Ukraine: Une délégation européenne commémore le massacre de Boutcha
par Olena Harmash
KYIV, 31 mars (Reuters) – – La représentante de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, et plusieurs ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept sont en Ukraine mardi pour marquer le quatrième anniversaire du massacre de Boutcha, assurant Kyiv de leur soutien en dépit des tensions à ce sujet au sein du bloc.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a accueilli Kaja Kallas et une douzaine de ministres des Affaires étrangères et de hauts responsables européens à la gare centrale de Kyiv tôt mardi.
Il a renouvelé son appel à un traitement judiciaire des exactions commises par l’armée russe à Boutcha, localité à 25 km au nord de Kyiv, du 27 février au 31 mars 2022, peu après le début de l’invasion de l’Ukraine. Les exécutions, tortures, viols de civils sont documentés par des témoignages, des médias et des ONG, exposant Moscou à des poursuites pour « crimes de guerre ».
« Boutcha est devenu un symbole de la cruauté de la guerre en Russie », a écrit Kaja Kallas dans une publication sur X accompagnée d’une photo de la ville. « L’UE est engagée pour s’assurer que ces crimes ne restent pas impunis (…). La Russie doit être tenue pour responsable de ce qu’elle a fait à l’Ukraine. »
Les responsables et ministres des Affaires étrangères européens ont déposé des cierges dans un mémorial dédié aux victimes du massacre et visité une église dans laquelle se tient une exposition photo et vidéo.
Le Kremlin rejette toute responsabilité et accuse l’Ukraine d’avoir mis en scène cet événement.
« Chaque visite est un rappel puissant du courage et de la résilience de l’Ukraine », avait souligné auparavant sur X Kaja Kallas.
« L’Europe se tient à vos côtés. Nous continuerons de fournir de l’aide militaire, financière, énergétique et humanitaire », ajoutait la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères.
L’UE, principal soutien financier de Kyiv dans la guerre contre Moscou, n’est pas parvenue à convaincre le Premier ministre hongrois Viktor Orban de lever son veto à l’adoption d’un prêt de 90 milliards d’euros à destination de l’Ukraine.
« DROIT INTERNATIONAL » ET « VALEURS COMMUNES »
Les dirigeants des Vingt-Sept avaient approuvé le principe de ce prêt en décembre, mais Viktor Orban, qui cultive de bonnes relations avec Moscou, en a bloqué l’adoption formelle le mois dernier en prenant pour prétexte la fermeture de l’oléoduc Droujba qui alimente son pays en pétrole russe via l’Ukraine, Kyiv disant qu’il a été endommagé par un bombardement russe.
Les responsables ukrainiens comptent profiter de la visite à Kyiv des hauts responsables de l’UE pour mettre l’accent sur la judiciarisation des crimes de guerre.
Andriy Sybiha a rapporté que huit Etats européens avaient confirmé leur volonté de rejoindre le Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine, une juridiction pénale internationale ad hoc destinée à traduire en justice les individus portant la plus lourde responsabilité politique et militaire de l’agression contre l’Ukraine. Il a dit espérer que davantage de pays rejoignent ce projet.
Moscou a déclaré qu’il refuserait de reconnaître un tribunal spécial et considérerait l’adhésion de tout pays à celui-ci comme un acte hostile.
« C’est peut-être ici, à Boutcha, plus que partout ailleurs, que nous avons le sentiment que l’avenir de l’Europe et la sécurité de l’Europe se jouent ici même, en Ukraine », a plaidé Andriy Sybiha. « La ligne de front actuelle est aussi une ligne de démarcation pour le droit international et les valeurs communes que nous défendons. »
Le ministre ukrainien a exhorté les partenaires européens à rester concentrés sur le sort de l’Ukraine, malgré les répercussions grandissantes du conflit au Moyen-Orient.
Les pourparlers de paix pour mettre fin à la guerre en Ukraine ont été suspendus depuis que les Etats-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre l’Iran, suscitant des inquiétudes chez les dirigeants ukrainiens concernant la livraison d’armes et les ressources militaires à disposition.
L’Ukraine, à court de liquidités, est également confrontée à la hausse des coûts du carburant due à la flambée des prix du pétrole.
(Version française Liu Zhifan, édité par Sophie Louet)
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