Dans le sud d’Israël, les récits de survivants terrorisés
par Ammar Awad et Maayan Lubell
SDEROT, Israël (Reuters) – Les images de corps ensanglantés gisant dans les rues de Sderot donnent la pleine mesure du choc provoqué en Israël par l’attaque surprise lancée samedi par le Hamas, sans précédent par son audace et son ampleur.
Présent sur place, un photographe de Reuters a pu voir de nombreux cadavres et des véhicules criblés de balles dans cette ville du sud d’Israël où l’armée continuait d’affronter des Palestiniens armés douze heures après le début de l’offensive.
« Je suis sorti, j’ai vu des tas de corps de terroristes, de civils, des voitures mitraillées. Une mer de cadavres, dans Sderot le long de la route, dans d’autres lieux, des tonnes de cadavres », a déclaré un habitant de Sderot, prénommé Shlomi.
A la nuit tombée, le décompte annoncé par les médias israéliens dépassait 100 morts et un millier de blessés, alors que des combats continuaient d’être signalés sur au moins vingt sites proches de la bande de Gaza.
Bilan humain, prises d’otages, récits de survivants terrorisés, tout concourt à faire de cette journée du 7 octobre un traumatisme majeur dans l’histoire de l’Etat hébreu, 50 ans et un jour après le début de la guerre israélo-arabe de 1973, souvent surnommée guerre du Kippour.
Ces attaques sont les plus meurtrières contre des civils israéliens depuis la campagne d’attentats suicides de la deuxième Intifada au coeur des villes d’Israël il y a une vingtaine d’années.
Près du kibboutz de Reim, de jeunes Israéliens participant à une rave party rassemblant plusieurs centaines de personnes ont fui sur une route et à travers les champs à l’arrivée de combattants du Hamas.
« La musique s’est arrêtée et il y a eu une sirène d’alerte à la roquette », a témoigné une femme, prénommée Ortal, à la chaîne de télévision N12. « Soudainement, sortis de nulle part, ils ont commencé à tirer. »
Une autre participante, Esther Borochov, a déclaré qu’une voiture avait foncé sur son véhicule alors qu’elle essayait de s’enfuir. Un jeune homme lui a alors proposé de grimper dans sa voiture avant d’être abattu. Elle a fait semblant d’être morte avant d’être secourue par des soldats.
Les services ambulanciers israéliens ont déclaré que leurs équipes ne pouvaient évacuer les blessés dans les villes où se poursuivent des combats. Une ambulance a également été attaquée et un ambulancier tué, ont-ils ajouté.
Les chaînes de télévision israéliennes ont diffusé des appels téléphoniques d’habitants terrifiés déclarant que des hommes armés tentaient de forcer leurs abris anti-bombes.
Une femme identifiée sous le nom d’Ella, barricadée pendant plusieurs heures dans un abri dans le kibboutz de Be’eri, où selon certaines informations, une cinquantaine d’Israéliens auraient été pris en otage, a témoigné sur la chaîne N12.
« On entend de nombreux coups de feu, on nous a dit que les terroristes étaient dans la salle à manger », a-t-elle dit. « J’ai perdu contact avec ma famille. Je sais que mon père a été kidnappé (…). Personne ne nous dit ce qu’il se passe. Je ne sais pas si ma mère est vivante. »
(version française Jean-Stéphane Brosse)
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