La crise alimentaire à Madagascar n’est pas liée au changement climatique, selon une étude
par Andrea Januta
(Reuters) – La pauvreté, les mauvaises infrastructures et les conditions météorologiques naturelles contribuent davantage à la crise alimentaire que connaît Madagascar que le changement climatique, montre une étude publiée jeudi par le collectif de recherche World Weather Attribution.
La crise que traverse l’île met toutefois en évidence des vulnérabilités qui ne feront que s’aggraver avec la hausse des températures mondiales, selon les scientifiques de l’organisation.
La pire sécheresse qu’ait connue le sud de Madagascar depuis des décennies a dévasté les cultures et poussé la région au bord de la famine.
Plus d’un million de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence dans l’île, le Programme alimentaire mondial (PAM) ayant signalé l’apparition de « poches de famine » dans la région. Un demi-million d’enfants sont sur le point de souffrir de malnutrition aiguë, et 110.000 autres de malnutrition grave, selon l’agence, ce qui entraîne des retards de développement, des maladies et des décès.
En octobre, les Nations unies ont déclaré que la sécheresse et la pénurie alimentaire à Madagascar pourraient devenir la première « famine due au changement climatique » au monde, un récent rapport de l’Onu sur le climat montrant une aridité accrue à Madagascar.
L’étude publiée jeudi a déterminé que, bien que le changement climatique puisse avoir légèrement augmenté la probabilité des faibles niveaux de précipitations actuels, le temps sec récent reste dans les limites de la variabilité naturelle attendue.
« La sécheresse montre clairement que nous ne sommes adaptés qu’à une gamme très étroite de conditions météorologiques », a déclaré Friederike Otto, coauteur de l’étude, climatologue à l’université d’Oxford et co-directrice de World Weather Attribution.
« Nous ne sommes même pas adaptés au temps présent et donc, le changement climatique ne fera que rendre les choses plus difficiles pour ces régions du monde », a-t-elle ajouté.
L’étude n’a pas encore été examinée par d’autres membres de la communauté scientifique.
DE NOUVELLES SÉCHERESSES PRÉVUES
Madagascar a l’un des taux de pauvreté les plus élevés au monde, avec plus de 90% de la population du Grand Sud de l’île, affectée par la crise actuelle, vivant sous le seuil de pauvreté, selon Amnesty International.
La pandémie de coronavirus a exacerbé le problème, en ayant un effet dévastateur sur les revenus des ménages et l’accès à la nourriture, a indiqué l’organisation.
Bien que l’étude publiée jeudi ait révélé que le changement climatique n’a joué qu’un rôle mineur dans la crise actuelle, Madagascar devrait connaître une augmentation des sécheresses et des cyclones plus violents à mesure que le réchauffement de la planète s’aggrave, selon un rapport publié en août par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).
La situation d’urgence que connaît Madagascar met en évidence la menace qui pèse sur les nations les plus pauvres lorsque les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents.
Les pays africains font partie de ceux qui sont le moins responsables du changement climatique, ils sont pourtant confrontés à ses effets les plus meurtriers et les plus coûteux.
Madagascar, par exemple, a contribué à moins de 0,01% des émissions historiques de dioxyde de carbone, selon le Global Carbon Project.
Les pays riches, responsables de la majeure partie des émissions à l’origine du changement climatique, se sont engagés en 2009 à fournir 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique et à l’atténuer.
(version française Camille Raynaud)
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