Le gouvernement craint des violences jeudi
par Marine Pennetier
PARIS (Reuters) – Le gouvernement s’attend à la mobilisation de milliers de « black blocs » et de « gilets jaunes radicaux » lors de la journée de manifestations et de grèves jeudi contre le projet de réforme des retraites, avec le risque d’une répétition des débordements survenus lors des défilés du 1er mai ou du 16 novembre à Paris.
Plusieurs millions de salariés du public et du privé sont appelés à faire grève et à manifester lors de cette journée d’actions qui s’annonce très suivie, particulièrement dans les transports et l’Education nationale.
A l’heure actuelle, 245 rassemblements et défilés ont été déclarés auprès des services de la préfecture de la capitale et des grandes villes de province, a annoncé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner sur BFM TV et RMC.
« Nous savons que des ‘black blocs’ et des gilets jaunes radicaux ont décidé de se joindre aux manifestations », a-t-il poursuivi. « Ce sont quelques centaines de personnes supplémentaires à Paris et peut-être quelques milliers sur l’ensemble du territoire national ».
« Le vrai problème, c’est quand vous avez 200 personnes qui viennent pour casser au milieu de 5.000 et qu’elles se mélangent à la foule, c’est très difficile de gérer cela », a-t-il ajouté, précisant que plusieurs milliers de membres des forces de l’ordre seraient mobilisés sur l’ensemble du territoire.
A la préfecture de police de Paris, dont les méthodes de maintien de l’ordre ont été critiquées, on souligne un « contexte social et revendicatif des plus tendus » qui laisse présager « que les violences et les dégradations que subit la capitale depuis le mouvement dit des ‘Gilets jaunes’ sont susceptibles de se reproduire ».
COMMERCES FERMÉS, DES RASSEMBLEMENTS INTERDITS
Au cours d’une conférence de presse, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a demandé mercredi « que l’ensemble des manifestants nous aident en dénonçant les casseurs, en faisant en sorte que nous puissions les interpeller ».
Il a précisé que près de 6.000 policiers et gendarmes seraient mobilisés à Paris, avec 180 motos pour intervenir rapidement, et qu’ils travailleraient « main dans la main » avec les services d’ordre des syndicats.
Au sein de l’exécutif, l’inquiétude grandit face à un possible débordement des services d’ordre des syndicats par leur base la plus radicale, ou d’autres manifestants : l’exfiltration temporaire du chef de file de la CGT Philippe Martinez du défilé du 1er-mai dernier, par sécurité, avait marqué un précédent.
Pour prévenir toute « casse » à Paris, un arrêté a été pris pour faire fermer les « commerces, débits de boissons et restaurants » installés sur les boulevards menant des gares du Nord et de l’Est à la place de la Nation jusqu’à la fin de la manifestation parisienne prévue pour 19h00.
Ce dispositif avait déjà été mis en place lors du défilé du 1er mai dernier, marqué par « des violences et dégradations commises par des groupes de casseurs mobiles, déterminés, habitués et intéressés au butin », rappelle la préfecture.
Un second arrêté a été pris ce mercredi pour interdire « tout rassemblement de personnes se revendiquant des Gilets jaunes » sur « les Champs-Élysées, dans un périmètre comprenant l’Élysée et le ministère de l’Intérieur et dans les secteurs de l’Assemblée nationale, l’Hôtel de Matignon et la cathédrale Notre-Dame-de-Paris ».
Le mouvement social contre le projet de réforme du système des retraites est le premier d’ampleur en France depuis la fronde inédite des « Gilets jaunes », née en novembre 2018 après l’annonce d’une hausse de la taxe des carburants et qui s’est traduite par des manifestations chaque samedi.
Cette contestation a donné lieu à des violences et des saccages, les derniers en date 16 novembre dernier, place d’Italie à Paris.
(Avec Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)
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