La contestation s’étend en Iran, le président met en garde contre des « actes provoquant le chaos »
Le président iranien a déclaré jeudi que les « actes provoquant le chaos » étaient inacceptables, alors que les manifestations qui ont suivi le décès la semaine dernière en détention de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour port de vêtements « inappropriés », continuent.
Ebrahim Raïssi, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse organisée en marge de la 77e Assemblée générale des Nations unies, a ajouté qu’il avait ordonné qu’une enquête soit menée sur les circonstances du décès de Mahsa Amini.
« La liberté d’expression existe en Iran (…) mais les actes provoquant le chaos sont inacceptables », a déclaré le dirigeant iranien.
Les Gardiens de la révolution ont demandé jeudi à la justice iranienne de poursuivre « ceux qui répandent des fausses informations et des rumeurs.
En lançant cet avertissement, le corps d’élite de l’armée iranienne fait passer le message qu’il est prêt à réprimer plus sévèrement les manifestations pour protéger le régime islamique.
La colère ne retombe pas depuis la mort de Mahsa Amini, tombée dans le coma alors qu’elle était détenue avec d’autres femmes par la police des moeurs. Son père a déclaré que sa fille n’avait aucun problème de santé, contrairement aux affirmations de la police iranienne, qui nie lui avoir infligé des mauvais traitements.
Les Gardiens de la révolution ont exprimé dans un communiqué leur solidarité avec la famille de Mahsa Amini, tout en mettant en garde ceux qui chercheraient, selon eux, à profiter de la situation pour déstabiliser l’Iran.
« Nous avons demandé à la justice d’identifier ceux qui répandent de fausses informations et des rumeurs sur les réseaux sociaux et dans la rue (…) et de s’occuper d’eux avec fermeté », dit le communiqué.
Le président iranien a déploré la couverture médiatique internationale dont fait l’objet la mort de Mahsa Amini.
« Chaque jour, dans de nombreux pays, et notamment aux Etats-Unis, des hommes et des femmes meurent lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, mais peu de gens s’émeuvent des raisons derrière ces violences et de la réponse qui y est apportée », a-t-il dit.
Le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni Ejei a demandé à ce que des mesures soient prises rapidement afin de « maintenir la paix et la sécurité des citoyens », a rapporté l’agence de presse semi-officielle Tasnim.
L’Iran n’a pas connu une telle vague de contestation sans précédent depuis les manifestations de 2019, lorsqu’une partie de la population était descendue dans la rue pour protester contre l’augmentation du prix des carburants. Selon Reuters, la répression avait alors fait autour de 1.500 morts.
Au départ limité au nord du pays, où vit une importante population kurde, le mouvement de septembre a essaimé dans d’autres parties du pays et concerne désormais une cinquantaine de villes au moins, dont la capitale, Téhéran.
Des commissariats de police et des véhicules des forces de l’ordre ont été incendiés plus tôt dans la journée dans plusieurs villes iraniennes, à Téhéran notamment, lors de manifestations.
A Mashhad, dans le nord-est, un membre des Bassij, une force paramilitaire iranienne placée sous l’autorité de l’ayatollah Ali Khamenei, a été poignardé à mort, selon des informations de Tasnim et Fars.
Selon Tasnim, un autre bassidji a été tué mercredi à Qazvin par arme à feu par « des émeutiers et des criminels », portant à quatre le total de membres des forces de sécurité tués depuis le début de la contestation.
INTERNET PERTURBE
Dans une vidéo diffusée par un compte Twitter spécialisé dans le suivi des manifestations en Iran, et dont Reuters n’a pu confirmer l’authenticité, une foule de manifestants réunis dans une ville du nord-est scande : « Nous allons mourir, nous allons mourir, mais nous allons retrouver l’Iran ».
Selon l’organisation kurde de défense des droits de l’homme Hengaw, le bilan humain dans la zone du Kurdistan iranien s’élève à 12 morts. Les forces de sécurité réfutent avoir tué un seul d’entre eux et mettent ces décès sur le compte de dissidents armés.
Faute de voir le mouvement s’apaiser, les autorités ont décidé de restreindre l’accès à internet dans l’espoir de limiter la propagation des manifestations, affirment Hengaw, ce que NetBlocks, un site spécialisé dans le suivi des coupures internet, semble confirmer.
A Téhéran, un commissariat a été incendié, signe d’une propagation du mouvement de contestation à d’autres parties du pays.
Le guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, n’a fait aucune allusion aux manifestations mercredi lors d’un discours de commémoration de la guerre Iran-Irak (1980-88) mais les autorités et le clergé iraniens redoutent une intensification des manifestations et des émeutes.
Ali Khamenei est lui-même visé dans les slogans scandés par les manifestants qui promettent que son fils Mojtaba, présenté comme favori à sa succession, mourra avant de devenir à son tour le guide suprême.
(Bureau de Dubaï; version française Nicolas Delame et Camille Raynaud, édité par Sophie Louet et Tangi Salaün)
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