Japon-Takaichi veut rompre avec l’austérité budgétaire tout en rassurant les marchés
TOKYO, 20 février (Reuters) – La Première ministre japonaise Sanae Takaichi s’est engagée vendredi à rompre avec « l’austérité budgétaire excessive » tout en cherchant à rassurer des marchés financiers nerveux face à la situation des finances publiques du pays.
Elle a aussi dit son intention de stimuler les investissements à long terme dans des secteurs clés grâce à un cadre budgétaire pluriannuel qui marquerait une refonte du processus d’élaboration du budget au Japon.
Forte de son succès électoral lors des dernières élections législatives, Sanae Takaichi reste néanmoins confrontée à des investisseurs inquiets de ses plans de dépenses publiques alors que le pays est déjà fortement endetté. Ses appels à des dépenses massives et à des baisses d’impôts ont provoqué une chute des obligations d’État et du yen.
Dans son discours de politique générale, prononcé devant le Parlement, Sanae Takaichi a rappelé sa volonté de suivre « une politique budgétaire responsable, proactive » visant à augmenter l’investissement dans des secteurs comme l’intelligence artificielle (IA), les semi-conducteurs et la construction navale.
« Mon administration va rompre avec la tendance de longue date à l’austérité budgétaire excessive et au sous-investissement chronique pour l’avenir », a dit Sanae Takaichi.
Elle a ajouté que le Japon ne devrait pas hésiter à augmenter les dépenses pour soutenir l’investissement privé.
Afin de rendre les initiatives gouvernementales plus prévisibles pour les entreprises, Sanae Takaichi a indiqué que son gouvernement allait réformer en profondeur l’élaboration du budget de l’État, notamment en soutenant des budgets pluriannuels et des fonds d’investissement à long terme.
Au Japon, le gouvernement établit un budget pour une seule année afin de garantir un contrôle parlementaire.
« Pour les investissements liés à la gestion de crise et à la croissance qui génèrent des rendements supérieurs au coût d’investissement et contribuent à la croissance du PIB, nous les gérerons dans le cadre d’un budget pluriannuel distinct », a dit Sanae Takaichi.
« Dans le même temps, nous n’adopterons pas de politiques budgétaires imprudentes qui sapent la confiance des marchés », a-t-elle ajouté, s’engageant à rechercher des recettes en réduisant certaines subventions existantes.
Le gouvernement maintiendra par ailleurs le rythme de progression de la dette en deçà du taux de croissance économique et réduira progressivement le ratio dette/PIB du Japon afin de garantir la viabilité des finances publiques, a déclaré Sanae Takaichi, précisant que des indicateurs spécifiques pour mesurer les progrès accomplis seraient mis en place.
Le Japon utilise actuellement le solde budgétaire primaire, qui exclut les nouvelles émissions obligataires et les coûts du service de la dette, comme principal indicateur. Toute modification de cet indicateur serait probablement finalisée dans le plan budgétaire et économique du gouvernement, attendu vers le mois de juin. Ce document sera le premier élaboré par l’administration de Sanae Takaichi.
Selon certains analystes, le risque que les projets de la Première ministre provoquent une nouvelle vague de ventes d’obligations persiste, compte tenu de la nervosité des investisseurs face à l’augmentation des dépenses et à la hausse des coûts de financement de la dette, conséquence du relèvement des taux d’intérêt de la Banque du Japon.
(Leika Kihara; version française Camille Raynaud et Blandine Hénault, édité par Kate Entringer)
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