Sébastien Lecornu nommé à Matignon pour bâtir un budget pour 2026
PARIS, 9 septembre (Reuters) – Le président Emmanuel Macron a nommé mardi le ministre des Armées Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre, quelques heures après la démission de François Bayrou, lui confiant d’emblée la lourde tâche d’élaborer un budget pour 2026.
Contrairement à l’usage, le chef de l’Etat n’a pas chargé son nouveau Premier ministre de former un gouvernement dans l’immédiat, lui confiant la mission de consulter les forces politiques représentées au Parlement « en vue d’adopter un budget pour la Nation et de bâtir les accords indispensables aux décisions des prochains mois », selon un communiqué de l’Elysée.
« A la suite de ces discussions, il appartiendra au Premier ministre de proposer un gouvernement », ajoute la présidence.
Un changement de méthode né du blocage institutionnel auquel est confronté Emmanuel Macron depuis sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale en juin 2024 qui a conduit à l’élection d’un Parlement fragmenté où aucun parti ne dispose de la majorité.
La passation de pouvoir à Matignon est prévue mercredi, à 12h00 (10h00 GMT).
La tâche s’annonce ardue pour Sébastien Lecornu, transfuge de droite devenu proche d’Emmanuel Macron, qui devient à 39 ans le troisième plus jeune Premier ministre de France – et le cinquième en moins de deux ans.
Le précédent projet de budget dévoilé par François Bayrou, qui prévoyait un effort budgétaire de 44 milliards d’euros l’an prochain, a provoqué la chute du leader centriste.
Les députés ne lui ont pas accordé leur confiance lors d’un vote lundi à l’Assemblée, conduisant à sa démission neuf mois après son arrivée à Matignon.
A l’automne 2024, le précédent gouvernement de Michel Barnier avait chuté après quelques semaines, à l’issue d’une motion de censure sur le budget pour 2025.
« LA TÂCHE VA ÊTRE RUDE »
En nommant un ministre issu de son propre camp plutôt qu’une figure de la gauche, Emmanuel Macron semble avoir décidé de préserver son héritage économique.
« Le président a choisi de rester sur la stratégie ‘bloc central’ et ‘socle commun’. Il refuse toute ouverture à gauche », a dit à Reuters Frédéric Dabi, directeur de l’institut de sondage Ifop, qui décrit un nouveau Premier ministre « connu pour son habileté ».
Le Parti socialiste (PS), qui s’était dit prêt à gouverner, a présenté un projet de budget prévoyant de réduire de près de 22 milliards d’euros le déficit budgétaire l’an prochain via notamment une taxation des grandes fortunes, une mesure à l’encontre des convictions d’Emmanuel Macron qui tient à conserver l’attractivité de la France auprès des investisseurs.
« Indépendamment des qualités personnelles de Sébastien Lecornu, sa nomination est une gifle pour le Parlement qui demande un autre système », a déploré auprès de Reuters le député socialiste Philippe Brun, auteur du budget du PS et donc en première ligne pour négocier avec le nouveau Premier ministre.
La nomination de Sébastien Lecornu survient dans un contexte de grogne sociale, à la veille d’un mouvement populaire national appelant à bloquer le pays.
La secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, et la « patronne » des députés La France Insoumise (LFI) Mathilde Panot, ont toutes deux dénoncé « une provocation ».
« Le Président tire la dernière cartouche du macronisme, bunkerisé avec son petit carré de fidèles », a pour sa part asséné la cheffe de file des députés Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, appelant à une nouvelle dissolution pour sortir de l’impasse politique.
« Ce n’est pas le choix d’un Premier ministre socialiste, et ça je m’en félicite », s’est réjoui de son côté le ministre de l’Intérieur et président Les Républicains (LR), Bruno Retailleau.
« Après, je sais que la tâche pour lui va être rude », a-t-il reconnu.
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(Rédigé par Blandine Hénault, avec la contribution d’Elizabeth Pineau)
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