Les puissances étrangères prônent un cessez-le-feu durable en Libye
Les grandes puissances présentes dimanche à Berlin se sont prononcées en faveur d’un renforcement de l’embargo sur les armes imposé à la Libye dans l’espoir de parvenir à un cessez-le-feu durable dans un conflit qui a fait 140.000 déplacés et réduit drastiquement la production de pétrole du pays.
Lors de la conférence de presse finale, la chancelière allemande Angela Merkel, puissance invitante du sommet, a déclaré que tous les participants étaient favorables à une « solution politique ».
L’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, dont l’Armée nationale libyenne (LNA) a lancé une offensive sur Tripoli avec le soutien de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de mercenaires russes et de troupes africaines, a assisté au sommet dans la capitale allemande.
La Turquie a dépêché des troupes à Tripoli pour aider le gouvernement dit d’entente nationale (GNA) du Premier ministre Fayez al-Serraj, reconnu par la communauté internationale, à résister à l’avancée du commandant Haftar. Quelque 2.000 combattants venus de Syrie prennent également part au conflit libyen, selon un responsable de l’Onu.
Le président français Emmanuel Macron s’est dit vivement préoccupé par l’arrivée de ces combattants syriens et étrangers.
« Il revient aux Nations unies de négocier les termes d’un véritable cessez-le-feu sans qu’aucun des belligérants n’y pose de condition préalable. Mais il revient à nous de ne rien faire qui compromette l’arrêt des hostilités, alimente la guerre et crée de nouvelles menaces pour les Libyens comme pour nous tous », a dit Emmanuel Macron dans un discours dont le texte a été fourni par l’Elysée.
L’ANL et le GNA s’accusent mutuellement de violer une trêve entrée en vigueur il y a une semaine à l’initiative de la Russie et la Turquie.
Serraj et Haftar ne se sont pas rencontrés à Berlin.
« Nous savons que nous n’avons pas résolu tous les problèmes de la Libye aujourd’hui, mais nous visions un nouvel élan », a déclaré Angela Merkel devant la presse, émettant le souhait que la trêve actuelle se transforme en cessez-le-feu permanent pour permettre l’avènement d’un processus politique.
Un comité spécial composé de cinq militaires de chaque camp surveillera la trêve, a-t-elle annoncé.
« POINT DE DÉPART »
Des diplomates craignent toutefois que les parties en conflit n’utilisent une accalmie dans les combats pour ravitailler leurs lignes de front.
« Les deux parties et leurs partisans ne sont pas disposés à déposer les armes », a estimé un diplomate occidental.
Les puissances étrangères actives en Libye se sont pour leur part engagées à respecter l’embargo des Nations unies sur les armes.
« Nous ne perdons pas espoir que le dialogue se poursuive et que le conflit soit résolu », a dit le président russe Vladimir Poutine avant une rencontre avec son homologue turc Tayyip Erdogan en marge de la conférence.
Le chef de la diplomatie des Emirats arabes unis, Aouar Gargach, a posté sur Twitter un message de soutien aux efforts déployés à Berlin en faveur d’une solution politique en Libye.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a qualifié le sommet de « point de départ » pour parvenir à un cessez-le-feu et bloquer l’arrivée d’armes en Libye, qui s’est accélérée avec l’offensive de Haftar.
Le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, s’est inquiété pour sa part de la fermeture de ports et de la baisse de l’activité pétrolière, ce qui menace d’étrangler les finances du pays. Les forces fidèles au commandant Haftar ont en effet fait cesser l’activité des principaux champs pétroliers libyens.
Selon la compagnie pétrolière publique libyenne (NOC) la fermeture d’un pipeline par des disciples de Haftar a stoppé l’activité des champs pétroliers El Sharara et El Feel. Si les blocages persistent, la production de pétrole va passer de 1,2 million à 72.000 barils par jour, a prévenu la compagnie.
Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a dit espérer la réouverture des installations pétrolières à la suite des pourparlers de Berlin.
Le communiqué final du sommet appelle toutes les parties à reconnaître la NOC comme la seule entité autorisée à vendre le pétrole libyen et les exhorte à éviter de s’en prendre aux infrastructures pétrolières, vitales pour l’économie du pays.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est coupée en deux, entre le gouvernement Sarraj basé à Tripoli et un gouvernement parallèle dans l’est du pays soutenu par Haftar.
(Avec Andreas Rinke, Daren Butler, Michael Nienaber, James Mackenzie, Aidan Lewis et Michel Rose, version française Jean Terzian, Jean-Stéphane Brosse et Elizabeth Pineau)
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