L’UE se réunit jeudi pour débattre de la concurrence avec les USA et la Chine
par Philip Blenkinsop
BRUXELLES, 11 février (Reuters) – Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent jeudi dans un château belge pour discuter de la manière dont ils peuvent rivaliser économiquement avec la Chine et les États-Unis, alors que les règles du système commercial mondial sont ébranlées.
Au cours des deux dernières décennies, la croissance de l’UE a été systématiquement inférieure à celle des États-Unis, la productivité et l’innovation de l’UE, en particulier dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, étant à la traîne.
L’UE est aujourd’hui confrontée à la guerre commerciale menée par Donald Trump, et plus récemment aux menaces de droits de douane liées au sort du Groenland, ainsi qu’aux restrictions chinoises sur les exportations de terres rares dont les Vingt-Sept ont un besoin urgent.
L’UE ayant besoin de plus de croissance pour financer la décarbonation et la numérisation et renforcer sa défense face à la menace russe, le bloc est de plus en plus conscient qu’il est temps d’agir.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, qui préside les sommets de l’UE, accueillera les dirigeants au château d’Alden Biesen, situé dans l’est de la Belgique, afin de discuter pendant cette « retraite » des mesures à prendre.
Les anciens chefs du gouvernement italien Mario Draghi et Enrico Letta, auteurs de deux rapports publiés en 2024 sur le défi de la compétitivité de l’UE et son marché unique, sont également invités à partager leurs points de vue.
RÉPONDRE À TRUMP, À LA CHINE ET À LA RUSSIE
Le rapport de Mario Draghi, qui a dirigé la Banque centrale européenne (BCE), a été adopté comme modèle à suivre par l’UE, avec une série de propositions de la Commission européenne sur le financement, la défense et la dérégulation depuis septembre 2025.
Cependant, d’après le groupe de réflexion European Policy Innovation Council, seules 15% des 383 recommandations du plan Draghi ont été mises en oeuvre jusqu’à présent, et 24% partiellement mises en oeuvre.
Enrico Letta a estimé que le verre était « à moitié plein » en ce qui concerne l’approfondissement du marché unique, avec quelques progrès sur des initiatives cruciales telles que les services et les capitaux.
Il a ajouté que l’UE devait achever la mise en place d’une union énergétique, d’une union numérique et d’un marché des capitaux qui puissent rivaliser avec les investissements américains dans les start-ups et les infrastructures.
Le dirigeant italien a appelé les dirigeants européens à tenir l’objectif d’un marché unique pleinement opérationnel en 2028.
« Je pense que c’est la seule façon de répondre à Trump et aux pressions extérieures que subit l’Union européenne de la part de la Chine, de la Russie et des États-Unis de différentes manières », a-t-il déclaré à Reuters.
LA FRANCE PLAIDE POUR LE « MADE IN EUROPE »
Si tous les pays de l’UE souhaitent un bloc plus compétitif, ils ne s’accordent pas sur la manière d’y parvenir.
Le président français Emmanuel Macron a renouvelé mardi son appel à l’UE pour qu’elle consente à faire davantage d’emprunts communs afin de pouvoir investir à grande échelle et contester l’hégémonie du dollar.
La France promeut également une stratégie « Made in Europe » qui fixerait des exigences minimales en matière de contenu européen dans les biens achetés avec des fonds publics.
Cette approche divise les pays de l’UE et inquiète les constructeurs automobiles, qui se procurent de nombreux composants en dehors de l’UE.
L’Allemagne estime que la clé réside dans l’augmentation de la productivité plutôt que dans la création de nouvelles dettes. Elle souligne également la nécessité de conclure des accords commerciaux, par exemple avec le bloc sud-américain Mercosur, ce que la France rejette en raison de l’opposition de ses agriculteurs.
Pour préparer la « retraite » de jeudi, le chancelier allemand Friedrich Merz et d’autres dirigeants européens vont rencontrer mercredi à Anvers des chefs d’entreprise qui leur feront part de leurs revendications.
« L’avantage de l’Europe, c’est qu’il ne tient qu’à elle de résoudre ses problèmes », a déclaré à Reuters Christian Bruch, directeur général de Siemens Energy. « Car il s’agit en grande partie de questions de flexibilité, de moins de bureaucratie, de lois du travail plus souples. »
(Reportage de Philip Blenkinsop, avec la contribution de Julia Payne et Jan Strupczewski à Bruxelles, Sarah Marsh et Christoph Steitz à Berlin ; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)
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