Retraites: Des dépenses contenues mais incompatibles avec les objectifs du gouvernement, selon le COR
PARIS (Reuters) – Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a publié jeudi dernier son rapport annuel sur l’état des finances du système des retraites, mettant en avant une trajectoire contenue des dépenses sur le long terme mais incompatible avec les objectifs de maîtrise des dépenses publiques fixées par le gouvernement.
Tenant compte de ce rapport, le Comité de suivi des retraites (CSR) a rendu ce jeudi son avis sur les objectifs financiers et d’équité du régime.
Voici les principaux enseignements des deux documents:
* LA PART DES DÉPENSES DES RETRAITES DANS LE PIB CONTENUE
A court terme, la part des dépenses des retraites rapportée au PIB reste stable, à 13,9% en 2027 contre 13,8% en 2021.
A l’horizon 2070, malgré le vieillissement progressif de la population, cette part serait stable ou en diminution, sauf en cas de croissance dégradée.
Cela s’explique par le recul progressif de l’âge de départ à la retraite du fait des réformes passées et la moindre augmentation du niveau de vie des retraités par rapport aux actifs. Les pensions de retraite étant indexées sur les prix, elles évoluent moins vite que les salaires.
Les dépenses des retraites représenteraient 12,1% du PIB dans le scénario le plus favorable et 14,7% du PIB dans le scénario le plus défavorable.
La France était en 2017 le pays de l’OCDE qui consacrait le plus de richesses à ses dépenses de retraite, après l’Italie.
* UN SOLDE NÉGATIF POUR LES 25 PROCHAINES ANNÉES
Le régime a renoué avec l’équilibre en 2021, en raison du rebond de l’activité après la crise sanitaire.
Il devrait connaître un nouvel excédent en 2022 (de l’ordre de 3,2 milliards d’euros, soit 0,1% du PIB) avant de se dégrader dès 2023 et de rester déficitaire en moyenne sur les 25 prochaines années.
Si l’on considère que l’Etat ne fait qu’équilibrer au fur et à mesure des années les régimes de retraite des fonctionnaires d’Etat et les régimes spéciaux, comme il en a l’obligation, et ne rajoute pas d’argent pour compenser les déséquilibres d’autres régimes, le déficit serait en moyenne de 0,8% du PIB sur les 25 prochaines années, selon le scénario de croissance le plus défavorable et de 0,4% de PIB selon le scénario de croissance le plus favorable.
Pour équilibrer le régime chaque année selon cette convention, il faudrait que l’âge moyen de départ à la retraite soit amené à 64 ans dès 2030 dans le cas de taux de croissance de 0,7% et de 1% puis à 66,5 ans en 2070 pour un taux de croissance de 0,7% et à 65,4 ans pour un taux de croissance de 1%.
Cet âge moyen est censé passer à 63,4 ans en 2032, selon la trajectoire actuelle et 63,9 ans en 2070.
* LES OBJECTIFS DU GOUVERNEMENT INCOMPATIBLES AVEC LA TRAJECTOIRE DES RETRAITES
Le gouvernement s’est donné pour cible de ramener le déficit public sous le seuil de 3% en 2027, soit le seuil d’alerte que les pays de l’Union européenne se sont engagés à ne pas dépasser. Il est aujourd’hui de 5%.
Pour tenir ces objectifs, la croissance des dépenses publiques devrait être limitée à 0,6 % en volume entre 2022 et 2027. Or les dépenses de retraite, qui représentent le quart de ces dépenses publiques, progresseraient sur la période de 1,8 % en termes réels.
Il faudrait donc que les autres dépenses de l’Etat (santé, éducation, justice, sécurité, subvention à l’économie, etc.) se limitent à une augmentation de 0,2% par an, a précisé lors d’une conférence de presse le président du COR, Pierre-Louis Bras, qui juge ce scénario peu envisageable.
* DES PRÉVISIONS 2027 À 2032 NON FIABLES
Le rapport fait état d’une très forte augmentation de la part des dépenses de retraite dans le PIB entre 2027 et 2032. Mais ces résultats ne sont pas réalistes, alerte le COR, et ne pourraient être utilisés pour justifier d’une réforme du système. Il s’agit d’un mécanisme d’ajustement statistique lié à une réestimation du taux de chômage.
*L’AVIS DU COMITÉ DE SUIVI DES RETRAITES
Selon le CSR, les projections du COR ne remettent pas en cause le message d’une stabilisation, voire d’un repli, à terme, de la part des retraites dans le PIB. Ces projections ont néanmoins été revues à la baisse par rapport à l’an passé, en raison d’une révision des hypothèses de démographie.
Le comité alerte également sur la possibilité que la croissance soit plus dégradée en 2023 que ce qu’anticipe le gouvernement dans son Programme de stabilité pour maîtriser la dépense publique d’ici 2027.
« Ainsi, malgré l’ampleur des réformes passées, on est à risque de déséquilibres résiduels significatifs à court et moyen terme, qu’amplifierait la poursuite de conditions économiques dégradées. Tout cela oblige à reposer la question des voies d’équilibrage du système de retraite », écrit le CSR, sans se positionner sur la meilleure façon d’y parvenir.
(Reportage Caroline Pailliez, édité par Sophie LOuet)
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