Japon-Takaichi met en garde contre la « coercition » de la Chine, promet une refonte de la sécurité
par Tim Kelly et John Geddie
TOKYO, 20 février (Reuters) – La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a mis en garde vendredi contre la « coercition » croissante de la Chine et s’est engagée à revoir la stratégie de défense, à assouplir les restrictions sur les exportations militaires et à renforcer les chaînes d’approvisionnement critiques du Japon.
Dans un discours post-élections devant le Parlement vendredi, Sanae Takaichi a a présenté un programme visant à contrer ce qu’elle considère comme une menace économique et sécuritaire croissante de la part de Pékin et de ses partenaires régionaux.
Sanae Takaichi, à la tête du gouvernement japonais depuis octobre 2025, entretient un différend diplomatique avec la Chine depuis ses déclarations sur un possible recours militaire en réponse à toute attaque chinoise contre Taïwan qui menacerait également le territoire japonais.
PEU DE RÉSISTANCE POLITIQUE
Sa coalition au pouvoir détenant désormais plus des deux tiers des sièges après les élections organisées plus tôt ce mois-ci, elle ne rencontre que peu de résistance politique.
« Le Japon est confronté à l’environnement sécuritaire le plus grave et le plus complexe depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré Sanae Takaichi, soulignant l’intensification des activités militaires de la Chine et le resserrement de ses liens sécuritaires avec la Russie.
Elle a également mentionné le renforcement des capacités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.
Elle a déclaré que le gouvernement réviserait cette année les trois documents fondamentaux du Japon en matière de sécurité afin d’élaborer une nouvelle stratégie de défense.
Elle prévoit d’accélérer la révision des règles d’exportation militaire afin d’accroître les ventes à l’étranger et de renforcer les entreprises de défense.
Un groupe de réflexion du Parti libéral-démocrate (PLD), dont Sanae Takaichi est la présidente, a proposé vendredi de supprimer les règles qui limitent les exportations militaires aux équipements non létaux tels que les gilets pare-balles, a rapporté l’agence de presse Kyodo.
Un tel changement pourrait élargir considérablement la gamme d’équipements de défense que les entreprises japonaises peuvent vendre à l’étranger.
« La Chine a intensifié ses tentatives de modifier unilatéralement le statu quo par la force ou la coercition en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale », a déclaré Sanae Takaichi aux législateurs.
ACCÉLÉRATION DU RENFORCEMENT MILITAIRE
La Première ministre a accéléré le renforcement militaire lancé en 2023, qui doublera les dépenses de défense du Japon pour les porter à 2% du PIB d’ici la fin mars.
Cette décision fait du Japon l’un des plus gros dépensiers militaires au monde, malgré sa constitution pacifiste.
Sanae Takaichi a également annoncé la création d’un conseil national du renseignement présidé par elle-même afin de consolider les informations recueillies par les différentes agences, notamment la police et le ministère de la Défense. Le Japon ne dispose pas de services de renseignement étrangers ou nationaux.
Au-delà de la sécurité, Sanae Takaichi a proposé la création d’une version japonaise du Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis (CFIUS) afin de contrôler les investissements étrangers dans les secteurs sensibles. Elle a déclaré que les règles régissant l’achat de terrains par des étrangers seraient révisées.
Elle s’est aussi engagée à réduire la dépendance vis-à-vis de « certains pays » en renforçant les chaînes d’approvisionnement et en collaborant avec les alliés pour sécuriser les matières premières essentielles, notamment les terres rares, autour de Minamitori, une île isolée du Pacifique.
La Première ministre japonaise a par ailleurs promis d’accélérer le redémarrage des réacteurs à l’arrêt depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.
« Une nation qui ne relève pas les défis n’a pas d’avenir », a-t-elle déclaré dans ses conclusions. « Une politique qui ne cherche qu’à protéger ne peut inspirer l’espoir. »
(Rédigé par Tim Kelly et John Geddie ; avec la contribution de Chang-Ran Kim ; version française Etienne Breban, édité par Augustin Turpin)
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