PSA et FCA signent un accord pour fusionner d’ici début 2021
par Gilles Guillaume et Giulio Piovaccari
PARIS/MILAN (Reuters) – PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) ont annoncé mercredi un accord engageant en vue de leur fusion, une opération à 50 milliards d’euros qui donnera naissance au quatrième constructeur automobile mondial d’ici le début 2021.
Ce rapprochement, qui modifiera en profondeur le visage de l’industrie automobile mondiale, interviendra dans un délai de 12 à 15 mois, ont précisé les deux groupes dans un communiqué commun, le temps d’organiser les assemblées générales extraordinaires des actionnaires de PSA et de FCA et de satisfaire aux exigences des autorités de la concurrence à travers le monde.
« La nouvelle entité aura le leadership, les ressources et la taille lui permettant d’être en première ligne de la nouvelle ère de la mobilité durable », ont-ils ajouté.
Au cours d’une téléconférence, le président du directoire de PSA – et futur directeur général du groupe fusionné – a dit ne pas s’attendre à des difficultés particulières du côté des autorités de la concurrence.
Présenté fin octobre, le rapprochement prévoit 3,7 milliards d’euros de synergies par an, sans fermeture d’usine. Ces économies viendront surtout de l’utilisation de plateformes communes de véhicules, qui pourrait débuter d’ici deux ans, et d’économies sur les achats. Mais pour une entité comptant un effectif de 400.000 personnes, les retombées en matière d’emploi seront très surveillées.
Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a prévenu que si l’accord est une « très bonne nouvelle pour la France » et pour l’Europe, le gouvernement français veillera à ce que soient respectées la « préservation de l’empreinte industrielle en France, (la) localisation des centres de décision et (la) confirmation de l’engagement du nouveau groupe sur la création d’une filière industrielle européenne de batteries électriques. »
Même tonalité du côté du gouvernement italien, qui a salué l’accord tout en se disant attentif aux investissements et à l’emploi.
Les syndicats de PSA, qui ont donné à une large majorité leur feu vert au projet, ont aussi dit qu’ils seraient vigilants. « Nous attendrons le ‘closing’ pour voir concrètement les synergies créées et leurs conséquences éventuelles », a déclaré Franck Don, représentant CFTC.
Force ouvrière, principal syndicat de PSA, réclame pour sa part la mise en place d’un comité de suivi.
PSA-FCA ? FCA-PSA ? UN NOUVEAU NOM DANS QUELQUES MOIS
Attachés à présenter leur mariage comme une fusion entre égaux, les deux constructeurs se partageront la direction du futur groupe – John Elkann, président de FCA, présidera le nouvel ensemble – et leurs actionnaires détiendront respectivement 50% du capital de la nouvelle entité.
Pour cela, à la réalisation de l’opération toute en titres, les actionnaires de PSA recevront 1,742 action du futur groupe, dont le nom devrait être choisi dans les prochains mois, pour chacune de leur action du constructeur français tandis que les actionnaires de FCA recevront une action de la nouvelle entité pour chaque action FCA.
Sur onze membres du conseil d’administration, cinq seront choisis par FCA – John Elkann sera l’un d’eux – et cinq par PSA. Le onzième sera Carlos Tavares, pour une durée initiale de cinq ans après la clôture de l’opération et le conseil comptera une majorité d’administrateurs indépendants au sens néerlandais – moins de 10% du capital et pas de lien avec une des sociétés.
« Il était important que la gouvernance reflète un certain équilibre et qu’il n’y en ait pas un qui ait un ascendant évident sur l’autre », a souligné une source de BPI France, l’un des principaux actionnaires de PSA et qui soutient l’opération depuis le début.
« Avec un actif-clé dont bénéficie PSA : Carlos Tavares. Il ne s’agit pas de réduire une entreprise uniquement à son dirigeant, mais pour nous c’est un élément très structurant. Il est dépositaire des intérêts de PSA, et demain des intérêts de l’ensemble du groupe », a-t-elle ajouté.
Ni la famille Peugeot, unanimement favorable elle aussi au mariage avec Fiat, ni BPI, n’ont en revanche fait de commentaire sur l’avenir de ce déséquilibre favorable à PSA au sein du conseil en cas de départ de Carlos Tavares.
« Cinq ans de mandat après le closing, cela veut dire six années à venir, soit beaucoup de temps dans notre industrie », a répondu l’intéressé au cours de la téléconférence. « Toute décision concernant le CEO sera prise par le conseil d’administration de la ‘NewCo’, le sujet est totalement prématuré. Il n’y a rien dans l’accord qui va au-delà du premier mandat. »
L’équilibre entre la holding de la famille Agnelli Exor, qui détiendra environ 14,6% du nouveau groupe, et les principaux actionnaires historiques de PSA, pourra être maintenu grâce à une option dont disposent les Peugeot. La famille fondatrice du groupe sochalien plus que centenaire pourra pendant sept ans augmenter de 2,5% sa participation, ce qui ajouté aux 6,1% de BPI constituerait un total de 14,7% pour les deux actionnaires français.
Le troisième actionnaire historique de PSA, le chinois Dongfeng, réduira quant à lui sa présence à 4,5%, une décision qui tombe à point nommé pour faciliter un feu vert américain au projet.
« C’est une manière de soutenir cette fusion et d’assurer qu’il n’y ait pas de cahot sur la route », a expliqué Carlos Tavares.
Dans un secteur à la recherche permanente de gains d’échelle pour financer les importants investissements requis par l’électrification et la connectivité des voitures, PSA et FCA rassembleront pas moins de 14 marques.
Dans les « slides » accompagnant la présentation du projet, on voit que la convergence des plateformes doit leur permettre de basculer plus de trois millions de véhicules sur une seule architecture de voiture compacte, et plus de 2,6 millions sur une seule architecture de petites voitures.
Les pressions sont partout. Le suédois Volvo a signé mercredi la vente de de son activité japonaise de camions UD Trucks à Isuzu Motors et conclu un accord de partage de technologie pour réduire les coûts.
(Avec Gwénaëlle Barzic, Joe White, Edward Taylor, Sudip Kar-Gupta, Sarah White et Mark Potter, édité par Sophie Louet)
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