Starmer à Pékin prône une relance des relations GB-Chine
par Andrew MacAskill
PÉKIN, 29 janvier (Reuters) – Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, reçu jeudi à Pékin par Xi Jinping, a manifesté sa volonté de raffermir les liens entre la Grande-Bretagne et la Chine, notamment sur le plan économique, après des années de tensions, disant au président chinois son souhait de bâtir une « relation sophistiquée » entre les deux pays.
Principal événement de cette visite de quatre jours, la première d’un chef de gouvernement britannique en Chine depuis huit ans, Keir Starmer s’est entretenu pendant 80 minutes avec Xi Jinping au Palais de l’Assemblée du peuple. Les deux hommes ont ensuite partagé un déjeuner au cours duquel ils ont parlé de football et de Shakespeare.
Le dirigeant travailliste, dont le gouvernement peine à réaliser sa promesse d’une relance de l’économie britannique, a fait d’une amélioration des relations avec la Chine une priorité malgré des tensions persistantes sur des questions telles que le respect des droits humains ou des soupçons d’espionnage.
« La Chine est un acteur essentiel sur la scène internationale et il est primordial que nous bâtissions une relation plus sophistiquée qui nous permette d’identifier les opportunités de collaborer mais aussi, bien sûr, permette d’engager un dialogue profond sur les questions où nous sommes en désaccord », a dit Keir Starmer à Xi Jinping au début de leur rencontre.
A l’appui de son propos, le Premier ministre britannique a mis en avant l’investissement de 15 milliards de dollars d’ici 2030 en Chine annoncé à l’occasion de cette visite par le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca.
Le président chinois a pour sa part déclaré que les relations entre la Chine et la Grande-Bretagne avaient été « riches en rebondissements » qui ne servaient les intérêts d’aucun des deux pays. Il a ajouté que Pékin était prêt à développer un partenariat stratégique à long terme avec Londres.
« Nous pouvons aboutir à un résultat capable de résister au défi de l’Histoire », a dit le président chinois flanqué de ses principaux ministres.
A l’image de Keir Starmer, nombre de dirigeants occidentaux se tournent vers la Chine pour contrebalancer l’imprévisibilité diplomatique et commerciale des Etats-Unis de Donald Trump, qui multiplient les droits de douane et les menaces tarifaires contre leurs alliés traditionnels et affichent leur détermination à s’emparer du Groenland, territoire autonome du Danemark, quitte à fragiliser l’alliance militaire transatlantique.
PLUS DE 50 CHEFS D’ENTREPRISE AVEC STARMER
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a ainsi conclu mi-janvier un projet d’accord commercial avec Pékin, s’attirant les foudres du président américain.
Emmanuel Macron, qui s’est rendu en Chine début décembre, a pour sa part déclaré le 20 janvier au Forum économique mondial de Davos que « nous avons besoin de davantage d’investissements directs étrangers chinois en Europe ». « La Chine est la bienvenue », a lancé le président français, tout en prônant un « rééquilibrage » dans les conditions de concurrence.
Outre l’investissement d’AstraZeneca, Keir Starmer a quant à lui déclaré jeudi aux journalistes avoir accompli des progrès en vue d’un abaissement des droits de douane chinois sur le whisky et annoncé un accord permettant aux Britanniques de se rendre en Chine sans visa pour une durée de moins de 30 jours.
Prié de dire s’il pourrait faire des affaires avec une personnalité telle que le président chinois, le Premier ministre britannique, accompagné par plus de 50 chefs d’entreprise au cours de cette visite, a simplement répondu « oui ».
Keir Starmer a qualifié de chaleureuse et constructive sa rencontre avec Xi Jinping, auquel il a offert un ballon du récent match de Premier League, le championnat anglais de football très suivi en Chine, entre Manchester United, l’équipe que soutient le président chinois, et Arsenal.
Il a dit avoir eu une « discussion respectueuse » au sujet de Jimmy Lai, ancien patron de presse à Hong Kong et citoyen britannique condamné en décembre pour des crimes relevant de la sécurité nationale.
Les relations entre la Grande-Bretagne et la Chine se sont progressivement dégradées sous les précédents gouvernements conservateurs à Londres, qui ont entrepris de limiter certains investissements chinois pour des raisons de sécurité et dénoncé la limitation des libertés à Hong Kong, ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997.
« J’ai formulé la promesse il y a 18 mois, lorsque nous avons été portés au gouvernement, que j’ouvrirais à nouveau la Grande-Bretagne vers l’extérieur », a dit le dirigeant travailliste au président chinois.
« Car, comme nous le savons tous, les événements à l’étranger affectent tout ce qui se passe dans nos propres pays, des prix dans les rayons des supermarchés à notre sentiment de sécurité. »
(Andrew MacAskill, avec Colleen Howe à Pékin; version française Camille Raynaud et Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer)
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