Donald Trump menace Moscou avant sommet avec Poutine en Alaska
par Lili Bayer, Tom Balmforth et Olena Harmash
BRUXELLES/LONDRES/KYIV (Reuters) – Le président des États-Unis Donald Trump a menacé mercredi la Russie de « conséquences très sévères » si Vladimir Poutine entravait les efforts de paix en Ukraine, tout en évoquant la possibilité d’une seconde rencontre incluant le président ukrainien Volodimir Zelensky.
Donald Trump, qui doit rencontrer Poutine vendredi en Alaska, n’a pas précisé la nature des mesures envisagées, mais a évoqué des sanctions économiques si les discussions échouaient. « Oui, il y en aura », a-t-il répondu à une question sur d’éventuelles représailles, ajoutant : « Je n’ai pas besoin de le dire, ce seront des conséquences très sévères. »
Le sommet, qualifié par Donald Trump de réunion pour « mettre le couvert », pourrait être suivi rapidement d’un second rendez-vous avec Volodimir Zelensky. « Si la première se passe bien, nous aurons une deuxième réunion rapidement », a-t-il déclaré. « Je voudrais que cela se fasse presque immédiatement, entre le président Poutine, le président Zelensky et moi-même, s’ils souhaitent ma présence. »
Aucune date n’a été avancée pour cette éventuelle rencontre tripartite.
Les propos de Donald Trump interviennent après une réunion virtuelle organisée par le chancelier allemand Friedrich Merz, réunissant Donald Trump, Volodimir Zelensky et plusieurs dirigeants européens.
« Nous avons eu un très bon appel. Le président Zelensky était présent. Je lui donnerais la note de 10, très amical », a déclaré Donald Trump.
Le président français Emmanuel Macron a affirmé que Donald Trump avait reconnu la nécessité d’impliquer l’Ukraine dans toute discussion sur une éventuelle cession de territoire. Volodomir Zelensky a pour sa part indiqué que Donald Trump soutenait l’idée de garanties de sécurité dans un règlement post-conflit.
« Le président Donald Trump a été très clair : les États-Unis veulent obtenir un cessez-le-feu lors de cette réunion en Alaska », a déclaré Emmanuel Macron. « Et il a aussi précisé que les territoires appartenant à l’Ukraine ne peuvent être négociés que par le président ukrainien. »
Friedrich Merz a rappelé que le principe d’intangibilité des frontières devait rester en vigueur. « Si la Russie ne bouge pas en Alaska, alors les États-Unis et nous, Européens, devrons augmenter la pression », a-t-il dit. « Le président Donald Trump connaît cette position, il la partage largement. Nous avons eu une conversation exceptionnellement constructive. »
Donald Trump et Poutine doivent discuter de la fin du conflit russo-ukrainien, qui dure depuis trois ans et demi et constitue la plus grande guerre en Europe depuis 1945. Donald Trump a déjà évoqué l’idée d’un échange de territoires pour mettre fin aux hostilités, une proposition qui suscite de vives inquiétudes à Kiev et en Europe.
L’ARMÉE RUSSE PROGRESSE DANS L’EST DE L’UKRAINE
Alors que les tractations diplomatiques s’intensifient, les forces russes ont réalisé leur plus importante avancée en 24 heures depuis plus d’un an, s’emparant de 110 km² dans la région de Donetsk, selon l’Institut pour l’étude de la guerre. Deux villages proches de Dobropillia ont été pris, entraînant l’évacuation obligatoire de familles avec enfants dans plusieurs localités.
Volodimir Zelensky, en déplacement à Berlin pour les réunions virtuelles, a dénoncé une manœuvre de pression de Moscou. « J’ai dit au président américain et à tous nos collègues européens que Poutine bluffe », a-t-il affirmé. « Il tente de faire pression avant la réunion en Alaska sur tous les fronts ukrainiens. La Russie veut montrer qu’elle peut occuper toute l’Ukraine ».
Un responsable proche du dossier a indiqué que plusieurs villes étaient envisagées pour accueillir une éventuelle rencontre tripartite, selon l’issue du sommet d’Alaska.
Malgré les critiques, les dirigeants européens ont salué les efforts de Donald Trump tout en insistant sur la nécessité d’une participation ukrainienne à toute négociation. L’accord de Donald Trump pour le sommet a marqué un revirement après des semaines de frustration face au refus de Poutine d’adhérer à l’initiative américaine.
Selon un sondage Gallup publié la semaine dernière, 69% des Ukrainiens sont favorables à une fin négociée du conflit, mais refusent des concessions écrasantes.
Le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexeï Fadeev, a réaffirmé que Moscou exigeait le retrait des forces ukrainiennes de quatre régions revendiquées par la Russie, ainsi que l’abandon des ambitions de Kiev d’adhérer à l’OTAN. Des conditions que l’Ukraine a rejetées, les qualifiant de capitulation.
(Lili Bayer à Bruxelles, Tom Balmforth à Londres, Olena Harmash à Kyiv, avec la contribution de Sarah Marsh à Berlin et Steve Holland à Washington; rédigé par Nicolas Delame)
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