retrouvé le droit de faire ce qu’ils veulent dans l’hémisphère occidental ».
Pour Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping, le fait qu’un président américain se concentre sur l’hémisphère occidental – et s’y enlise potentiellement – n’est pas un problème, étant donné que la Russie convoite l’Ukraine et la Chine Taïwan.
La stratégie de Donald Trump reviendrait ainsi à entériner le découpage du monde en sphères d’influence, voire même à légitimer des interventions extérieures dans d’autres pays.
(Edité par Sophie Louet pour la version française)
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