Devant le Congrès, Trump célèbre un « âge d’or » de l’Amérique malgré les doutes des électeurs
par Katharine Jackson et Joseph Ax
WASHINGTON, 24 février (Reuters) – Le président américain Donald Trump a vanté mardi soir devant le Congrès ses réussites économiques dans le plus long discours sur l’état de l’Union jamais prononcé, affirmant que les Etats-Unis entraient dans un « âge d’or ».
« Notre nation est de retour – meilleure, plus grande, plus riche, plus forte », a dit Donald Trump depuis le pupitre alors que les républicains du Congrès scandaient « USA, USA » et qu’une bonne partie des élus démocrates avaient boycotté l’événement.
Le président américain s’est exprimé lors d’une allocution télévisée en « prime time » (21h00 heure de Washington, mercredi 02h00 GMT) de près de deux heures.
Ce discours offrait à Donald Trump une opportunité de convaincre les électeurs de maintenir au pouvoir les républicains, qui contrôlent avec une majorité étroite les deux chambres du Congrès. L’ensemble des sièges de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront en jeu lors des « midterms » en novembre prochain.
Le locataire de la Maison blanche s’en est tenu pour l’essentiel à son discours écrit, parlant longuement d’économie durant la première partie de son allocution, sans se livrer à ses habituelles digressions.
Donald Trump a assuré que l’inflation « s’effondre », même si le prix des produits alimentaires, du logement ou des assurances restent plus élevés qu’ils ne l’étaient il y a quelques années.
L’économie américaine a connu au quatrième trimestre un ralentissement plus important qu’attendu tandis que l’inflation a accéléré.
Seuls 36% des Américains approuvent la gestion par Donald Trump de l’économie, selon un sondage Reuters/Ipsos.
Dans leur réponse solennelle au discours présidentiel, prononcé par la gouverneure de Virginie Abigail Spanberger, les démocrates ont accusé le chef de la Maison blanche d’abandonner les Américains confrontés à la précarité.
« Est-ce que le président travaille à rendre la vie plus abordable pour vous et vos familles ? Nous savons que la réponse est non », a déclaré Abigail Spanberger.
L’IRAN DANS LE COLLIMATEUR
S’il s’en est, comme à son habitude, pris à son prédécesseur, le démocrate Joe Biden, le président républicain est resté mesuré vis-à-vis de la Cour suprême.
Alors qu’il s’en était pris vertement aux six des neuf juges qui ont invalidé vendredi ses droits de douane dits « réciproques », le président américain a serré la main des quatre membres de la Cour suprême présents au Capitole et n’a qualifié leur décision que de « malheureuse ».
Malgré l’attention portée par le président à la politique internationale depuis le début de son second mandat, la question a peu été abordée lors du discours.
Donald Trump, qui a réaffirmé avoir « mis fin » à huit guerres, n’a presque pas fait mention de la guerre opposant la Russie et l’Ukraine, alors même que le conflit vient d’entrer dans sa cinquième année. Il n’a mentionné ni la Chine ni le Groenland, dont il ne cache pas sa volonté de s’en emparer.
Le locataire de la Maison blanche n’a pas non plus fourni de détails sur ses plans concernant l’Iran, alors que l’inquiétude croît à propos d’un possible conflit avec Téhéran.
« Je préfère régler ce problème par le biais de la démocratie », a dit Donald Trump. « Mais une chose est sûre, je ne permettrai jamais au premier mécène du terrorisme, ce qu’ils sont et de loin, d’avoir une arme nucléaire. »
« Le régime [iranien] et ses alliés meurtriers n’ont semé que le terrorisme, la mort et la haine », a-t-il dit, accusant Téhéran de relancer son programme nucléaire qu’il affirmait avoir « anéanti » grâce à des frappes américaines en juin dernier.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei a réagi sur X en dénonçant « la répétition d’une série de gros mensonges ».
ÉCHANGES TENDUS AVEC LES DÉMOCRATES
Sur son sujet de prédilection, l’immigration, Donald Trump a eu recours à la même rhétorique qu’il avait utilisée lors de sa campagne présidentielle de 2024, affirmant que les migrants sans-papiers sont responsables d’une vague de crimes violents, bien que des études montrent que ce n’est pas le cas.
« Vous devriez avoir honte », a dit Donald Trump aux démocrates, leur reprochant de refuser de financer le département de la Sécurité intérieure (DHS) tant que des garde-fous n’auront pas été adoptés pour encadrer les actions des agents de la police de l’immigration (ICE).
Les opérations du DHS sont en effet quasiment à l’arrêt en raison d’une querelle entre les républicains et les démocrates du Congrès à propos de la stratégie anti-immigration musclée de l’administration Trump.
Les sondages montrent qu’une majorité d’Américains pensent que l’administration Trump a été trop loin dans son offensive anti-immigration, après deux fusillades mortelles controversées à Minneapolis impliquant des agents fédéraux.
Alors que le président vantait l’application de sa politique en matière d’immigration, l’élue de Minneapolis Ilhan Omar a crié dans sa direction: « Vous avez tué des Américains! »
L’élu démocrate du Texas Al Green s’est de son côté vu contraint de quitter la Chambre des représentants après avoir brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire « les Noirs ne sont pas des singes », allusion à une vidéo partagée ce mois-ci par Donald Trump sur son réseau Truth Social, représentant l’ancien président démocrate Barack Obama et l’ancienne première dame Michelle Obama sous les traits de singes.
Al Green avait déjà pris Donald Trump à partie l’an dernier lors de son discours sur l’état de l’Union.
D’autres démocrates ont protesté de manière plus calme. L’élue de Hawaii Jill Tokuda portait une veste sur laquelle on pouvait lire « affordability » (un terme employé pour faire référence au caractère « abordable » des produits du quotidien) et « healthcare » (services de santé).
De nombreux démocrates arboraient des badges disant « publiez les documents », une référence au scandale autour de la publication de millions de documents du département de la Justice liés au défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, avec lequel Donald Trump a entretenu jadis une amitié.
Plusieurs accusatrices de Jeffrey Epstein, invitées par les démocrates, se trouvaient dans la salle.
VOIR AUSSI:
ENCADRE-Un an de chambardements, décor aux USA du discours de Trump sur l’état de l’Union
(Nandita Bose et Bo Erickson à Washington, avec Steve Holland et Daphne Psaledakis, rédigé par Joseph Ax et Andy Sullivan; version française Camille Raynaud et Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault)
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