La cheffe de l’opposition taïwanaise en Chine pour une mission « de paix »
par Ben Blanchard
TAIPEI, 7 avril (Reuters) – La cheffe de l’opposition taïwanaise est arrivée mardi en Chine en vue d’une mission de « paix » et d’une éventuelle rencontre avec le président Xi Jinping, tandis que le président taïwanais Lai Ching-te réaffirmait qu’il était ouvert au dialogue mais que l’île avait le droit de tracer sa propre voie.
La Chine voit Taïwan comme une province renégate et n’exclut pas de recourir à la force pour la ramener dans son giron. Elle a accentué depuis de nombreux mois sa pression militaire autour de l’île démocratique.
La visite de Cheng Li-wun, élue en octobre dernier à la tête du Kuomintang (KMT), intervient alors que le Parlement taïwanais, où l’opposition est majoritaire, bloque un projet gouvernemental prévoyant 40 milliards de dollars de dépenses de défense supplémentaires.
S’exprimant au siège du KMT avant de partir en Chine, Cheng Li-wun a déclaré qu’elle allait effectuer un « périple historique pour la paix », tout en admettant que certains étaient mal à l’aise à propos de son voyage.
« Quand vous aimez vraiment Taïwan, vous saisissez la moindre chance, chaque opportunité, d’empêcher que Taïwan ne soit ravagée par la guerre », a-t-elle dit aux journalistes.
« Donc je préfère penser que toute la population taïwanaise espère que ce voyage sera un succès, parce que nous pouvons transformer l’endroit le plus dangereux au monde en l’endroit le plus sûr au monde », a-t-elle poursuivi.
La Chine refuse de discuter avec le gouvernement décrit comme « séparatiste » du président Lai Ching-te, mais reçoit régulièrement des membres de haut rang du KMT. La précédente visite d’un dirigeant du KMT remonte toutefois à dix ans.
Le plus haut représentant taïwanais chargé de la politique avec la Chine a déclaré lundi soir que Pékin devrait plutôt dialoguer avec le gouvernement démocratiquement élu et légitime de l’île.
Chiu Chui-cheng a également exhorté Cheng Li-wun à demander aux dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) de « stopper immédiatement leurs pressions aggravées contre Taïwan », citant la présence d’appareils militaires et un « harcèlement naval ».
Cheng Li-wun est arrivée à l’aéroport de Hongqiao, dans le centre-ville de Shanghai, sous haute sécurité, puis a pris un train pour Nanjing, où se trouve le mausolée du fondateur du Kuomintang, Sun Yat-sen, qui a renversé le dernier gouvernement impérial et fondé la République de Chine en 1912.
S’exprimant mardi à Taipei lors d’une cérémonie commémorative en l’honneur de Nylon Cheng, défenseur de la démocratie aujourd’hui décédé, Lai a réitéré son souhait de mener des pourparlers d’égal à égal avec la Chine.
« L’égalité et la dignité sont extrêmement importantes : Taïwan ne fait pas partie de la République populaire de Chine et a le droit de mener un mode de vie qui valorise la démocratie, la liberté et les droits de l’homme », a-t-il dit.
La visite de Cheng Li-wun précède d’un mois le déplacement très attendu du président américain Donald Trump à Pékin pour un sommet avec son homologue chinois Xi Jinping, lors duquel les deux dirigeants devraient discuter principalement du commerce mais évoquer aussi d’autres points de contentieux comme Taïwan.
(Ben Blanchard; version française Jean Terzian et Mara Vilcù, édité par Sophie Louet)
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