Groenland-Trump menace 8 pays européens de nouveaux droits de douane
WASHINGTON, 17 janvier (Reuters) – Les ambassadeurs des 27 pays de l’Union européenne tiendront dimanche une réunion d’urgence après que Donald Trump a menacé d’une nouvelle vague de droits de douane plusieurs de ses alliés européens jusqu’à ce que les Etats-Unis soient autorisés à racheter le Groenland, marquant une escalade dans le conflit portant sur l’avenir du vaste territoire autonome danois.
Des diplomates européens ont indiqué que la réunion était programmée pour 16h00 GMT.
Sur son réseau social Truth Social, le président américain a déclaré que des droits de douane supplémentaires de 10% seraient appliqués à compter du 1er février au Danemark, à la Norvège, à la Suède, à la France, à l’Allemagne, à la Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et à la Finlande, tous déjà objets de droits de douane imposés par l’administration américaine.
Ces nouvelles taxes douanières seraient portées à 25% le 1er juin et resteraient en vigueur tant qu’un accord pour un rachat du Groenland par les Etats-Unis, a-t-il ajouté.
Donald Trump affirme que le territoire est vital pour la sécurité des États-Unis en raison de son emplacement stratégique et de ses importantes réserves de minerais et n’a pas exclu le recours à la force pour en prendre le contrôle.
Des soldats européens sont arrivés ces derniers jours au Groenland dans le cadre d’exercices décidés par le Danemark et ses alliés pour montrer à Donald Trump que la sécurité du territoire est prise au sérieux.
« Ces pays, qui sont en train de jouer ce jeu très dangereux, ont mis en jeu un niveau de risque qui n’est ni tenable, ni soutenable », a poursuivi Donald Trump dans son message.
« Les Etats-Unis d’Amérique sont ouverts immédiatement à l’ouverture de négociations avec le Danemark et/ou n’importe lequel de ces pays qui ont mis tant à risque, malgré tout ce que nous avons fait pour eux, y compris une protection maximale, au cours de tant de décennies », a-t-il ajouté.
Plus de 20.000 personnes ont manifesté samedi à la capitale danoise Copenhague, selon les organisateurs, et plusieurs centaines dans les rues de Nuuk, la capitale du Groenland, pour apporter leur soutien au territoire menacé d’annexion et appeler au respect de son droit à l’autodétermination.
Plusieurs des principaux pays de l’Union européenne soutiennent le Danemark et ont prévenu qu’une annexion militaire par les Etats-Unis d’un territoire de l’Otan marquerait la fin de l’alliance atlantique dirigée par Washington. La Grande-Bretagne a également apporté son soutien au Danemark.
« Il y a un large consensus au sein de l’Otan sur la nécessité de renforcer la sécurité dans l’Arctique, Groenland compris », a dit le ministre norvégien des Affaires étrangères Espen Barth Eide dans un communiqué. « Nous ne pensons pas que la question des droits de douane appartient à ce contexte. »
L’ARME FAVORITE DE TRUMP
Emmanuel Macron a qualifié de son côté d' »inacceptables » les menaces de nouveaux droits de douane du président et indiqué que si elles étaient confirmées, l’Europe y répondrait de manière coordonnée.
Le président du Conseil européen Antonio Costa a déclaré lui aussi que l’Union européenne était très ferme dans la défense du droit international et qu’il coordonnait la réponse européenne sur le sujet. Sur X, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et lui-même ont déclaré que « les droits de douane fragiliseraient les relations transatlantiques » et présentaient un risque de dangereuse spirale.
Les droits de douane sont devenus l’arme favorite de Donald Trump pour contraindre les adversaires comme les alliés des Etats-Unis à accepter ses demandes économiques et stratégiques.
La nouvelle menace pourrait cependant faire dérailler les accords provisoires que le président américain a conclus l’an dernier avec l’UE et la Grande-Bretagne – 15% de droits de douane base sur les importations en provenance de l’UE et 10% sur la plupart des produits britanniques.
Le président de l’association des constructeurs automobiles allemands Hildegard Mueller a estimé que le coût de ces nouveaux droits de douane serait « énorme » pour l’industrie allemande et européenne, et appelé Bruxelles à une réponse stratégique « intelligente » et « coordonnée avec les pays affectés ».
Le projet d’annexion du Groenland ne fait pas l’unanimité aux Etats-Unis. « Poursuivre sur ce chemin est mauvais pour l’Amérique, mauvais pour les entreprises américaines et mauvais pour les alliés de l’Amérique », ont écrit les sénateurs américains Jeanne Shaheen et Thom Tillis, co-présidents du groupe d’observation de l’Otan au Sénat, dans un communiqué.
Selon un sondage Reuters/Ipsos auprès de résidents des Etats-Unis réalisé cette semaine, moins d’une personne interrogée sur cinq soutenait l’idée d’une acquisition du Groenland.
(Jason Lange et Michael Martina, avec Rachel More à Berlin et Philip Blenkinsop à Asuncion, version française Gilles Guillaume)
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