Au Honduras, une élection présidentielle au coude-à-coude sur fond d’accusations de fraude
par Laura García et Diego Oré
TEGUCIGALPA (Reuters) – Les Honduriens sont appelés aux urnes dimanche pour une élection présidentielle qui s’annonce très serrée, un scrutin à un tour observé avec attention à l’international en raison d’accusations de fraude dans ce pays en proie à la corruption.
Les sondages montrent une quasi-égalité entre les trois principaux candidats que sont Rixi Moncada, ancienne ministre de la Défense et membre de la formation de gauche Parti Liberté et Refondation, actuellement au pouvoir, Nasry Asfura, ancien maire conservateur de la capitale Tegucigalpa, et Salvador Nasralla, centriste et animateur de télévision.
Le candidat qui obtiendra la majorité simple sera élu pour gouverner le pays entre 2026 et 2030. Les analystes politiques craignent toutefois que plusieurs candidats puissent revendiquer la victoire, au regard des intentions de vote.
Le Honduras, peuplé de 11 millions d’habitants, est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud. Six Honduriens sur dix sont touchés par la pauvreté. Mais les candidats n’ont proposé que peu de plans concrets pour résoudre les principaux problèmes du pays, qui comprennent également le trafic de drogue et la corruption.
Outre le président, les électeurs éliront dimanche les 128 membres du Congrès et des milliers de responsables locaux.
LA MAISON BLANCHE MET EN GARDE
Le bureau du procureur général du Honduras, aligné sur le parti au pouvoir, a accusé les partis d’opposition de planifier une fraude électorale. Ces derniers nient toute accusation et affirment que le Parti Liberté et Refondation tente de manipuler la volonté populaire.
Les forces armées ont également demandé au Conseil national des élections du Honduras de leur fournir des copies des feuilles de décompte le jour de l’élection, ce qui est contraire à la loi du pays.
L’Organisation des États américains (OEA) a récemment fait part de ses inquiétudes concernant le processus électoral, déclarant qu’il était de la responsabilité des autorités honduriennes de garantir l’autonomie et l’indépendance des agents électoraux.
Le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau a quant à lui déclaré sur X que les États-Unis « suivaient de près la situation » et a appelé « les autorités électorales et l’armée à adhérer scrupuleusement et fidèlement aux lois et à la Constitution du Honduras ».
Il a déclaré que les États-Unis « répondraient rapidement et de manière décisive à quiconque porterait atteinte à l’intégrité du processus démocratique ».
Mercredi, le président américain Donald Trump sa apporté son soutien au conservateur Nasry Asfura, du Parti national, affirmant qu’il pouvait travailler avec lui pour lutter contre le trafic de drogue.
SÉRIE DE CRISES
Depuis 2021, le Honduras est dirigé par la présidente de gauche Xiomara Castro, qui a noué des liens étroits avec Cuba et le Venezuela. Ces deux pays sont confrontés à de profondes crises économique et humanitaire, et leurs gouvernements respectifs sont considérés comme des dictatures par la Maison blanche.
En 2009, Manuel Zelaya, alors président, a été renversé par un coup d’État militaire au Honduras. Il est l’époux de Xiomara Castro. L’arrivée au pouvoir de cette dernière a marqué la fin de plus de cent ans de domination du bipartisme au Honduras.
L’ancien président Juan Orlando Hernandez, du Parti national, qui a exercé deux mandats consécutifs de 2014 à 2022, purge actuellement une peine de prison de 45 ans aux États-Unis pour trafic de drogue et détention d’armes à feu.
(Rédigé par Diego Oré à Mexico et Laura García à Tegucigalpa ; avec Ben Blanchard et Ismail Shakil ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)
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