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À Téhéran, les bombardements sèment la terreur mais ne soulèvent aucune protestation

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par Parisa Hafezi

DUBAÏ, 3 mars (Reuters) – Les habitants de la capitale iranienne Téhéran évoquaient une ville fantôme mardi, les rues étant largement désertées après les bombardements américains et israéliens.

Si les dirigeants des Etats-Unis et d’Israël ont exprimé leurs espoirs que les opérations contre la république islamique déclenchent un soulèvement populaire contre les autorités iraniennes, aucun signe de protestation n’a été observé.

Reuters, qui s’est entretenu par téléphone avec des Iraniens, n’a trouvé aucune preuve qu’un tel soulèvement était imminent alors que des patrouilles des Gardiens de la révolution ont été observé sillonnant la capitale.

« Il y a des postes de contrôle dans ​chaque rue et chaque ruelle », ‌a déclaré Fariba Gerami, 27 ans, qui travaille pour une entreprise dans le nord de Téhéran où ​son mari tient un modeste café.

La jeune femme, ⁠qui s’inquiète des coupures d’électricité et d’eau depuis le début des bombardements, craint de voir des voleurs cambrioler son appartement, a-t-elle confié.

Sa ‌famille prévoit de quitter le pays dès ‌que cela sera possible en toute sécurité, a ajouté Fariba Gerami.

BÂTIMENTS ET VOITURES DÉTRUITS

Ce récit a été corroboré par celui de deux Iraniens arrivés mardi en Turquie par un poste-frontière, qui ont décrit des scènes de tension et de peur à Téhéran.

« Les enfants criaient et pleuraient », a déclaré l’un deux sans donner son nom. Il a ajouté que les frappes, qui ​ont touché des structures civiles, avaient semé la peur parmi les habitants de la ville.

Le deuxième homme a pour sa part observé que les destructions étaient généralisées.

« Nous avons vu beaucoup de bâtiments détruits, en particulier sur la route pour quitter le pays. De nombreux bâtiments, de nombreuses voitures et des rues ont été détruits. Les gens paniquent pour quitter le pays. Ils ne savent pas quoi faire », a-t-il dit à Reuters.

LES FRAPPES EN VILLE EFFRAIENT LES HABITANTS

Pour ceux qui ne peuvent pas quitter la capitale, l’angoisse est immense.

Les frappes de lundi ont touché un hôpital de Téhéran, qui a été endommagé et a dû être évacué.

Une école ⁠de filles dans le sud de l’Iran a été bombardée dans les premières heures de la guerre, faisant plus de 150 morts selon les autorités. Reuters n’a pas été en mesure de vérifier ⁠ce bilan.

Lors des funérailles des écolières mardi, leurs cercueils recouverts de drapeaux iraniens ont été transportés depuis un camion à travers une foule nombreuse, a montré une vidéo diffusée par la télévision d’État.

« Monde, voyez-vous ? Ils nous tuent. Écoutez notre voix », s’est émue Firuzeh Seraj, en larmes, depuis Téhéran.

« Ma fille de 10 ans est sous dialyse et maintenant nous sommes piégés. J’ai peur de l’emmener à l’hôpital. Et s’ils le bombardaient ? », a-t-elle déclaré.

« Pourquoi nous bombardez-vous ? », s’est-elle exclamé.

D’après le Croissant-Rouge, cité par les médias officiels iraniens, les bombardements ont fait à ce stade 787 morts en Iran.

L’Iran a riposté à l’attaque américano-israélienne ⁠par une ‌série de frappes de drones et de missiles sur les pays de la région, visant des cibles militaires et civiles en Israël, en Jordanie et ⁠dans les monarchies du Golfe.

« POURQUOI VIVONS-NOUS SOUS LES BOMBES ? »

Malgré l’absence de soulèvement, la colère suscitée par les bombardements s’est également tournée vers ​les dirigeants du pays.

La nouvelle ​de la mort du guide suprême Ali Khamenei samedi a déclenché des célébrations spontanées dans certains quartiers de Téhéran, bien que des processions de deuil aient également été organisées.

Cependant, les grandes manifestations nationales qui ​ont secoué l’Iran au début de l’année – qui ont été réprimées dans le sang par les forces de l’Etat, avec des milliers de morts à la clef – ne se sont pas reproduites.

Un officier de l’armée à la retraite dans une ville du nord de ‌l’Iran, qui n’a donné que son prénom, Hassan, ​a blâmé l’ayatollah Ali Khamenei, dont la politique nucléaire a mis l’Iran en conflit avec l’Occident.

« Khamenei est mort, mais les conséquences de ses années d’obstination continuent de tuer le peuple iranien », a-t-il déclaré.

« Pourquoi ​tant d’hostilité envers le monde ? Qu’avons-nous gagné avec ce programme nucléaire, à part des bombardements, l’isolement et la misère ? Pourquoi vivons-nous sous les bombes ? », a-t-il ajouté.

À Ourmia, une ville proche des frontières turque et irakienne, une femme qui a demandé à être identifiée sous le nom de Shahla a déclaré que les bombardements de la nuit de lundi à mardi ont été les plus violents à ce jour.

« J’étais terrifiée. Il n’y a pas d’abris. Pas d’aide. Ils bombardent partout. Internet fonctionne par intermittence. Nous faisons des réserves de nourriture », a-t-elle déclaré.

Comme d’autres Iraniens contactés par Reuters, elle a déclaré que les magasins étaient encore approvisionnés en nourriture et en médicaments. Elle a dit craindre que ⁠les stocks ne commencent à s’épuiser.

Une femme âgée vivant dans la ville de Bouchehr, dans le golfe Persique, a déclaré craindre de ne plus jamais revoir ses enfants qui vivent à l’étranger.

« Mes enfants m’appellent, mais même Internet ne fonctionne pas correctement. J’ai très peur de ne plus jamais les revoir et de mourir dans ​ces bombardements ».

(Reportage Parisa Hafezi à Dubaï ; avec Ismet Mikailogullari à Kapikoy, en Turquie, et d’Ali Kucukgocmen à Istanbul ; rédigé ​par Angus McDowall ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)

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