Oudéa-Castera appelle à cesser les « attaques personnelles » face à la polémique
PARIS (Reuters) – Plongée dans la tourmente d’une polémique depuis sa nomination à la tête d’un super-ministère de l’Education nationale, Amélie Oudéa-Castera a invité lundi à cesser les « attaques personnelles » à son encontre, alors que les appels à la démission se multiplient dans les rangs syndicaux et politiques.
Lors de son premier déplacement vendredi dernier aux côtés de l’ex-ministre de l’Education nationale Gabriel Attal, promu Premier ministre, dans un collège des Yvelines, la ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques a justifié la scolarisation de ses trois enfants dans le privé, révélée par Mediapart, par le « paquet d’heures pas sérieusement remplacées » dans le public.
Elle visait par ses propos une école élémentaire publique, située rue Littré dans le VIe arrondissement de Paris, dans laquelle son fils aîné a été brièvement scolarisé avant d’être admis au sein de l’établissement catholique privé Stanislas, dans le même arrondissement, qui abrite une école élémentaire, un collège et un lycée.
Amélie Oudéa-Castera a trois fils, nés respectivement en 2006, 2008 et 2011, tous scolarisés à « Stan ».
Les syndicats de l’Education nationale ont vivement réagi à ces déclarations, dénonçant, pour le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, « des propos lunaires et provocateurs contre le service public d’éducation et ses personnels », la FSU-SNUipp suggérant à la ministre des « budgétisations de postes de remplaçant-es ».
Le Snalc, syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur, a mis en exergue pour sa part « une histoire intéressante par ce qu’elle dit sur l’abandon de l’école publique par nos dirigeants ».
« IL FAUT CLORE CE CHAPITRE »
La controverse, qui n’a cessé de s’amplifier, a eu également pour effet de relancer l’appel à la grève dans l’Education nationale le 1er février d’une intersyndicale FSU, Fnec FP–FO, CGT Educ’Action et SUD éducation pour les « salaires, contre les suppressions de postes, contre la mise en place des réformes à marche forcée, pour de meilleures conditions de travail ».
La ministre a entamé lundi des rencontres avec les syndicats d’enseignants dans une ambiance tendue.
Les représentants du Snes-FSU ont réclamé, en vain, des « excuses publiques » d’Amélie Oudéa-Castera et ont coupé court à la discussion face au refus de la ministre, a précisé sur X (anciennement Twitter) la secrétaire générale du syndicat.
« Nous avons dit la colère de la profession. (…) En guise de réponse, pas d’engagements à traiter nos deux chantiers prioritaires : salaires et conditions de travail », a écrit Sophie Vénétitay.
A ces critiques se sont ajoutées des appels à la démission émanant des rangs de l’extrême gauche et de l’extrême droite.
Priée – par Matignon, selon plusieurs médias – de couper court à cette entrée en matière malvenue pour le gouvernement Attal, Amélie Oudéa-Castéra a exprimé samedi, dans une déclaration écrite, ses regrets d’avoir pu « blesser certains enseignants de l’enseignement public ».
Loin de s’éteindre, la polémique a été ravivée par un article publié dimanche par Libération dans lequel l’ancienne enseignante du fils aîné de la ministre à l’école Littré précise que seul ce dernier a été scolarisé dans l’établissement public, six mois en petite section de maternelle, et qu’elle n’a jamais été absente à cette époque.
Se disant « personnellement attaquée », cette enseignante aujourd’hui à la retraite explique que le garçon avait été inscrit à Stanislas au motif que l’école Littré avait refusé son passage anticipé en moyenne section. Répondant au quotidien, la ministre réitère ses regrets et juge nécessaire de « régler ce problème de remplacement » dans le public.
« JE NE SAIS PAS SI ELLE A MENTI »
Désormais accusée de « mensonge », la ministre est restée sur la défensive lundi, soulignant refuser d' »aller plus avant sur le terrain de la vie personnelle et de la vie privée ».
« Il y a eu des attaques auxquelles j’ai essayé de répondre avec le plus de sincérité possible et je pense qu’il faut clore ce chapitre-là », a-t-elle déclaré à des journalistes en marge d’une visite au village olympique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) aux côtés du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
« Je crois en l’école de la République, je crois en l’école publique, je crois qu’il faut que nous ayons tous beaucoup d’ambition pour elle », a-t-elle ajouté.
Le secrétaire national du Parti communiste (PCF), Fabien Roussel, a estimé lundi sur X qu’il était « temps de démissionner » pour la ministre, tandis que Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise (LFI), déplorait sur franceinfo un « mensonge » qui la « disqualifie ».
A la droite de l’échiquier politique, le président du Rassemblement national (RN) a dénoncé lundi un gouvernement « frappé du sceau du mensonge ».
« Ils passent leur temps à mentir délibérément comme des arracheurs de dents (…), ça n’honore pas la politique », a lancé Jordan Bardella lors de ses voeux à la presse.
« Je ne sais pas si elle a menti, je dis simplement qu’elle a expliqué pourquoi son fils a été scolarisé dans le privé », a éludé sur France Inter la nouvelle porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot.
(Rédigé par Sophie Louet, édité par Blandine Hénault)
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